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État de sécheresse au Sahel. État de sécheresse au Sahel.  

Au Sahel, «le moment est venu de sauver des vies»

Depuis des décennies, la région est ravagée par les catastrophes naturelles, les conflits, la faim et la pauvreté.

Priscille Pavec – Cité du Vatican

Évoquer le Sahel fait immédiatement surgir l’image d’enfants dénutris, aux yeux caves et aux côtes saillantes. Une «crise humanitaire dramatique» se profile dans trois pays du Sahel (Burkina Faso, Mali et Niger), affirme ce 19 novembre le Programme alimentaire mondial (PAM). «Si nous ne faisons rien dès à présent contre la famine au Sahel, c'est toute une génération qui sera en péril», explique le porte-parole Hervé Verhoosel.

Une crise humanitaire multifactorielle

Au Burkina Faso, au moins 486 000 personnes ont été forcées de quitter leur domicile. Dans les trois pays du centre du Sahel, le nombre de personnes déplacées est maintenant de 860 000, tandis que 2,4 millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire.

Ces données alarmantes ont été publiées ce mardi dans un rapport du PAM sur l'aggravation de la crise humanitaire en cours au Burkina Faso et dans les pays voisins. Parmi les principales raisons avancées, on trouve le changement climatique qui frappe durement cette immense région d’Afrique, déjà victime de fréquentes catastrophes naturelles. À cette fragilité ontologique se sont ajoutées la crise économique de 2008, ainsi que les sécheresses de 2010 et 2012. Le rapport du PAM évoque aussi une violence généralisée, des conflits profondément enracinés et l’instabilité politique d’un pays clé de la région: le Mali. Le nord du Sahel est, en outre, le repaire d’islamistes terroristes qui s’en prennent à la population civile.

Cette situation d’insécurité perturbe gravement la mise en place de services sociaux de base, privant des centaines de milliers de personnes d’un accès à l’éducation et aux soins de santé. Dans toute la région, 1 800 écoles ont dû fermer suite à des attaques. Plus de 80 centres de santé ne fonctionnent plus ou ne fournissent qu’un service minimum.

Un manque de ressources criant

Mais alors que les besoins humanitaires augmentent, les ressources diminuent. Le Dr. Oumarou Maidadji, coordinateur général de l’association BEFEN (Bien Être de la Femme et l’Enfant au Niger), évoque la multiplication des maladies pédiatriques au Sahel. Il déplore «la baisse des financements pour la lutte contre la malnutrition. La montée de l’insécurité impacte lourdement les populations de la région qui voient diminuer concomitamment les financements humanitaires et les dépenses publiques en santé pour financer les dépenses de sécurité». 

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), la mobilisation face à la crise sécuritaire au Sahel ne doit pas faire oublier la lutte contre la crise médico-nutritionnelle chronique dans la région, où, en 2019, 660 000 enfants souffrent de la forme la plus mortelle de malnutrition (malnutrition aiguë sévère). 

La réponse au drame humanitaire qui frappe le Sahel ne peut être que globale: elle doit impliquer l’ensemble des acteurs concernés  et être coordonnée de manière à répondre simultanément aux situations d’urgence et aux déséquilibres structurels de long terme, aux besoins sécuritaires comme aux exigences alimentaires.

Une situation d’urgence

Le PAM a mis en exergue le cas particulier du Burkina Faso, où «près d'un demi-million de personnes ont été contraintes de quitter leur domicile et un tiers du pays est désormais considéré comme une zone de guerre», selon David Beasley, directeur exécutif du PAM. «Nos équipes sur le terrain enregistrent des taux de malnutrition bien supérieurs au seuil d'urgence. Cela signifie que les jeunes enfants et les mères qui viennent d'accoucher sont particulièrement menacés. Si le monde veut vraiment sauver des vies, le moment est venu».

 

20 novembre 2019, 11:53