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Vue sur le Sahara, image d'illustration. Vue sur le Sahara, image d'illustration.   (AFP or licensors)

Le Sahel face à la ruée vers l’or

C’est une matière première qui est à la fois bienfaitrice et dévastatrice pour la région dans laquelle elle se trouve... Depuis 2010, des minerais d’or sont exploités dans la région sahélo-saharienne. Le défi pour les États est maintenant de s'atteler à la gestion des sites d'orpaillages.

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican 

Depuis la découverte de filons au Tchad, au Soudan ou encore au Niger, ils sont désormais des centaines de milliers d’orpailleurs, équipés à peu de frais à se lancer à la recherche de la précieuse pépite. Des personnes découvrant le métier sur le tas, d’autres déjà familières de l’orpaillage ou des saisonniers, se sont déplacées à la recherche des minerais, explique Laurent Gagnol, maître de conférence en géographie à l’université d’Artois dans les Hauts-de-France.

Une ruée qui a pris de court des États déjà déstabilisés par le djihadisme et les trafics d’armes ou drogue. Une grande partie de la production est encore réalisée de manière informelle, «les États ont été très peu présents dès le début, un peu dépassés par l’ampleur de ce phénomène qui était complètement inattendu, car l’or n’avait jamais été exploité au Sahara», détaille Laurent Gagnol. Mais aujourd’hui, les États cherchent à reprendre la main, à contrôler les sites de production, et profiter enfin des retombées économiques de l’orpaillage. Par exemple, en Mauritanie, l’État met en place des centres de traitements de l’or. 

Fléau pour l’environnement  

Les dégâts de l’orpaillage sur l’environnement sont dramatiques. Du mercure est utilisé dans le traitement de minerais aurifère, un produit extrêmement volatile qui s’infiltre dans les nappes phréatique et les végétations, il est ensuite ingéré par les individus et les animaux, notamment par les dromadaires qui viennent s'abreuver à proximité des sites de production. «Les orpailleurs ne pensent qu’à augmenter leur niveau de vie sans penser nécessairement au lendemain, tout comme les élites qui investissent dans le commerce de l’or», détaille Laurent Gagnol. Du cyanure est également utilisé, par des orpailleurs qui généralement travaillent sans protection. 

Main mise des groupes armés

Plus au sud, dans le Sahel Central, au Mali, au Burkina Faso et Niger, le boom aurifère suscite la convoitise de divers groupes armés, dont des djihadistes, qui trouvent dans l’exploitation aurifère artisanale une nouvelle source de financement, voire un terrain de recrutement. Dans un rapport publié en novembre 2019, l’organisation International Crisis Group alerte sur la situation dans le Sahel Central, et revient sur la présence des Etats aux abords des mines pour mieux formaliser l’exploitation aurifère.

Qui se lance dans la ruée vers l’or sahélienne, et comment les États y font-ils face? L’éclairage de Laurent Gagnol, maître de conférence en géographie à l’université d’Artois, et auteur de l’ouvrage Les ruées vers l’or au Sahara et au nord du Sahel. Ferment de crise ou stabilisateur? publié chez Hérodote.

Entretien avec Laurent Gagnol
10 février 2020, 11:51