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Manifestation devant le siège de l'agence fédérale chargée de la sécurité des frontières et du contrôle de l'immigration Manifestation devant le siège de l'agence fédérale chargée de la sécurité des frontières et du contrôle de l'immigration 

Le cardinal Sako s’insurge contre les expulsions d’Irakiens par les États-Unis

Le patriarche de Babylone des Chaldéens s’inquiète d’un phénomène en cours depuis plusieurs semaines aux États-Unis : l’expulsion d’Irakiens résidant sur le territoire, renvoyés dans leur pays d’origine faute d’avoir obtenu les documents nécessaires à leur naturalisation ou en raison d’accusations judiciaires à leur encontre.

«Inhumaine et immorale» : c’est ainsi que le patriarche chaldéen qualifie cette mesure d’expulsion pratiquée à l’encontre d’Irakiens vivant aux États-Unis depuis de nombreuses années. Certains doivent ainsi se séparer de leur famille ; d’autres sont contraints d’amener en Irak leurs enfants pourtant nés sur le sol américain et ne parlant pas l'arabe. « Ces personnes n’ont plus de parents en Irak, explique le cardinal Sako. L’expulsion les isolera de leur famille et les jettera dans l’inconnu. Ils ne connaissent pas le contexte irakien, ils se sentiront isolés. Où vivront-ils, qui s’occupera d’eux et s’inquiétera de leur sort ?» s'interroge-t-il.

Le communiqué du patriarcat, diffusé le 20 juillet, appelle l’administration américaine à protéger les droits et la sérénité familiale des Irakiens sujets à une procédure d’expulsion. Le 2 juillet dernier, la Cour suprême des États-Unis a débouté une importante délégation d’Irakiens qui demandait le gel du mécanisme d’expulsion et de rapatriement forcé enclenché à leur encontre par la justice américaine.

Un accord entre les gouvernements de Washington et Bagdad

Ce sont quelque 1 400 Irakiens qui sont concernés ; beaucoup d'entre eux soutiennent que leur rapatriement forcé en Irak les expose au risque de «torture et de persécution». Il y a encore quelques années, c’était le gouvernement irakien lui-même qui s’opposait à ces procédures ; la situation a changé en 2017, sous l’effet des nouvelles règles d'immigration mises en place par l'administration Trump. En juin de cette même année, ces mesures ont conduit à l'arrestation de 114 Irakiens sur ordre de l'agence fédérale chargée de la sécurité des frontières et du contrôle de l'immigration. Dans les semaines qui ont suivi, le juge Mark Goldsmith de Detroit avait réussi à bloquer temporairement l'expulsion potentielle de chrétiens chaldéens et d'autres immigrants irakiens, montrant que même les affaires pénales et judiciaires invoquées par la police pour justifier les mesures d'expulsion contre les Irakiens étaient en fait des affaires "dormantes", opportunément exhumées.

En réalité, cette politique de rapatriement forcé est basée sur un accord conclu entre l'administration Trump et le gouvernement de Bagdad, qui a accepté d’y souscrire à condition que l’Irak soit retiré de la liste des pays sous le coup du "muslim ban". Ce décret présidentiel, vivement décrié, limite l’accès au territoire américain des citoyens issus de pays à majorité musulmane et considérés comme potentiels "exportateurs" de terroristes.

21 juillet 2020, 14:52