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Vatican News
Un médecin italien à bord du navire humanitaire Ocean Viking, le 5 juillet 2020. Un médecin italien à bord du navire humanitaire Ocean Viking, le 5 juillet 2020.  (AFP or licensors)

Soulagement et amertume à bord de l'Ocean Viking

48 heures après avoir déclaré l'état d'urgence à son bord, alors que la situation devenait ingérable, les autorités italiennes autorisent le navire humanitaire à accoster en Sicile. Les 180 rescapés débarqueront lundi 6 juillet au matin.

Mis à jour le 5 juillet à 17h03

Le navire humanitaire Ocean Viking a reçu dimanche 5 juillet dans l'après-midi l'autorisation de l'Italie pour débarquer les 180 migrants qu'il a secourus en Méditerranée à Porto Empedocle, en Sicile, a annoncé l'ONG SOS Méditerranée. «Soulagement à bord : l'Ocean Viking a enfin reçu l'instruction de se rendre à Porto Empedocle, en Sicile. Les 180 rescapés seront débarqués au port demain», a annoncé l'ONG sur Twitter. 

Sur le réseau social, SOS Méditerranée ne cache pas son amertume quant au manque de solidarité de l'Union européenne : «Le retard inutile de ce débarquement a mis des vies en danger. Au cours des derniers jours, l'UE a gardé le silence : aucune initiative visant à relancer l'accord de Malte pour la relocalisation des rescapés. Il n'y a eu aucun signe de solidarité avec les États côtiers.»

Les rescapés ont été testés à la Covid-19 et devraient être placés en quarantaine. Ils pourraient être transférés à bord d'un navire de quarantaine en attendant de regagner la terre ferme.

Etat d'urgence à bord 

Après plusieurs mois à quai dans le port de Marseille, le navire humanitaire Ocean Viking avait repris la mer le 22 juin. Trois jours plus tard, l’équipe effectuait un sauvetage de 51 personnes dans les eaux internationales, là où se chevauchent les zones maritimes de Malte et d’Italie. Quelques heures plus tard, peut-on lire sur le site de l'ONG  SOS Méditerranée, l’Ocean Viking est alerté d’une autre embarcation en bois en détresse, et navigue à son secours pour sauver 67 personnes. 

Dans la nuit du 30 juin, le navire qui n’a pas eu d’autorisation pour débarquer ses rescapés, malgré ses demandes à Malte et l’Italie, sauve 47 personnes dans les eaux maltaises, des personnes en mer depuis plusieurs jours. Le même soir, 16 sont sauvées, elles voguaient sur un bateau de fibre de verre, également dans les eaux maltaises. 

La sécurité n’est plus garantie 

181 personnes ont ainsi été sauvées des eaux depuis le 22 juin, mais le cauchemar continue aujourd’hui, à bord du navire humanitaire. Chaque jour, les conditions sanitaires empirent et la situation à bord s’est détériorée, la sécurité des rescapés et des membres de l’équipage «n’est plus garantie», indique l’ONG. Certains personnes ont passé 5 jours en mer et souffre désormais de deshydration. 

44 personnes ont urgemment besoin d’assistance et sont dans un état de détresse psychologique aiguë, «leur état psychologique et psychique s’est fortement dégradé», témoigne François Thomas, président de SOS Méditerranée France, «il y a de la violence, des bagarres, une forte agressivité et des menaces contre l’équipage et l’équipe de sauveteurs, la situation est très très tendue».

L’état d’urgence a été déclaré le vendredi 3 juillet. Le matin même, deux hommes ont tenté de mettre fin à leurs jours en sautant par-dessus bord, un autre a réalisé une tentative de pendaison. 

La souffrance des rescapés est par ailleurs aggravée par le fait qu’à bord, ils ne peuvent contacter leurs familles pour leur apprendre qu’ils sont en vie. Sur le navire, les membres de l’équipage et l’équipe médicale font le maximum pour apaiser la situation, nous explique François Thomas, mais les sauveteurs «sont bien seuls et ne peuvent faire face à une situation qui pourrait encore se dégrader».

Appel à l’aide de l’Italie

Actuellement au sud de l’Italie, le navire humanitaire en appelle à la péninsule pour intervenir à bord pour fournir des soins mais également pour débarquer ses rescapés, «et pour que le droit soit respecté», précise le président de SOS Méditerranée France, qui rappelle que les règles du droit international doivent s’appliquer et regrette le silence de l’Union Européenne, «la solidarité européenne ne fonctionne pas», soupire le responsable de l’ONG.

Interview de François Thomas de SOS Méditerranée
04 juillet 2020, 12:57