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Des femmes indigènes au meeting du candidat de gauche Luis Arce, à La Paz, le 14 octobre. Des femmes indigènes au meeting du candidat de gauche Luis Arce, à La Paz, le 14 octobre.   (AFP or licensors)

Bolivie, une élection présidentielle pour mettre fin à la crise

Après la crise politique née de la dernière présidentielle en octobre 2019 et trois reports successifs dus à la pandémie de Covid-19, les Boliviens se rendent aux urnes dimanche 18 octobre pour élire leur président. Mais ce scrutin ne résoudra pas tous les problèmes du pays et les tensions devraient persister.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Bolivie, octobre 2019 : Evo Morales, le président sortant, au pouvoir depuis 2005, est réélu au premier tour. Mais les résultats sont contestés et l’opposition crie à la fraude, réclamant un second tour. Après plusieurs jours de crise et d’affrontements dans les rues, lâché par la police et l’armée, Evo Morales décide de quitter le pays et part en exil. Il faut maintenant organiser un nouveau scrutin pour résoudre cette crise politique.

Depuis, le gouvernement et la présidente par intérim, Jeanine Añez, ont reporté à trois reprises le scrutin à cause de la pandémie de Covid-19 qui s’est abattue sur le pays. Devant l’impatience de la population de s’exprimer par les urnes, le pouvoir a finalement décidé de tenir les élections législatives et présidentielle ce dimanche, même si la situation sanitaire est loin d’être parfaite.

Malgré l’absence de son principal chef, le MAS, le Mouvement vers le socialisme, apparait dans les sondages comme le favori des élections législatives. Son candidat à la présidentielle, Luis Arce, est également en bonne position. Il pourrait même l’emporter dès le premier tour. La loi électorale stipule qu’un candidat est élu dès le premier tour s’il obtient au moins 40 % des voix exprimées et s’il a un avantage d’au moins dix points sur le candidat arrivé en deuxième position.

Le MAS toujours favori

C’est cette règle qui guide les choix des autres partis d’opposition. Le candidat le mieux placé pour faire barrage au MAS est l’ancien vice-président Carlos Mesa, de centre-droit. Plusieurs personnalités s’étant initialement déclarées se sont finalement retirées en sa faveur. C’est le cas de Jeanine Añez qui avait caressé l’espoir de se maintenir au pouvoir à l’issue du scrutin.

Mais Luis Fernando Camacho, en tête de la protestation il y a un an contre Evo Morales, n’a pas voulu se joindre à Carlos Mesa et a maintenu sa candidature. Profondément hostile au MAS, il pourrait ainsi, paradoxalement, favoriser son retour aux affaires.

Pablo Laguna, anthropologue, chercheur associé au centre de recherche et de documentation sur les Amériques de l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine (IHEAL), estime qu’une victoire du MAS et de son candidat dimanche «n’est pas à exclure».

Il précise aussi que le rejet du MAS qui s’est exprimé parfois violemment au cours des derniers mois, s’explique par un sentiment de revanche d’une partie de la population exclue du pouvoir et de l’administration depuis 2005. L’opposition entre le MAS et ses adversaires apparait ainsi tout autant culturel qu’idéologique, les projets économiques notamment, allant dans des directions opposées. Luis Fernando Camacho, par exemple, veut privatiser le secteur des hydrocarbures nationalisé par Evo Morales.

Les électeurs trancheront donc dimanche mais, mais pour Pablo Laguna, le climat de tension prévalant dans le pays depuis un an ne devrait pas pour autant disparaitre

Entretien avec Pablo Laguna, chercheur à l'IHEAL

 

16 octobre 2020, 12:26