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Vatican News
Dans les rues de Damas la capitale syrienne, un vendeur de rue, le 16 juin 2020. Dans les rues de Damas la capitale syrienne, un vendeur de rue, le 16 juin 2020.   (AFP or licensors)

La «situation est insoutenable» en Syrie, alerte une congrégation trappiste

Depuis leur monastère dans le village maronite d’Azeir, dans l’ouest de la Syrie, des religieuses trappistes dénoncent des conditions de vie de plus en plus difficiles en Syrie, entre le conflit, l’embargo économique et la pandémie de coronavirus.

Dans un entretien accordé à l’agence Asia News, les soeurs trappistes d’Azeir alertent sur le fait que la population civile est de plus en plus victime des jeux de pouvoir mondiaux.  Les Syriens vivent dans une «situation insoutenable» à cause de la guerre et des sanctions internationales, armes d'un «système financier et géopolitique mondial» qui «utilise les peuples et les nations comme des pions dans son propre intérêt».

«Les gens autour de nous meurent de faim et de maladie, écrit la supérieure, Sœur Martha, non pas parce qu'il y a un virus ! Mais parce qu'ils ne peuvent plus trouver de médicaments pour le diabète, l'hypertension, le cancer, les maladies cardiaques». Les pharmacies sont fermées. Personne n'importe de matières premières et la production de médicaments est bloquée, précise-t-elle. La livre syrienne, écrit la religieuse, «perd de la valeur à d’heure en heure», ainsi que les biens. 

Mercredi 17 juin, la Banque centrale syrienne a officiellement révisé à la baisse la valeur de la monnaie locale face au dollar, après des semaines de forte dépréciation sur le marché noir et sur fond de nouvelles sanctions américaines devant entrer en vigueur ce même jour. Le taux de change officiel, appliqué depuis mars, a augmenté de 704 livres. Aujourd'hui, un dollar équivaut à 1 256 livres syriennes, presque 3 000 sur le marché noir. Un dollar valait 47 livres avant la guerre déclenchée en 2011.

La solidarité européenne 

La congrégation trappistes de Azeir, nichée entre Homs et Tartous, souhaite que l'Europe, qui vit un moment de grande précarité en raison de la propagation de la pandémie de coronavirus, comprenne mieux la tragique réalité vécue par les pays en guerre et l'impact des sanctions sur une situation déjà compromise.

Tout en reconnaissant que les problèmes du pays ne sont pas seulement dus aux sanctions et que la responsabilité en incombe aussi aux dirigeants syriens, qui devraient prendre soin de la souffrance du peuple, pour les sœurs, il n'en reste pas moins que les sanctions «ont été renouvelées», voire augmentées et que leurs effets négatifs sont visibles sur la population civile, sur «des gens comme vous et moi» ; sur «les hommes, les femmes et les enfants... pas les politiciens, pas les dirigeants. Les sanctions sont contre le peuple».

«Bien sûr, celui qui décide de s'imposer sait cela», ajoutent-elles. Leur objectif est de «pousser les gens à détruire ceux qui gouvernent, à obtenir ce que les armes ne peuvent pas obtenir. Mais est-il moral d'utiliser la souffrance du peuple à des fins politiques» ? Ici, même si nous sommes dans un monastère, concluent-elles, «nous nous rendons compte que certaines personnes essaient de prendre d'autres chemins, une "économie humaniste" basée sur la culture, la moralité, la vision humaine... Veuillez suivre ces nouveaux chemins».

Dévastée par neuf ans de guerre, l'économie syrienne est aussi fragilisée par l'actuelle crise financière au Liban, qui a longtemps permis d'acheminer des dollars dans les zones gouvernementales, soumises à des sanctions internationales. D'après des analystes interrogés par l'AFP, la dégringolade de la livre syrienne est due à l'inquiétude face aux nouvelles sanctions américaines ainsi que par la disgrâce inattendue de l'homme d'affaires le plus fortuné du pays, Rami Makhlouf, cousin du président syrien.

17 juin 2020, 17:42