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Vatican News
Manifestations à Omdurman, au Soudan, le 30 juin 2019. Manifestations à Omdurman, au Soudan, le 30 juin 2019.  (AFP or licensors)

Soudan: le président de la conférence épiscopale se félicite des changements politiques

Le changement de régime survenu à Khartoum en 2019 ouvre des perspectives encourageantes d’ouverture pour le pays, notamment sur le plan de la liberté religieuse.

Le processus politique qui s’est ouvert au Soudan après la chute du président islamiste Omar el-Béchir, au printemps 2019, apporte une chance de renouveau pour ce pays certes encore fragile et instable, mais qui construit désormais son avenir dans une dynamique positive.

En août dernier, les militaires ont accepté de participer à un exécutif partagé de façon paritaire avec des membres de la société civile, parmi lesquels une femme chrétienne, ce qui représente un signe d’ouverture très encourageant. Dans un contexte international très difficile, le Soudan a été le seul pays à sortir en 2019 de la liste noire établie par le Département d’État américain des «pays particulièrement préoccupants», concernant les violations de la liberté religieuse.

Dans un entretien au site Vatican Insider, Mgr Tombe Trille, évêque d’El Obeid (capitale de l’État du Kordofan du Nord) et nouveau président de la Conférence épiscopale qui regroupe à la fois le Soudan et le Soudan du Sud, salue une «phase nouvelle qui est le fruit d’un compromis entre les militaires et la société civile», malgré la lenteur d’un processus dans lequel l’armée garde beaucoup de pouvoir.

L’ouverture progressive du pays

La vie quotidienne reste difficile pour les Soudanais, mais après 30 ans d’isolement, le Soudan est désormais «ouvert au monde, est connu, on parle de nous et pas d’une façon négative. Nous avons pour la première fois des femmes ministres et la société civile représente une vraie garantie», se réjouit Mgr Trille.

Dans un pays fracturé par plusieurs guerres et affaibli économiquement par la sécession du Soudan du Sud en 2011, le positionnement ouvert du Premier ministre Abdallah Hancock inspire une certaine confiance, même si le caractère islamique de l’État soudanais demeure pour le moment, ce qui représente un motif de conflit avec le Kordofan, qui pourrait lui aussi prendre la voie de l’indépendance dans les années à venir.

«Nous demandons un processus de réconciliation et de vrai pardon», explique l’évêque soudanais. «Il y a un besoin de justice, pas de vengeance», en rejetant l’usage de la peine de mort pour les anciens dirigeants même s’ils sont jugés et reconnus coupables de violence.

Une amélioration pour la situation des chrétiens

La place des chrétiens dans la société est mieux acceptée, sans être encore pleinement reconnue: «Maintenant, ils permettent aux travailleurs chrétiens de se rendre aux fonctions religieuses le dimanche sans problèmes. Pour la première fois, nous avons célébré Noël avec les musulmans, comme une grande fête et non pas comme un jour comme toutes les autres, et les écoles chrétiennes ont la permission de fermer le dimanche, se réjouit-il. Toutefois, l’Église est encore considérée comme une ONG étrangère et non pas comme une réalité profondément enracinée dans le peuple», précise l’évêque soudanais.

Le Soudan avait fait l’objet d’une visite du Pape Jean-Paul II en 1993, mais seulement pour une étape de neuf heures à Khartoum, sous l’encadrement strict du régime d’Omar el-Béchir. Le Pape François envisage de se rendre dans les prochains mois au Soudan du Sud, dans le cadre d’un voyage œcuménique impliquant aussi le primat de la Communion anglicane, Justin Welby.

30 janvier 2020, 12:52