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Évacuation d'Afghans depuis l'aéroport de Kaboul Évacuation d'Afghans depuis l'aéroport de Kaboul  (Public Domain)

Fiasco afghan : repenser les interventions de l’Otan

Le départ précipité des occidentaux de Kaboul et l’arrivée au pouvoir des talibans en Afghanistan apparait comme une défaite cuisante non seulement pour les États-Unis mais aussi pour l’Otan. Cette expérience doit amener l’organisation transatlantique de défense à repenser ses futures éventuelles interventions armées.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

La chute rapide de Kaboul et l’arrivée au pouvoir en Afghanistan des talibans, vingt ans après en avoir été chassés par une coalition internationale, apparait comme un cuisant échec des occidentaux. Vingt ans de présence dans le pays, des dizaines et des dizaines de milliards de dollars investis dans la défense, les infrastructures et le développement socio-économique du pays, ont semblé être balayés en l’espace de quelques heures. Les images de l’aéroport de Kaboul assailli par des Afghans désespérés cherchant à fuir leur pays, ont renforcé cette impression de fiasco occidental.

 

Les États-Unis apparaissent comme les principaux vaincus, tout comme l’Otan, longtemps présente sur le terrain via l’ISAF, sa force de stabilisation, sous égide des Nations unies, et qui a pris fin en 2014. En fait, «l’échec de l’Otan était déjà consommé depuis cette date et on savait très bien que rien n’était réglé sur place au niveau politique» affirme Jean-Pierre Maulny, directeur-adjoint de l’IRIS, l’Institut des relations internationales et stratégiques. «Mais c’est surtout l’échec des États-Unis qui conduisaient les opérations depuis le début».

Confusion des missions

L’une des explications avancées par l’expert est la confusion entre la mission antiterroriste des États-Unis en Afghanistan et celle de stabilisation du pays menée par l’Otan sous l’égide des Nations-Unies. Preuve en est, le commandement des deux missions a été confiée aux débuts au même général américain, confondant les deux opérations et affaiblissant celle de l’Otan.

Cet échec de l’Otan n’est cependant pas en mesure de remettre en cause d’éventuelles futures opérations militaires. Une question doit être posée toutefois selon l’expert : celle du «règlement politique sur place».

Repenser les relations transatlantiques

Actuellement, les membres de l’Alliance atlantique planchent sur un nouveau concept stratégique. «C’est le moment pour une clarification des relations transatlantiques» estime le directeur-adjoint de l’IRIS pour qui l’échec en Afghanistan est d’abord le fait de Donald Trump qui a entamé des négociations unilatérales avec les talibans, affaiblissant du même coup les autorités afghanes.

«Joe Biden en a tiré les conséquences» en décidant le retrait complet des troupes américaines, explique l’analyste. «On ne peut pas nécessairement lui en vouloir» d’avoir pris cette décision, juge Jean-Pierre Maulny. Le vrai problème, c’est l’absence de concertation avec les alliés européens, et d’anticipation dans cette décision américaine. «Ce n’est évidemment pas cela que l’on attendait de la relation transatlantique une fois Joe Biden élu» reconnait-t-il.

Entretien avec Jean-Pierre Maulny, de l'IRIS

 

 

 

24 août 2021, 10:18