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Vatican News
Un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh. Un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh.  (AFP or licensors)

Une résolution de l’ONU vient au secours des Rohingyas

L’Assemblée générale de l’ONU a voté vendredi à une très large majorité une résolution en faveur des musulmans Rohingyas de Birmanie, une minorité persécutée et vis-à-vis de laquelle le Pape François a multiplié les signes d’attention.

L'Assemblée générale des Nations Unies a approuvé une résolution, ce vendredi 27 décembre, condamnant fermement les violations des droits de l'homme contre les musulmans Rohingyas de Birmanie et d'autres minorités dans le pays, y compris les arrestations arbitraires, la torture, le viol et les décès dans détention.

Les 193 membres de l'organisation mondiale ont voté cette résolution avec 134 voix pour, 9 contre et 28 abstentions.

Les résolutions de l'Assemblée générale ne sont pas juridiquement contraignantes, mais elles sont censées refléter l'opinion mondiale.

Le gouvernement de la Birmanie (appelée aussi le Myanmar), un pays à majorité bouddhiste, considère depuis longtemps que les Rohingyas comme des «Bengalis» du Bangladesh même si leurs familles ont vécu dans le pays pendant des générations.

La longue crise des Rohingyas a explosé le 25 août 2017, quand l'armée birmane a lancé ce qu'elle a appelé une opération de nettoyage dans l’État Rakhine en réponse à une attaque d'un groupe d’insurgés Rohingyas. La campagne a conduit à l'exode massif des Rohingyas  au Bangladesh et aux accusations selon lesquelles les forces de sécurité birmanes auraient commis des viols, des meurtres en masse et auraient brûlé des milliers de maisons.

Les messages du Pape François à propos des Rohingyas

Dès l'automne 2017, le Pape a multiplié les appels en faveur de cette minorité musulmane, afin de briser l’indifférence internationale autour de leur situation.

Le 17 novembre 2017, dans un message vidéo adressé aux Birmans en vue de son voyage apostolique en Birmanie, le Pape annonce qu’il vient «proclamer l’Évangile de Jésus Christ, un message de réconciliation, de pardon et de paix».

Le Pape François avait ensuite effectué un voyage apostolique en Birmanie du 27 au 30 novembre 2017.

Le 28 novembre 2017, dans son discours aux autorités du gouvernement, à la société civile et au corps diplomatique birmans, il prend soin de ne pas parler directement des Rohingyas, mais la référence à la minorité à laquelle le gouvernement a retiré la nationalité birmane est limpide.

«Le processus ardu de construction de la paix et de la réconciliation nationale ne peut avancer qu’à travers l’engagement pour la justice et le respect des droits humains».

«L’avenir du Myanmar doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité, sur le respect de l’état de droit et d’un ordre démocratique qui permette à chaque individu et à tout groupe – aucun n’étant exclu – d’offrir sa contribution légitime au bien commun».

«Dans le grand travail de réconciliation et d’intégration nationale, les communautés religieuses du Myanmar ont un rôle privilégié à jouer. Les différences religieuses ne doivent pas être des sources de division et de méfiance, mais plutôt une force pour l’unité, pour le pardon, pour la tolérance et pour la sage construction de la nation».

Le 29 novembre 2017, dans son discours aux évêques de Birmanie, François explique que «la prédication de l’Évangile ne doit pas être seulement une source de consolation et de force, mais aussi un appel à favoriser l’unité, la charité et la guérison dans la vie du peuple».

Il remercie «tous ceux qui, comme le bon Samaritain, se dévouent avec générosité pour leur porter, ainsi qu’au prochain dans le besoin, le baume de la guérison, sans tenir compte de la religion ou de l’ethnie».

Puis le Pape visite le Bangladesh, du 30 novembre au 2 décembre 2017. Lors de sa rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique, le 30 novembre, il déclare:

«Au cours des derniers mois, l’esprit de générosité et de solidarité, signes caractéristiques de la société du Bangladesh, a été observé de manière très vive dans son élan humanitaire en faveur des réfugiés arrivés en masse de l’État de Rakhine, leur procurant un abri temporaire et les premières nécessités pour vivre. Ce résultat a été obtenu avec beaucoup de sacrifices. Cela a aussi été fait sous les yeux du monde entier. Aucun d’entre nous ne peut manquer d’être conscient de la gravité de la situation, de l’immense coût imposé par les souffrances humaines et les conditions de vie précaires de si nombreux de nos frères et sœurs, dont la majorité sont des femmes et des enfants, rassemblés dans des camps de réfugiés. Il est nécessaire que la communauté internationale mette en œuvre des mesures décisives face à cette grave crise, non seulement en travaillant pour résoudre les questions politiques qui ont conduit à ce déplacement massif de personnes, mais aussi en offrant une assistance matérielle immédiate au Bangladesh dans son effort pour répondre efficacement aux besoins humains urgents».

À l’issue de la rencontre interreligieuse et œcuménique à l’archevêché de Dacca, le 1er décembre 2017, le Saint-Père rencontre quelques réfugiés Rohingyas. Pour la première fois de son voyage, il utilise d’ailleurs ce terme controversé. «La présence de Dieu, aujourd’hui, s’appelle aussi Rohingyas», affirme François, tout en demandant «pardon» «au nom de tous ceux qui les ont persécutés».

À l’issue de ce 21e voyage apostolique, à bord de l’avion qui le reconduit à Rome, le Pape revient sur sa rencontre avec les Rohingyas devant les journalistes. Il explique notamment: «ce que fait le Bangladesh pour eux est une grande chose, c’est un exemple d’accueil. Un petit pays, pauvre, qui a reçu 700 000 réfugiés... Je pense à des pays qui ferment leurs portes... Nous devons être reconnaissants pour l’exemple qu’ils nous ont donné. Le gouvernement doit agir dans le domaine des relations internationales avec le Myanmar avec des permis, le dialogue... Parce qu’ils sont dans des camps de réfugiés, une condition spéciale. Mais à la fin ils sont venus».  

«Le fait que les Nations unies aient déclaré que les Rohingyas sont aujourd’hui la minorité religieuse et éthique la plus persécutée du monde, cela est un fait qui doit peser sur ceux qui voudraient revenir en arrière. Nous sommes à un moment où, avec le dialogue, on peut commencer, un pas après l’autre, peut-être un demi-pas en arrière et deux en avant, mais de la façon dont se font les choses humaines; avec bienveillance, dans le dialogue, jamais à travers l’agression, jamais avec la guerre. Ce n’est pas facile. Mais c’est un tournant: est-ce que l’on prend ce tournant pour le bien, ou est-ce qu’on prend ce tournant pour revenir en arrière? Ah oui, je ne perds pas espoir parce que, sincèrement, si le Seigneur a permis ce que nous avons vécu hier et ce que nous avons vécu de façon plus privée […]… le Seigneur permet quelque chose pour promettre autre chose. J’ai l’espérance chrétienne, on ne sait jamais...»

Il estime aussi que «des groupes extrémistes qui cherchaient à profiter de la situation des Rohingyas, qui sont des gens de paix. Comme dans toutes les ethnies et toutes les religions, il y a toujours un groupe fondamentaliste. Nous aussi catholiques, nous en avons. Les militaires justifient leur intervention avec ces groupes. Moi je n’ai pas choisi de parler avec ces gens-là, j’ai choisi de parler avec les victimes de ces gens. Parce que les victimes étaient le peuple rohingya, qui d’un côté, souffrait de cette discrimination et, de l’autre, était défendu par les terroristes. Mais les pauvres! Le gouvernement du Bangladesh mène une campagne très forte — c’est ce que m’ont dit les ministres — de tolérance-zéro à l’égard du terrorisme, et pas seulement pour cette question, mais pour en éviter aussi d’autres. Ceux qui se sont enrôlés dans Daech, bien qu’ils soient rohingyas, sont un petit groupe fondamentaliste extrémiste très restreint. Mais c’est ce que font les extrémistes: ils justifient l’intervention qui a détruit les bons et les méchants».

Lors de l’audience générale du 6 décembre 2017, François revient sur son voyage en Asie. Au Bangladesh, souligne le Saint-Père, il a exprimé sa solidarité avec le pays «dans son engagement de secourir les réfugiés Rohingyas arrivés en masse sur son territoire, où la densité de population est déjà parmi les plus hautes du monde». En Birmanie, il a «voulu exprimer la proximité du Christ et de l’Église à un peuple qui a souffert à cause des conflits et de la répression, et qui maintenant est en train de cheminer lentement vers une nouvelle condition de liberté et de paix».

«Je garde encore vivante dans le cœur la rencontre que j’ai eue à Dacca avec quelques membres du peuple Rohingya et j’aimerais renouveler aux autorités du Bangladesh mes sentiments de gratitude pour l’assistance qu’elles offrent, sur leur propre territoire, à ces personnes», affirme le Pape François aux ambassadeurs près le Saint-Siège le 8 janvier 2018, lors de son discours de vœux au Corps diplomatique.

Dans un entretien télévisé diffusé le 31 mars 2019 sur la chaîne espagnole “La Sexta”, le Saint-Père appelle à ne pas rester indifférent face aux misères du monde, comme le drame des Rohingyas ou celui des enfants du Yémen, dont les médias ne parlent presque plus aujourd’hui.

Le travail des journalistes doit aider à ne pas oublier «de nombreuses situations de souffrance qui souvent ne sont pas sous les feux des projecteurs, ou qui le sont pour un moment et retournent ensuite dans l’obscurité de l’indifférence», s’alarme le Pape le 18 mai 2019, faisant notamment allusion à la situation des Rohingyas ou des Yézidis. Il recevait alors en audience les journalistes de l’Association de la presse étrangère, accrédités à Rome.

Enfin le 22 novembre 2019, lors de son 32e voyage apostolique qui le conduit en Thaïlande puis au Japon, François s’entretient avec des jésuites de la province de l’Asie du Sud-Est. Cette rencontre à huis clos se tient à Bangkok.

«Quelle est la réponse donnée par le monde? La politique de l'écart. Les réfugiés sont des déchets. La Méditerranée a été transformée en cimetière. La cruauté impressionnante de certains centres de détention en Libye me touche au cœur. Ici, en Asie, nous connaissons tous le problème des Rohingyas. Je dois admettre que je suis choqué par certains des récits que j'entends en Europe sur les frontières. Le populisme prend de l'ampleur. Dans d'autres parties il y a des murs qui séparent même les enfants des parents. Je pense à Hérode.»

28 décembre 2019, 17:59