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Comité d'accueil des signataires de l'accord du 3 octobre, venus une semaine plus tard à Juba pour poursuivre les pourparlers. Comité d'accueil des signataires de l'accord du 3 octobre, venus une semaine plus tard à Juba pour poursuivre les pourparlers.  (AFP or licensors)

Les Églises du Soudan saluent l’accord de paix historique

L’accord scellé au son des tambours à Juba, le 3 octobre dernier, entre les autorités de Khartoum et plusieurs groupes rebelles visant à mettre fin à 17 ans de guerre dans le pays, a été bien accueilli par les Églises chrétiennes, qui s’inquiètent néanmoins de l’absence à la table des négociations de deux groupes rebelles.

Lisa Zengarini et Marie Duhamel – Cité du Vatican

Les Églises chrétiennes du Soudan regardent avec espoir le nouvel accord de paix signé à Juba par le vice-président soudanais Mohamed Hamdan Daglo, commandant de la milice paramilitaire des ‘Forces de soutien rapide’, et par les principaux groupes rebelles du pays, avec la médiation du Soudan du Sud voisin. «Nous sommes très heureux. Les gens sont fatigués de la guerre et veulent la paix. Tout effort visant à faire taire les armes et à permettre aux gens de vivre en paix est plus que bienvenu», a ainsi déclaré au  Conseil œcuménique des Églises le pasteur William Deng Mian, secrétaire général du Conseil des Églises du Soudan (NccS), qui a participé aux pourparlers.

Les termes de l’accord

L’accord qui suit une précédente entente atteinte le 31 août dernier, a été signé par le Front révolutionnaire du Soudan qui réunit cinq groupes rebelles et quatre mouvements politiques, issus des régions du Darfour, du Kordofan-Sud et du Nil Bleu et qui cherchent à développer leurs régions sinistrées par des campagnes sanglantes lors de la présidence de l'ancien chef d'État, Omar el-Béchir.

L'accord est composé de huit protocoles: propriété foncière, justice transitionnelle, réparations et compensations, développement du secteur nomade et pastoral, partage des richesses, partage du pouvoir et retour des réfugiés et déplacés.

Il stipule également le démantèlement à terme des groupes armés et l'intégration des combattants dans l'armée, qui devra être représentative de toutes les composantes de la société.

Le père Musa Timothy, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Soudan et du Soudan du Sud (SCbc), s'est félicité de l'aboutissement des négociations entamées il y a un an : «L'accord de paix est bien accueilli et apprécié par l'ensemble du peuple soudanais, et en particulier par la population du Darfour, car il conduira à la fin de la guerre et des souffrances commencées en 2003», affirme-t-il.

Séparation de l’État et de la religion

Mais les responsables chrétiens au Soudan s’inquiètent de l’absence à la table des négociations de deux groupes rebelles. Le premier est le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (le SPLA-Nord) d'Abdelaziz al-Hilu présent dans le Kordofan-sud et le Nil bleu, il a signé un cessez-le-feu séparé. Favorable comme les autorités actuelles de Khartoum à la séparation de la religion et de l’État, il conservera ses armes «pour se protéger» tant que le principe de laïcité de l’État ne sera pas inscrit dans la Constitution.

Au contraire, le groupe rebelle d’AbdelWahid Nour, le Mouvement de libération du Soudan (Slm-a) qui dispose d’une force armée au Darfour et que l'armée régulière accuse d'avoir encore lancé une attaque contre ses positions fin septembre, a quitté les négociations parce qu’il rejette la fin du caractère confessionnel de l’État, où les lois islamiques ont été introduites en 1983.

Les dignitaires religieux engagent le dialogue

Un dialogue a été engagé par les autorités et certains dignitaires religieux. «Le double effort des chrétiens et des musulmans et du gouvernement produira des résultats», a assuré le révérend Mian. Des discussions sont en cours notamment pour expliquer aux rebelles que la séparation de l’État et de la religion ne signifie pas que le pays se sécularise. Le président des évêques soudanais, Mgr Yunan Tombe Trille Kuku Andali, est récemment intervenu pour soutenir la laïcisation du pays, «une condition fondamentale pour que le Soudan devienne un pays vraiment démocratique et unique, dans lequel musulmans et chrétiens puissent coexister pacifiquement».

17 ans de guerre

Pendant des décennies, le Soudan a connu plusieurs foyers de conflits ethno-religieux sur son territoire. Le plus connu d’entre eux se déroule au Darfour où, depuis 2003, un affrontement a lieu entre les Janjawids, des miliciens arabes d'origine nomade soutenus par Khatoum -le vice-président étant leur chef- et la population non arabe représentée par les groupes rebelles du Slm-a et du Mouvement pour la justice et l'égalité (Jem). Selon les Nations Unies, ce conflit a causé la mort d’au moins 300 000 personnes, et provoqué la fuite de plus de 2,5 millions de déplacés.

Les autres foyers de tension se trouvent au Kordofan-Sud et au Nil Bleu qui comportent des minorités chrétiennes ayant combattu pendant des décennies les tentatives de Khartoum d'imposer la loi islamique.

(avec AFP)

12 octobre 2020, 16:40