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La proposition a été votée ce jeudi 8 octobre à l'Assemblée nationale à Paris. La proposition a été votée ce jeudi 8 octobre à l'Assemblée nationale à Paris.  (AFP or licensors)

La France ouvre la voie à un allongement du délai de l’IVG, l’inquiétude de l’Église

En France, l’Assemblée nationale a donné jeudi 8 octobre un premier feu vert à l’allongement du délai légal pour recourir à l’avortement, passant de 12 à 14 semaines de grossesse. Le texte doit maintenant passer entre les mains des sénateurs. La conférence des évêques de France s’inquiète de cette «poussée d’une frange militante».

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Après une séance houleuse, la mesure prévoyant d'allonger le délai légal pour recourir à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) a été adoptée à 102 voix contre 65, ce jeudi 8 octobre. Les députés porteurs du projet, issus du groupe Ecologie Démocratie Solidarité (EDS), dénoncent les conditions de 3 000 ou 4 000 femmes qui doivent pratiquer un avortement à l’étranger, lorsqu’elles sont en dehors des délais autorisés dans l’hexagone. «On peut espérer que cette poussée d’une frange militante pour un allongement des délais n’aille pas très loin», déclare Vincent Neymon, porte-parole de la conférence des évêques de France (CEF). Il note également que la question divise les politiques français.

«Parfois, le mieux est l'ennemi du bien» a indiqué à la tribune, lors des débats, le ministre de la Santé Olivier Véran, s’inquiétant d'un risque d’effondrement du nombre de gynécologues qui accepteraient de réaliser une IVG au-delà de douze semaines de grossesse. 

«Nous éprouvons une grande tristesse devant l’incompréhension dont fait preuve une part de notre société, représentée par ces quelques députés, face aux véritables enjeux auxquels nous sommes confrontés», déplore le porte-parole de la CEF. Faisant écho à l'encyclique Fratelli tutti  du Pape François publiée le 4 octobre, la CEF rappelle que la priorité de notre société est la fraternité, or, «sommes-nous dans une société fraternelle lorsqu’elle décide d'allonger de plus en plus les délais permettant d’annuler la vie, gênante, lorsqu'elle est à naître ?», questionne Vincent Neymon.

Un débat qui va au-delà de l'IVG pour l'Église 

«L'Église catholique, en aucune façon et jamais, ne juge ces personnes (celles pratiquant l'IVG, ndlr), mais elle dit clairement que l’acte n’est pas acceptable», rappelle la CEF, espérant que ces «mesures qui sont poussées en avant vont éveiller l’attention de ceux qui jusqu’à présent étaient un peu endormis, et nous les premiers, nous ne voulons pas jeter la pierre». L’espoir du porte-parole des évêques de France : que cette mesure suscite un intérêt plus global au sein de la société française sur le projet de loi bioéthique qui est en discussion. «Ne nous y trompons pas, l’enjeu reste la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes seules. Il ne s'agit pas crier victoire si cette mesure excessive concernant le délai de l’IVG est retirée. Ne nous trompons pas de combat, l’ensemble des mesures du projet total est très inquiétant» affirme Vincent Neymon.

L’ordre médical également sceptique 

Dans une interview publiée par le quotidien Le Monde, le président du Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF), le professeur Israël Nisand, chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU de Strasbourg, fait part des raisons de son opposition à l’allongement de la durée de recours à l’IVG. Pour le spécialiste, «effectuer une IVG à quatorze semaines de grossesse n’a rien d’anodin, c’est un acte lourd et potentiellement dangereux.» Il plaide en revanche pour un cadre qui fixe un délai d’obtention d’un rendez-vous pour un avortement dans un délai maximum de cinq jours. 

09 octobre 2020, 16:34