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Le 6 février 2020, une collecte de nourriture dans un village de la province d'Ayod, au Soudan du Sud. Le 6 février 2020, une collecte de nourriture dans un village de la province d'Ayod, au Soudan du Sud.   (AFP or licensors)

Après un an de gouvernement d’union, la violence règne toujours au Soudan du Sud

Près d’un an jour pour jour après la création du gouvernement d’union nationale au Soudan du Sud, alors que le spectre de la violence est toujours présent, les Églises sud-soudanaises s’unissent pour un nouvel appel à la paix et à la stabilité.

Marine Henriot - Cité du Vatican

Le 22 février 2020, sous la pression de la communauté internationale et après de longs mois de négociations, les deux frères ennemis, Salva Kiir et Riek Machar acceptaient pour la troisième fois depuis l'indépendance du pays en 2011 de former ensemble un gouvernement. Salva Kiir restait président tandis que Riek Machar reprenait le siège de vice-président. Un principe de partage du pouvoir prévu par l’accord de paix signé en 2018, mais aujourd’hui, force est de constater que la feuille de route n’a pas été suivie: comme le relève l’agence de presse AFP, le parlement ne s’est pas réuni, des postes ministériels sources de litiges ne sont toujours pas pourvus et les troupes de Salva Kiir et Riek Machar ne sont pas réunies dans une armée commune.

Dans un communiqué commun partagé le 15 février, le Conseil des Églises du Soudan du Sud, le Forum de la société civile du Sud-Soudan et la Coalition des femmes pour la paix appellent une nouvelle fois à «la paix, de la sécurité et de la stabilité et la fin de toutes les effusions de sang dans notre pays.» Une prise de parole qui n’est pas inédite, note le collectif, «malheureusement, ces appels n'ont apporté aucun changement significatif à la crise actuelle du pays et les conditions de vie des citoyens ordinaires

Exhortation à s'unir

Tout en reconnaissant que des avancées ont été faites et en notant une réduction des combats entre les différentes factions, la «situation générale ne s'est pas améliorée de manière convaincante», estiment les Églises du pays. Ainsi, le plus jeune pays au monde a continué d'être le témoin de violences intercommunautaires dévastatrices, de déplacements de civils, de violences sexuelles, de barrages routiers inutiles pour extorquer de l'argent et infliger des souffrances aux voyageurs et les travailleurs humanitaires, à côté d'une économie qui vacille avec des taux d'inflation galopants.

Le collectif exhorte donc les chefs religieux, les femmes, les civils, les jeunes, les dirigeants de la société civile «de tout le pays à s'unir, à élever la voix et à réclamer ce dont le peuple a désespérément besoin»: la paix et la stabilité. Une prise de parole dans laquelle transparaît l'énergie du désespoir: «nous ne savons pas quoi dire ou faire lorsqu'il est évident que l'ampleur des problèmes économiques, sécuritaires et la crise humanitaire n'a pas incité les dirigeants à sauver ce pays d'une nouvelle désintégration et d'une souffrance.»

Violence croissante dans le pays

Selon la Commission des droits de l’homme des Nations Unies pour le Soudan du Sud, l’accord de paix de 2018 n’a en effet pas ou peu eu d’impact au niveau local. La guerre fait rage dans la région méridionale de l'Equatoria, où les forces gouvernementales combattent des rebelles qui refusent le processus de paix.

Les affrontements intercommunautaires se sont également multipliés dans plusieurs États livrés à l'anarchie en attendant qu'à Juba, les camps rivaux se mettent d'accord sur la nomination des gouverneurs.

Selon l'ONU, plus d'un millier de personnes ont ainsi été tuées et 400 autres enlevées dans des conflits communautaires entre mai et novembre 2020, notamment dans les États du Warrap (Nord) et Jonglei (Est). Plus de 7,2 millions de Sud-Soudanais, soit près de 60% de la population, souffriront de malnutrition aiguë à la mi-2021, selon les autorités locales et les agences de l'ONU.

22 février 2021, 16:23