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Image d'illustration. Vue sur une artère de Karachi, le jour de la fête de l'indépendance, le 8 août 2018. Image d'illustration. Vue sur une artère de Karachi, le jour de la fête de l'indépendance, le 8 août 2018.   (AFP or licensors)

Après la conversion forcée d'une enfant de 13 ans, les minorités demandent une loi

Après le mariage d’une chrétienne de 13 ans à un musulman, les minorités demandent à nouveau une loi pour rendre illégales au Pakistan les conversions forcées.

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Arzoo Masih, une adolescente de 13 ans, a disparu le 13 octobre alors qu'elle jouait devant sa maison à Karachi. Ses parents ont déposé une plainte auprès du commissariat local, mais les policiers ont présenté à la famille des documents selon lesquels la jeune fille kidnappée avait épousé «librement» un citoyen musulman et s'était convertie à l'islam. Des documents qui attestent faussement l'âge de la majorité de la jeune fille de 13 ans, ce qui rend le mariage et la conversion valables. Au Pakistan, le mariage des mineurs de moins de 18 ans est illégal et l'enlèvement est également passible de la peine de mort.

Les parents d'Arzoo se sont donc tournés vers les autorités ecclésiastiques locales pour obtenir de l'aide. «Nous sommes reconnaissants à la Commission nationale pour la justice et la paix de sa volonté d'aider à engager des poursuites judiciaires», a déclaré le père de la jeune fille à l'agence Ucanews. Shabbir Shafqat, président du Parti national chrétien, a fermement condamné ce énième mariage forcé : «Au Pakistan, la conversion forcée est devenue un outil pour persécuter les chrétiens et les minorités. Nous devons adopter une position commune contre l'enlèvement d'Arzoo», a-t-il déclaré.

Une pratique courante dans le pays 

Les enlèvements et les mariages de mineurs appartenant à des minorités religieuses avec des citoyens musulmans sont désormais une pratique courante au Pakistan. En mars de cette année, après des affaires impliquant deux jeunes filles hindoues, la Commission des droits de l'homme du Pakistan a exhorté le gouvernement de la province du Sindh à rendre illégales les conversions forcées, affirmant que «trop souvent, elles sont déguisées en conversions volontaires». «La dure réalité est qu'elles ne sont pas considérées comme un crime, et encore moins comme un problème qui devrait préoccuper le public», a déclaré la Commission.

Les minorités religieuses du Pakistan font pression depuis longtemps pour que cette pratique soit érigée en infraction pénale. Toutefois, un nouveau projet de loi à cet effet a récemment été rejeté par la commission sénatoriale des affaires religieuses. Le «Projet de loi sur la protection des droits des minorités, 2020» présenté par le sénateur Javed Abbasi, membre de la Ligue musulmane du Pakistan (N), contient une série de mesures visant à protéger les minorités, notamment celle qui consiste à considérer le «mariage forcé» entre un homme musulman et un mineur d'une autre religion comme automatiquement nul et non avenu, en prévoyant des sanctions pénales pour ceux qui organisent de tels mariages. La proposition prévoyait également une peine de trois ans de prison et une amende de 50 000 roupies pour incitation à la haine et à la violence contre les minorités religieuses, ainsi qu'une année d'emprisonnement pour une amende en cas de discrimination.

Malgré l'engagement du Premier ministre Imran Khan, son gouvernement à Karachi et les partis qui le soutiennent n'ont pas fait grand-chose pour les droits des minorités dans le pays, comme l'a récemment dénoncé le chrétien pakistanais Aftab Alexander Mughal, directeur du magazine Minority concern. Depuis son arrivée au pouvoir en août 2018 - a-t-il dit - au moins 31 membres de communautés minoritaires ont été tués, 58 ont été blessés dans des attaques ciblées et 25 cas de blasphème ont été enregistrés, tandis qu'au moins sept lieux de culte minoritaires ont subi des attaques ou des intimidations.

19 octobre 2020, 15:24