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Le président sortant Alassane Ouattara votant à Abidjan, le 31 octobre 2020. Le président sortant Alassane Ouattara votant à Abidjan, le 31 octobre 2020.  (ANSA)

En Cׅôte d'Ivoire, une présidentielle sur fond de discorde

Les Ivoiriens se sont rendus aux urnes ce samedi pour l’élection présidentielle. Le président sortant Alassane Ouattara, 78 ans, se représente pour un troisième mandat controversé. L’atmosphère dans les grandes villes du pays est tendue et l’on redoute une escalade des violences, dans un pays où le processus de réconciliation reste à mettre en œuvre, dix ans après la guerre civile qui avait suivi le scrutin de 2010.

Olivier Bonnel-Adelaïde Patrignani-Cité du Vatican

De l’avis de nombreux observateurs, ces élections présidentielles sont à haut risque. Dans un pays encore meurtri par les violences post-électorales de 2010-2011, qui divisèrent profondément le pays entre les partisans d’Alassane Ouattara et ceux de son prédécesseur Laurent Gbagbo, la tension est perceptible à l’heure du vote.

Depuis la fin du mois d’août, la Côte d’Ivoire est agitée par des violences entre partisans des camps rivaux, qui ont fait une trentaine de morts selon les autorités et plus du double selon l'opposition. La crainte d'une escalade est d’autant plus forte qu’il y a dix ans, la crise post-électorale avait fait 3000 morts, des souvenirs encore vifs qui ont poussé plusieurs habitants d’Abidjan à prendre la fuite pour se réfugier dans leur village natal, dans l’espoir d’y être en sécurité.

Ce vendredi encore, à la veille du scrutin des troubles se sont produits à Yamoussoukro, la capitale politique du pays et à Bonoua, à l’est, le fief de l’opposition. Les forces de l’ordre se sont interposées entre plusieurs centaines de jeunes de différentes ethnies. Le président sortant Alassane Ouattara a enjoint les jeunes «à ne pas se laisser manipuler».

Un processus de réconciliation encore balbutiant

Cette élection se déroule dans un pays qui n’a hélas pas avancé dans le processus de réconciliation regrette le père Arsène Brice Bado, jésuite, vice-président du CERAP, le Centre de Recherche et d’Action pour la Paix à l’université jésuite d’Abidjan. Mi-septembre, il avait rédigé une étude faisant par de ses craintes d’une nouvelle explosion de violence.

«Les opposants se regardent en chien de faïence et aucun camp n’envisage de perdre, souligne t-il. Pire, la vie politique ivoirienne est articulée autour d’une mentalité de revanche: si un camp perd, il est persuadé que ses opposants voudront une revanche».

Les blessures du passé n’ont donc pas été cicatrisées dans la société ivoirienne, malgré le travail de la société civile et des leaders religieux, catholiques ou musulmans, souligne encore le père Bado.

Une inquiétude concerne également le rôle de l’armée, explique le chercheur jésuite, qui ces dernières années a intégré des éléments des anciennes forces rebelles, comme celles de Guillaume Soro, opposant en exil. «On ne sait pas vraiment de quel côté peut pencher l’armée en cas de flambée de violence» précise le père Bado.

Des appels à un scrutin pacifique

L'ONU et l'Union Européenne ont appelé à ce que cette élection présidentielle «se déroule de manière pacifique». Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a demandé aux leaders politiques de s’abstenir de «toute incitation à la violence, de toute désinformation ou discours de haine».  Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a exprimé pour sa part sa «grande inquiétude» face aux violences et aux discours de haine.

Enfin l’Alliance des religions en faveur de la paix, qui réunit les représentants de plusieurs cultes, musulmans et chrétiens en Côte d’Ivoire, a publié une déclaration vendredi après-midi, appelant elle aussi au calme et exhortant les Ivoiriens à préserver la paix.

31 octobre 2020, 16:20