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Un incendie dans le quartier d'affaires de Santiago du Chili, dans le contexte des manifestations du 28 octobre 2019. Un incendie dans le quartier d'affaires de Santiago du Chili, dans le contexte des manifestations du 28 octobre 2019.  (AFP or licensors)

Les manifestations au Chili, un soulèvement contre les inégalités

Le Chili, pays d'Amérique latine dont l’économie n'a cessé de croître au cours de la dernière décennie et qui passait pour un modèle de relative stabilité politique, est secoué depuis deux semaines par des manifestation qui mettent en évidence les frustrations que vivent quotidiennement des millions de Chiliens.

Mgr Fernando Chomali, archevêque de Concepción, s'est adressé mardi à Vatican News sur ce qui se passe dans son pays. En premier lieu, a-t-il affirmé, «ce que nous vivons au Chili, c'est l'accumulation des frustrations de nombreuses personnes qui aujourd'hui ont explosé».

Ces frustrations, a souligné l'évêque, s'expriment de deux manières: «dans des manifestations pacifiques, auxquelles plus d'un million de personnes ont participé de manière civique, et l'autre visage, violent et dommageable, qui a entraîné des pertes d'emplois et de biens.»

L'évêque a déploré l'usage de la violence, mais en même temps il a exprimé qu'elle peut être comprise, dans le cas des jeunes, «comme une expression de la déception qu'ils ont à vivre». Des blessures touchent toutes les générations : la violence contre les enfants au Chili est grande : «trois enfants sur quatre au Chili sont maltraités dans leur foyer», affirme Mgr Chomali. Environ 750 000 jeunes n'étudient ni ne travaillent, et ce nombre est particulièrement élevé chez les jeunes de familles à faibles revenus. Les personnes âgées sont, elles aussi, souvent confrontées à des situations difficiles, compte tenu d’un système de retraite par capitalisation qui ne leur assure aucune sécurité.

Entretien avec Mgr Fernando Chomali, évêque de Concepción

Une culture compétitive et stressante

Selon l'archevêque de Concepción, «l'inégalité s'est établie dans la culture et s'exprime par un manque de paix. Il faut revenir à la conception de la destination universelle des biens et à la recherche du bien commun», souligne-t-il, en regrettant la prégnance d’une culture de la compétitivité, hostile à l’Église catholique et à sa doctrine sociale.

«Il y a un mépris absolu pour les études humanistes et la religion, et un intérêt exacerbé pour la technologie et les notes d'entrée à l'université. L'ostentation au Chili est un phénomène nouveau qui crée de l'inconfort chez la plupart des Chiliens et affecte les travailleurs qui n'ont pas accès à ces niveaux de bien-être», remarque-t-il.

Pour Mgr Chomali, la participation des jeunes, des adultes et des personnes âgées aux manifestations est un signe d'une plus grande conscience de la réalité.

Renoncement à l’organisation du sommet de l’APEC et de la COP 25

Dans l’immédiat, en tout cas, le gouvernement fait face à une crise majeure qui le rend incapable d’assumer ses engagements internationaux. La prochaine conférence mondiale sur le climat la COP 25 ne se tiendra pas en décembre prochain au Chili, comme initialement prévu. Il en va de même pour le sommet du forum de Coopération économique Asie-Pacifique qui devait avoir lieu à Santiago à la mi-novembre, en présence de dirigeants internationaux de premier plan, comme Xi Jinping, Vladimir Poutine et Donald Trump. Le président Sebastian Piñera a annoncé ce mercredi avoir pris cette décision en raison de la contestation.

Et en dépit d’un remaniement gouvernemental, Sebastian Piñera voit sa crédibilité atteinte. Selon un sondage réalisé les 22 et 23 octobre, sa cote de popularité s'est effondrée à 13%, et plus de 56% du panel estime que pour surmonter la crise, il ferait mieux de démissionner. Mardi, quelque 10 000 personnes se sont à nouveau rassemblés dans le centre de la capitale, où des affrontements ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre. Au moins 20 personnes sont mortes depuis le début du soulèvement populaire contre les inégalités économiques et sociales.

Le président conservateur, qui avait dans un premier temps dénoncé une «situation de guerre» semblant justifier l’intervention de l’armée, avant de lâcher du lest en promettant quelques mesures sociales, s’est attiré les foudres des protestataires dans un pays encore très marqué par la dictature d’Augusto Pinochet, qui a fait 3200 morts et disparus entre 1973 et 1988.

30 octobre 2019, 18:30