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Des catholiques haïtiens rassemblés dans une église de Port-au-Prince fin octobre 2019, avant une manifestation pacifique contre le gouvernement. Des catholiques haïtiens rassemblés dans une église de Port-au-Prince fin octobre 2019, avant une manifestation pacifique contre le gouvernement.   (AFP or licensors)

Noël en Haïti: quelques jours de paix face à de sombres perspectives

Célébrer Noël, synonyme de joie et de réconciliation, dans l’un des pays les plus pauvres du monde, miné par la violence… C’est ce que s’apprêtent à vivre Camille et Florian et leurs deux enfants. Depuis janvier dernier, ces Français sont en mission à Port-en-Prince en Haïti avec Fidesco, ONG catholique de volontariat international, auprès d’un institut accueillant des enfants sourds. Camille témoigne du climat de ces derniers mois et de la manière dont sera vécue la Nativité, en particulier au sein de l’établissement.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Une fragile trêve s’est installée en Haïti. Quelques jours de répit à l’occasion de Noël, parenthèse attendue alors que depuis le mois d’août, le pays est plongé dans le chaos. Plusieurs révoltes populaires, émaillées de violences, ont en effet secoué Haïti, qui traverse une crise politique et sociale sans précédent. La population réclame la démission du président Jovenel Moïse, éclaboussé dans un scandale de corruption.

Une précarité croissante

En janvier 2019, Camille et Florian se sont envolés avec leurs deux enfants pour Port-au-Prince, où ils vivent dans la commune de la Croix des Bouquets, en périphérie de la capitale. Ils sont au service de l’Institut Montfortain, dirigé par les Filles de la Sagesse, qui accueille et scolarise 400 enfants sourds, de la maternelle à la terminale. Camille s’occupe de l’administration avec les religieuses, tandis que Florian est directeur pédagogique et professeur de philosophie.

Les conséquences de cette crise sont évidemment désastreuses, notamment sur le plan économique et sanitaire. Le couple de volontaires se rend compte de cette dégradation de la situation. La liste des pénuries énoncées par Camille est longue: manque d’électricité, d’eau, de médicaments, d’aliments, d’essence, et cela dans tout le pays, dont l’économie repose principalement sur les importations. «Les pauvres souffrent de plus en plus», constate la jeune mère de famille, «c’est de plus en plus difficile de survivre pour eux».

Quand la joie refait surface

De manière très concrète, Camille évoque aussi la violence, qui se manifeste quotidiennement dans le quartier de l’Institut. «Aujourd’hui, on essaie de peu sortir», explique-t-elle, d’autant plus que cette période de Noël est propice à une recrudescence de l’activité des gangs. La prudence et l’abandon à Dieu sont de mise. Se rappeler que Jésus est né dans le dénuement donne aussi une précieuse espérance. 

En cette période de préparation à Noël, les Haïtiens sont nombreux à retrouver leurs familles, à puiser des forces dans leur foi, à manifester un peu de joie malgré tant de souffrances. «On essaie de rester dans l’espérance pour le pays, dans l’abandon», confie la volontaire Fidesco, qui constate que la Providence veille: grâce à un généreux donateur, les enfants de l’Institut pourront avoir chacun un petit cadeau. Elle en est sûre, ce sera «un moment de grande joie» pour ces jeunes souvent orphelins, stigmatisés par la population en raison de leur handicap.

Une crise majeure à venir

Camille fait aussi part de ses espoirs pour le pays en 2020: la paix, l’obtention d’un compromis politique. Mais pour l’heure, il n’y a qu’une sombre certitude… «L’opposition a prévenu que ça repartirait de plus belle en janvier et que ce serait encore plus violent et encore plus long». La jeune femme appelle donc à la prière, «vraiment indispensable pour Haïti, qui reçoit peu d’aide» de la part des autres pays. 

Témoignage de Camille, volontaire en Haïti
20 décembre 2019, 09:37