Cerca

Vatican News
À Kiev, le 19 juillet 2019, installation dans les bureaux de vote avant les législatives de ce dimanche À Kiev, le 19 juillet 2019, installation dans les bureaux de vote avant les législatives de ce dimanche.  (AFP or licensors)

Législatives en Ukraine: victoire annoncée du parti présidentiel

Élections législatives en Ukraine ce dimanche 21 juillet. Trois mois après le plébiscite de l’ancien comédien à la présidentielle (73% des voix), la formation du président Zelensky est créditée de 42 à 52% des suffrages. Avec qui pourrait s’allier le parti présidentiel et à quelles conditions? L’analyse d’Antoine Arjakovsky, directeur de recherche au collège des Bernardins.

Entretien réalisé par Marie Duhamel - Cité du Vatican

Il y a trois mois, sa promesse de «casser le système» lui avait assuré la victoire en Ukraine. Volodymyr Zelensky passait de la fiction à la réalité. Le comédien incarnant à l’écran un enseignant devenu subitement président était élu à plus de 73% des voix, écrasant le chef d’état sortant, Petro Porochenko.

Aujourd’hui sa formation “Serviteur du peuple”, du nom de son ancienne série télévisée, va devoir transformer l’essai lors des législatives de ce dimanche. Sur son site internet, la formation se targue d’avoir «lancé un défi au système» et promet l’arrivée de nouvelles personnalités au parlement, des personnes prêtes à «faire des changements» pour «nettoyer le pays de la corruption». Sur sa liste, aucun député sortant n’a été admis. Une trentaine de candidats a été recrutée en ligne.

Le discours et la méthode du nouveau chef d’État semblent avoir fait ses preuves, puisque son parti est crédité de 42 à 52% des suffrages, selon les sondages. C’est, cela dit, très en deçà de son résultat d’avril. Sa promesse de réforme électorale n’a pas été tenue avant les législatives, son programme économique n’est pas clair, et son attitude vis-à-vis de Moscou interroge, explique Antoine Arjakovsky, directeur de recherche au collège des Bernardins et auteur de Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou. Anatomie de l'âme russe, publié aux éditions Salvador en 2018.

Entretien avec Antoine Arjakovsky, chercheur au Collège des Bernardins

Si l’Ukraine de Volodymyr Zelenski continue d’avoir «pour optique à long terme d’intégrer l’Union européenne et l’OTAN», l’attitude du président vis-à-vis de Moscou est moins ferme que celle de son prédécesseur, estime Antoine Arjakovsky. Le président Zelenski fait partie de ceux ne voient pas pourquoi il faudrait répondre à toute action russe et cette attitude «plus molle» a donné l’avantage au président Poutine qui a commencé à distribuer des visas russes dans le Donbass, zone de conflit à l’Est de l’Ukraine.

Sur la vingtaine de formations politiques qui présenteront des candidats ce dimanche, seules quelques-unes franchiront le seuil des 5%. Outre les partis de l’ancien président Petro Porochenko et de l’ancienne égérie de la révolution orange Ioulia Timochenko, la toute nouvelle formation du chanteur de rock très populaire Sviatoslav Vakartchouk, “Golos” (la voix), pourrait créer la surprise. Il s’agit d’une liste «homogène, démocrate et pro européenne» plaidant pour un renouveau politique dans le pays et l’éradication de la corruption.

Ce parti qui partage des objectifs communs avec celui du président Zelenski sera-t-il choisi pour former une coalition si “Serviteur du peuple” n’obtient pas dimanche la majorité? «Tout est ouvert», prévient Antoine Arjakovsky. Les débats pourraient durer tout l’été. Une alliance avec le parti de son prédécesseur semble exclue, et le chercheur au Collège des Bernardins semble douter d’une alliance avec l’ancienne première ministre Ioulia Timochenko qui a pourtant tendu la main au président dès son arrivée au pouvoir; elle fut jadis trop proche des oligarques et Volodymir Zelenski s’en souvient, explique en substance le chercheur. 

«Il ne faut jamais oublier que l’Ukraine est un pays fatigué par cinq années de guerre». Antoine Arjakovsky estime qu’une alliance avec le parti pro-russe “Pour la vie” pourrait être une option pour “Serviteur du peuple”, et le président russe Vladimir Poutine pourrait faire campagne, lui aussi, cet été, avertit le chercheur, en promettant par exemple des échanges de prisonniers, etc. Mais une alliance avec un parti «affilié même de loin avec le Kremlin» ne serait pas, selon lui, favorable à la paix sur le long terme. «Le Kremlin a d'autres visées de destabilisation de l'Ukraine». Aujourd'hui pour garantir le retour de la paix à l'Est, il faut «des élections libres et transparentes dans le Donbass», que des observateurs internationaux prennent le contrôle de la frontière avec la Russie, et cela suppose pour lui d'avoir «une attitude de fermeté vis-à-vis de Moscou». 

20 juillet 2019, 13:38