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Un homme joue de la guitare sur les décombres de la ville de Taez, troisième ville du Yémen, en décembre 2019. Un homme joue de la guitare sur les décombres de la ville de Taez, troisième ville du Yémen, en décembre 2019.  (AFP or licensors)

Yémen: les rebelles remplacent le gouvernement légitime pour une partie de la population

Il y a 5 ans, une coalition internationale menée par l’Arabie Saoudite entrait en guerre contre les rebelles Houthis pour préserver le gouvernement central yéménite. Depuis, le conflit s’enlise, et la guerre au Yémen est devenue la crise humanitaire la plus grave sur la surface du globe. Aujourd’hui, les Houthis sont plus que jamais en position de force, et contrôlent une grande partie du territoire et de la population yéménite.

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican

Cinq ans après la création d'une coalition militaire dirigée par l'Arabie Saoudite au Yémen, les rebelles Houthis sont en position de force, gagnant du terrain face aux forces gouvernementales tout en résistant à la force de frappe de Ryad et de ses alliés soutenus par l'Iran. Les insurgés ont mené en 2019 des attaques sur des cibles stratégiques dans le pays en guerre et en Arabie saoudite, notamment grâce à des drones sophistiqués pouvant parcourir des centaines de kilomètres.

Non seulement les insurgés contrôlent une grande partie du territoire, mais la plus grande partie de la population yéménite est sous leur controle, explique l’anthropologue, Franck Mermier, spécialiste des sociétés arabo-musulmanes, et chercheur au CNRS, «les Houthis ont réussi à s’allier avec d’autres groupes qui ne partagent pas leur credo idéologique, ainsi ils ont réussi à remplacer le gouvernement légitime pour une grande partie de la population»

“Gouvernement hôtel” 

Les Saoudiens ont dû pour leur part composer avec des dissensions au sein du camp anti rebelles, qui ont provoqué des affrontements dans le sud entre la force "Cordon de sécurité", entraînée par les Émirats Arabes Unis, et les troupes du gouvernement, soutenues par Ryad. Et, en juillet 2019, les Émirats, principal partenaire de Ryad dans la coalition, ont annoncé diminuer leur présence au Yémen. Aujourd’hui, le gouvernement central est dans une position extrêmement faible, “il ne peut pas même pas s’installer à Aden, la capitale du sud, qui est en proie aux séparatistes du sud”, détaille Franck Mermier.

Manque de légitimité, défaite sur le terrain… De nombreux ministres du gouvernement central yéménite vivent désormais dans des hôtels en Arabie Saoudite, et le président Mansour Hadi est accusé d’être à la tête d’un “gouvernement hôtel”. 

Cessez-le-feu pour lutter contre la pandémie

Lundi 23 mars, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a lancé un appel "à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde" afin de préserver les civils de la "furie" du nouveau coronavirus”. "La coalition militaire (dirigée par Ryad) soutient la décision du gouvernement yéménite d'accepter (cet) appel", a-t-elle affirmé par la voix de son porte-parole Turki al-Maliki, cité par l'agence de presse officielle saoudienne SPA.
De leurs côtés, les Houthis se sont dits "ouverts à tous les efforts et initiatives". Dans un communiqué, un haut responsable politique du mouvement, Mehdi al-Machat, a appelé "au calme complet et réel, à instaurer la confiance et à créer une atmosphère propice au succès d'une solution politique globale".

Un geste plus que nécessaire de la part des différentes parties en conflit, “il est évident qu’il y a un aspect symbolique à accepter ce cessez-le-feu, car toutes les parties ont participé à affaiblir le système de santé actuel”, estime Franck Mermier. 

Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts, essentiellement des civils. Environ 24 millions de personnes, soit plus des deux tiers de la population, ont besoin d’aide humanitaire. Contrairement à la Syrie ou à la Libye, le Yémen n'a enregistré aucun cas d'infection à la maladie de Covid-19 mais les ONG redoutent une catastrophe si la pandémie arrivait dans le pays où plus de trois millions de personnes vivent entassés dans des camps de déplacés.

Entretien avec Franck Mermier
27 mars 2020, 12:14