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Des Mozambicains réfugiés dans leur propre pays, originaires de Palma, se retrouvent dans le centre sportif de Pemba, le 24 mars 2021. Des Mozambicains réfugiés dans leur propre pays, originaires de Palma, se retrouvent dans le centre sportif de Pemba, le 24 mars 2021.   (AFP or licensors)

Sant'Egidio exhorte à ne pas oublier ni abandonner les Mozambicains

Lors d'une conférence de presse mercredi 21 juillet, la Communauté fondée par Andrea Riccardi a dénoncé la situation insoutenable dans laquelle se trouve la population mozambicaine, depuis longtemps sous l'emprise du terrorisme. Ce sont les nouvelles générations qui paient le plus lourd tribut, selon le père Angelo Romano, du bureau des relations internationales de Sant’Egidio.

Andrea De Angelis - Cité du Vatican

30 millions de personnes. C'est le nombre de personnes qui vivent au Mozambique, un pays d'Afrique de l'Est aux prises avec une crise qui implique et perturbe la vie de ses habitants. Surtout ceux qui vivent à l'extrême nord, à la frontière avec la Tanzanie, dans la région de Cabo Delgado.

Le terrorisme y sévit et a provoqué des centaines de milliers de déplacés internes au cours des trois dernières années, en particulier ces douze derniers mois. Des personnes obligées de tout laisser derrière elles pour échapper à des attaques terroristes, des voyages qui ne les mènent pas toujours à la sécurité. 


Mercredi 21 juillet, lors d'une conférence de presse intitulée «N'abandonnons pas le peuple mozambicain victime du terrorisme», la Communauté de Sant'Egidio a illustré les effets de la crise humanitaire sur la population et les interventions qu'elle a mises en place grâce à sa large présence au Mozambique. Entretien avec le père Angelo Romano, du bureau des relations internationales de Sant’Egidio.

Don Angelo, vous braquez aujourd'hui les projecteurs sur le Mozambique, un pays trop souvent oublié. Quelle y est la situation en ce moment?

Le 4 octobre 1992 à Rome, avec Sant'Egidio, est signée la paix mettant fin à une guerre civile qui avait duré près de 17 ans et fait près d'un million de morts. Le Mozambique avait un taux de croissance élevé, il redémarrait, le pays avait toutes les caractéristiques pour affronter son avenir avec espérance.

En 2017, un soulèvement islamiste a éclaté à Cabo Delgado, dans l'extrême nord, à la frontière avec la Tanzanie. Les attaques terroristes d'une organisation qui a ensuite fait partie, semble-t-il aussi officiellement, du groupe État islamique se sont multipliées. Des attaques visant à détruire le tissu social pour ensuite le reconstruire selon les règles de l'autoproclamé État islamique. Des attaques qui ont frappé la population sans distinction.

L'année dernière, le nombre de déplacés internes a énormément augmenté, à ce jour environ 740 000 personnes, dont seulement un dixième se trouve dans des camps aidés par des agences internationales. La plupart de ces personnes sont réfugiées dans des contextes familiaux, dans des logements de fortune. La situation est donc très grave à l'heure actuelle, touchant à la fois les communautés chrétienne et musulmane. Les terroristes considèrent les musulmans qui ne suivent pas leur vision, comme des ennemis, et les persécutent au même titre que les autres. Ils ont un projet maléfique et extrêmement dangereux. Le Mozambique n'a ni les moyens ni la capacité de faire face à cette crise depuis longtemps.

Quelle a été la réponse de la communauté internationale, notamment ces derniers mois? Des mesures appropriées sont-elles prises?

Il y a eu une série de décisions: une intervention rwandaise est en cours, une autre de la communauté des États d'Afrique australe est sur le point de commencer. L’intervention européenne commence, mais en tant que Sant'Egidio, nous sommes convaincus que la réponse ne peut être uniquement militaire. La population a été marginalisée, un très grand effort est nécessaire pour regagner la confiance des gens et dans ce sens la communauté internationale peut jouer un rôle important.


Dans ce «projet maléfique», tel que vous l'avez défini, quel prix les plus jeunes paient-ils? Le Pape, en parlant de scénarios dramatiques, a souvent souligné le drame dans le drame que vivent les enfants. Quelle est leur situation?

Les enfants paient le prix le plus élevé de cette crise. Nous parlons d'un pourcentage très élevé de ces réfugiés, presque la moitié du total. Avec les femmes, ils représentent 75% des réfugiés internes. Ils paient le plus lourd tribut car ils doivent interrompre leurs études et beaucoup sont enlevés par des terroristes pour être formés comme combattants. De nombreuses filles sont enlevées et réduites en esclavage.

“Les enfants représentent 75% des réfugiés internes”

Une autre fragilité réside dans la condition même des enfants, qui sont exposés au conflit. Il faut dire aussi que ces réfugiés internes ont marché ou voyagé dans des embarcations de fortune pendant des semaines, voire des mois, pour échapper aux attaques terroristes. Beaucoup d'entre eux sont morts de faim et d'épuisement.

Sant'Egidio a augmenté son aide humanitaire, nous avons atteint environ 25 000 personnes avec des centaines de tonnes d'aide. Nous voulons faire encore plus, notamment en permettant aux enfants d'étudier. Nous construisons des écoles dans certains camps de réfugiés, nous travaillons sur un programme de bourses d'études et, grâce à un programme d'enregistrement des réfugiés déjà présent au Mozambique, appelé «Bravo», nous nous efforçons d'obtenir des documents pour ces personnes. Plus de la moitié d'entre eux ont perdu leurs documents. Ils se sont enfuis sans documents d'identité ou les ont perdus en route, ce qui crée de gros problèmes.

21 juillet 2021, 17:05