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Manifestation contre les violences commises à l'égard des gardiens de parcs nationaux, le 15 janvier 2020 à Santa Marta, en Colombie. Manifestation contre les violences commises à l'égard des gardiens de parcs nationaux, le 15 janvier 2020 à Santa Marta, en Colombie.  (ANSA)

La Colombie ne sort pas de la spirale de la violence

Trois ans et demi après l’accord de paix historique signé avec les FARC, le pays est encore marqué par de nombreux assassinats, d’anciens guérilleros comme des membres de la société civile. Une tendance qui inquiète et qui témoigne de la difficulté pour le pays à faire diminuer la violence.

Entretien réalisé par Olivier Bonnel-Cité du Vatican

Depuis plusieurs mois la Colombie est traversée par une hausse inquiétante de la violence. Des anciens paramilitaires sont assassinés ainsi que des représentants de la société civile. Selon les Nations unies, pas moins de dix représentants de la société civile colombienne ont été assassinés depuis le début de l'année. L’an dernier 107 défenseurs des droits de l’homme avaient été tués.

Les anciens membres de la guérilla des FARC sont particulièrement exposés à ce regain de violence. Selon la mission de l'ONU en Colombie, 77 assassinats d'ex-combattants de l'ancienne guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont eu lieu en 2019, contre 65 en 2018 et 31 en 2017, ce qui en fait «l’année la plus meurtrière» pour les anciens guérilleros.

Malgré les promesses de paix, l’hécatombe se poursuit. Selon l'Institut d'études pour le développement et la paix (Indepaz) de Colombie, pas moins de 623 dirigeants sociaux et défenseurs des droits humains ont été tués entre novembre 2016, date de la signature des accords de paix, et juillet 2019.

Le narcotrafic encore puissant

D’après les autorités colombiennes, la majeur partie de ces violences sont le fait d’organisations criminelles liées au narcotrafic, dont les ramifications sont encore importante dans le pays, ainsi qu’à des bandes criminelles, dont certaines sont liées à d’autres mouvements de guérilla qui n’ont pas déposé les armes. C’est le cas notamment de l’ELN, l’Armée de libération nationale, qui refuse toute trêve avec les autorités. Ses membres s’en prennent encore régulièrement aux forces armées colombiennes, comme le 10 janvier dernier où une base aérienne a été attaquée, non loin de la frontière avec le Venezuela. 

L’appel à la paix de l’Eglise locale

Face à cette violence endémique, l’Eglise colombienne ne cache pas ses inquiétudes. Acteur majeur de l’accord de paix de novembre 2016 avec les FARC, l’Eglise appelle à une «paix totale» en Colombie, notamment avec l’ELN. Les prélats colombiens invitent régulièrement à poser des «gestes concrets» de paix qui respectent chacun dans sa dignité.

Si l’accord historique de paix avec l’ancienne guérilla des FARC, signé en novembre 2016 est toujours en vigueur, son application reste difficile et d’autres mouvements armés affaiblissent encore le pays. L’application des accords est fragile dans un pays où certaines régions sont enclavées.

Comment expliquer cet état de violence ? Y a-t-il des pistes pour l’enrayer ? L’éclairage de Frédéric Massé, directeur du centre de recherche et projets spéciaux de l'université Externado de Colombie

Entretien avec Frédéric Massé
20 janvier 2020, 15:33