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Place Tahrir, à Bagdad, épicentre des manifestations dans la capitale irakienne - 20.12.2019 Place Tahrir, à Bagdad, épicentre des manifestations dans la capitale irakienne - 20.12.2019 

Impasse politique et risque d’embrasement inter-chiite en Irak

Les blocs parlementaires devraient se retrouver le 23 décembre prochain pour un nouveau round de négociations. Ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur le nom d’un successeur à Adel Abdel Madhi, démissionnaire après deux mois et demi d’un soulèvement populaire contre la classe politique.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

En Irak, le grand ayatollah Ali Sistaniì appelle à des élections anticipées pour sortir le pays de la crise, entre des manifestants inflexibles et une classe politique incapable de se mettre d'accord.

Les blocs parlementaires avaient jusque jeudi minuit pour désigner un Premier ministre, mais le délai constitutionnel a expiré sans qu’aucun nom n’émerge. Les députés se sont accordés trois jours supplémentaires. Ils se retrouveront ce lundi 23 décembre.

En cause, «l’émiettement de la représentation politique au Parlement » qui implique de longues négociations, estime Loulouwa al Rachid. Selon cette spécialiste de l'Irak au Carnegie Middle East de Beyrouth, les groupes kurdes et sunnites, avant de se positionner, attendent de voir comment se muera le rapport de force inter-chiite, car depuis 2006, et bien que ce ne soit pas inscrit dans la Constitution, les Premiers ministres ont tous été de confession chiite.

Une société divisée 

Deux groupes aux identités peu claires s’affrontent, explique la chercheuse. Pour faire simple, schématise-t-elle, il y a d’un côté, les milices chiites de «mobilisation populaire» venues en renfort des forces armées régulières pour lutter contre Daesh. Il s’agit d’une cinquante de milices «plus ou moins soutenues par l’Iran» qui défendent «le modèle de la République islamique iranienne». Face à ce groupe, celui du jeune leader religieux Moqtada Sadr, très populaire et capable de mobiliser les foules. Il incarne un modèle «irakien» plus «démocratique» ou «sécularisé».

Ils conduiraient la danse des négociations, en sachant que les élus peuvent changer de camps facilement. Actuellement, les équilibres numériques ne permettent pas de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, explique Loulouwa al Rachid.

La corruption de la classe politique pointée du doigt

Sur la place Tahrir de Bagdad comme dans le Sud chiite touchés par la contestation, les portraits des candidats dont les noms sont évoqués pour diriger le gouvernement s'étalent désormais en grand, tous barrés d'une croix rouge. La rue rejette par avance son prochain Premier ministre… Plusieurs noms circulent et tous ont déjà occupé des postes au sein d’une pouvoir jugé corrompu et incompétent.

Dans son message de Noel, le Patriarche chaldéen a appelé les élus à se mettre à l’écoute du peuple et à œuvrer pour le bien commun. Selon Loulouwa al Rachid, la classe politique fait preuve d’un «mépris total de la société», «d’avidité», «ne se cachant même pas d’être corrompue». Elle souligne la carence des services publics depuis la chute de Saddam Hussein, notamment au Sud. Alors que l’Irak est le 3ème producteur de pétrole au monde, souligne-t-elle, «rien n’a été fait». Et la seule réponse qu’il donne à la foule de mécontents, c’est la répression. Soit elle affaiblira le mouvement, soit elle le radicalisera, avertit la chercheuse.

Entretien avec Loulouwa al Rachid

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21 décembre 2019, 12:53