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Manifestations à Santiago du Chili Manifestations à Santiago du Chili 

Émeutes au Chili : de la stabilité au chaos

Le Chili est secoué depuis vendredi 18 octobre par le plus important mouvement social depuis des décennies. La hausse du prix des transports publics a mis le feu aux poudres et fait exploser le mécontentement de la population du pays considéré comme un modèle de stabilité politique et économique en Amérique latine. Sept personnes sont mortes dans les émeutes, tandis que le gouvernement a étendu l'état d'exception à cinq régions.

Olivier Bonnel et Cécile Mérieux – Cité du Vatican

La tension accumulée a fini par exploser au Chili où de graves fractures sociales nourrissent depuis des années le mécontentement social. Les manifestants font éclater leur colère face aux conditions socio-économiques et aux inégalités de la société chilienne. Après trois jours de violences, les rues de Santiago, Valparaiso et Concepción, entre autres grandes villes sont le théâtre de scène de chaos : mobilier urbain détruit, stations de métro saccagées, carcasses de bus carbonisées, commerces pillés et incendiés.

Billet pour le chaos

L'augmentation de 3% des tarifs du métro à Santiago vendredi a déclenché l’ire de la population chilienne. Passant de 800 à 830 pesos (environ 1,04€) cette hausse des prix touche de très nombreux Chiliens, dont les trois millions de passagers quotidiens du métro de la capitale.

Sous son aspect extérieur de stabilité politique et économique, le Chili dissimule de nombreuses brèches sociales et économiques. «Il y a un mécontentement social car le coût de la vie a augmenté très fort au Chili, affirme Julio Pozo ingénieur vivant à Santiago, porte-parole de la fondation laïcs Voix Catholiques. Il y a des personnes qui n’y arrivent pas et le gouvernement malheureusement ne voit pas cette réalité». Il souligne qu’il y a une tension entre la classe moyenne et le gouvernement et des lacunes de communication. «Quand on voit cette haine au fond du cœur jusque-là maitrisée, ajoute-t-il, et qui commence à sortir sous forme de violence, c’est quelque chose de très préoccupant».

Devant les proportions alarmantes qu’a pris le mouvement contestataire, le président Sebastian Piñera a suspendu l’augmentation tarifaire samedi. Malgré le déploiement de l'armée, décrété le même jour, des milliers de Chiliens ont continué d'exprimer leur colère dans la rue dimanche.

Derrière la stabilité apparente, l’ébullition populaire

Bien que le revenu par habitant au Chili soit le plus élevé d'Amérique latine (plus de 20.000$), et sa croissance économique l’une des plus importantes (estimée à 2,5 % du PIB cette année), le pays a contenu depuis des années un malaise social.

Les manifestants dénoncent les injustices introduites par le système social et économique : un système de retraites défectueux, des coûts élevés de santé et d'éducation relevant du secteur privé, ainsi qu'une très forte inflation du marché immobilier. Beaucoup de Chiliens sont endettés et, tout juste sortis de la pauvreté, menacent de replonger dans la détresse économique.

De nombreux protestataires ont également dénoncé le pouvoir économique des dirigeants. Le président Sebastian Piñera est un des hommes les plus riches du Chili et son gouvernement compte de nombreuses personnalités du monde des affaires. Il est aussi reproché au président sa proximité avec de puissants groupes économiques impliqués dans des scandales de corruption.

Le Chili est «en guerre»

 «Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne et qui est prêt à faire usage de la violence et de la délinquance sans aucune limite», a déclaré le président Sebastian Piñera à la presse. Pour la deuxième nuit consécutive, le couvre-feu a été décrété à Santiago. L'état d'urgence a été étendu dimanche soir en plus de la capitale à plusieurs grandes villes du sud et du nord du pays. Près de 10.000 policiers et soldats ont été déployés, une mesure inédite depuis la fin de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990).

Au cours des affrontements entre manifestants et policiers dans le centre de Santiago, deux personnes sont décédées dans la nuit de samedi à dimanche dans l'incendie d'un supermarché en proie au pillage par des manifestants dans le sud de Santiago. Dimanche, cinq autres personnes ont péri dans l'incendie d'une usine de vêtements, dans le nord de la capitale.

Les autorités ont aussi regretté les nombreux blessés, dont certains hospitalisées dans un état «grave». Elles ont chiffré à près de 1 500 le nombre de personnes arrêtées, dont 650 dans la capitale.

21 octobre 2019, 13:03