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Berbera, port du Somaliland Berbera, port du Somaliland  (AFP or licensors)

Somalie-Somaliland : maintien du dialogue malgré l’impasse

Pendant cinq jours, du dimanche 14 au jeudi 18 juin 2020, les présidents de la Somalie et du Somaliland et leurs délégations se sont rencontrés à Djibouti pour une série d’entretiens. Aucune avancée notable n’a été enregistrée malgré la signature d’un texte commun qui n’apporte rien de nouveau au contentieux. Le Somaliland cherche toujours à voir reconnaître son indépendance, et la Somalie veut toujours réaffirmer sa souveraineté sur ce territoire indépendant de fait depuis 1991.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Les dernières négociations officielles entre la Somalie et le Somaliland remontent à 2015, hormis une brève rencontre informelle en février dernier entre Muse Bihi, le président du Somaliland et son homologue somalien Mohamed Farmajo, en marge du dernier sommet de l’Union africaine. Cette fois, malgré les tensions tout au long de ces cinq jours de discussions, les échanges ont été plus approfondis et ont abouti à la signature d’un document en plusieurs points comprenant un code de conduite, un engagement à construire la confiance, la promesse d’appliquer de précédents accords sur les investissements et l’aide humanitaire.

D’autres rencontres techniques, sur la gestion de l’espace aérien notamment, doivent avoir lieu dans une quinzaine de jours, toujours à Djibouti. Cette rencontre a d’ailleurs été suivie et parrainée par le président de Djibouti, Ismail Guelleh et le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed.

Un différend difficile à résoudre

Cette issue n’avait rien d’évident, mais «ce qui est essentiel, c’est qu’il y ait une rencontre» explique Marc Fontrier, fin connaisseur de la Corne de l’Afrique. «Chacun a une épine dans le pied» poursuit-il: le Somaliland, qui a fait sécession de la Somalie en 1991 après une trentaine d’années d’union ayant suivi l’indépendance de ces anciennes colonies britannique et italienne, cherche à être reconnu comme un État indépendant par la communauté internationale. Quant à Mogadiscio, l’objectif est de restaurer sa souveraineté sur le territoire sécessionniste.

La question du statut du Somaliland est ainsi au cœur du contentieux entre ces deux territoires qui ont connu des trajectoires diamétralement opposées depuis une trentaine d’années. Alors que la Somalie sombrait dans le chaos dont elle a le plus grand mal à sortir après la destitution du président Siad Barré, le Somaliland réussissait à bâtir un État viable et stable. Si «tout le monde a des raisons pour s’entendre, personne ne veut faire le pas décisif,» estime cependant l’analyste qui ne voit pas la situation évoluer véritablement.

Le Somaliland n’a pas l’intention de réintégrer la Somalie et cette dernière entretient toujours le «rêve d’une grande Somalie qui regrouperait toutes les populations de langue et de culture somali». Mais cela ne verra pas le jour dans ces conditions, affirme Marc Fontrier.

«L’ensemble somali, ce sont de grands lignages qui ne sont pas forcément camarades les uns avec les autres et qui le sont plutôt pas du tout» et «cette construction lignagère ne se prête pas du tout à une fusion», explique le chercheur. «Les seuls, finalement, qui ont un intérêt à un rapprochement, ce sont les Éthiopiens qui veulent être en bon rapport avec leurs deux voisins difficiles». L’Ethiopie, étant un pays enclavé, cherche en effet un débouché maritime autre que Djibouti et lorgne sur Berbera, port du Somaliland. D’où sa médiation avec en ligne de mire un objectif bien précis: la souveraineté de ce territoire.

Entretien avec Marc Fontrier, connaisseur de la Corne de l’Afrique
22 juin 2020, 08:49