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Le Nord-Kivu déstabilisé par les intérêts miniers

La région du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo, vit toujours sous la menace de dizaines de groupes armés qui menacent les populations civiles, défient l'autorité centrale, et participent au pillage des ressources naturelles du pays. Un missionnaire combonien italien, le père Gaspare Di Vincenzo, témoigne de cette situation dramatique.

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Le 1er décembre 2019, lors de la messe célébrée en rite zaïrois dans basilique Saint-Pierre, le Pape François avait prié pour la paix «gravement menacée» en particulier dans les territoires de Beni et de Minembwe où font rage des conflits «alimentés même de l'extérieur dans le silence complice de beaucoup». Six mois plus tard, le constat est identique et est partagé par les Nations unies et plusieurs ONG. Selon les chiffres des agences onusiennes, environ 1300 civils ont été tués lors de combats à travers le pays. Le Haut-Commissaire pour les droits de l'Homme, Michelle Bachelet, a parlé ouvertement de possibles crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.

Médecins sans Frontières a fait état d'une nouvelle poussée de violences lors des deux derniers mois ayant contraint plus de 200 000 personnes à fuir leurs maisons en Ituri. Dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, ce ne sont pas moins d'un demi-million de civils qui ont fui les combats. Ces chiffres font de la RDC le second pays au monde pour le nombre de déplacés internes après la Syrie.

Les multinationales à la manoeuvre

C'est dans ce contexte que vit le père combonien Gaspare Di Vincenzo, missionnaire à Butembo, à 50 kilomètres au sud de Beni, une des zones les plus à risque. Joint au téléphone par Giada Aquilino, de Vatican News, il revient sur la présence des groupes armées, qu'il estime à environ deux cents dans la région. «De ce que nous réussissons à comprendre, ces groupes armés sont soutenus par de grandes multinationales pour maintenir une situation d'incertitude, de confusion, de gêne, pour que dans de telles conditions on puisse exploiter les richesses minières».

Selon lui, ces entreprises «se servent des pays voisins pour déstabiliser la situation ici, pour réaliser un projet désormais de longue date de “balkanisation” de toute la région du Nord et du Sud-Kivu et d'Ituri».

L'Église, seule à dénoncer

Les conséquences pour les populations civiles sont dramatiques. «La nourriture est rare et les prix ont augmenté parce que les terres qui étaient cultivées pour survivre ont été abandonnées» raconte le missionnaire. L'Église agit en dénonçant les agissements des groupes armés et de leurs soutiens extérieurs. C'est d'ailleurs «la seule à le faire avec les évêques et nous, les missionnaires» constate le père Di Vincenzo.

L'Église est également «la seule qui, ici, à Butembo, accueille ceux qui fuient Béni qui est l'épicentre des violences parce que c'est là que se trouvent les plus grandes richesses minières. Nous avons accueilli 500 familles et nous distribuons des aliments pour cette population», poursuit le missionnaire.

La pandémie de covid-19 ne fait rien pour arranger les choses, les églises et autres lieux de culte étant fermés. «Les paroisses qui avaient l'habitude de collecter de la nourriture pour aider les personnes dans le besoin ne peuvent plus le faire aujourd'hui, regrette le père combonien. Maintenant, grâce à l'aide que nous recevons de bienfaiteurs en Italie, nous achetons du riz et des haricots et les distribuons à ces personnes, qui sont accueillies par des familles à Butembo».

 

12 juin 2020, 11:54