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Le cercueil du président Essebsi escorté par des militaires devant des milliers de Tunisiens Le cercueil du président Essebsi escorté par des militaires devant des milliers de Tunisiens 

Tunisie: Béji Caïd Essebsi, le symbole d'une transition démocratique réussie

La mort du président Béji Caïd Essebsi à l’âge de 92 ans ouvre une période d’incertitude pour la Tunisie, entre situation économique précaire, menace jihadiste latente et instabilité régionale. L’homme s’est toutefois attaché à renforcer les institutions du pays nord-africain, le premier à avoir initié le mouvement des «printemps arabes» et le seul à avoir échappé à ses sanglantes convulsions.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

Béji Caïd Essebsi restera dans l’Histoire comme le premier président tunisien élu, en 2014, au suffrage universel. Avocat de formation, ministre sous l’ère Bourguiba, diplomate, président du Parlement à l’époque de Ben Ali, puis Premier ministre après le départ en exil de ce dernier, il symbolise une transition démocratique globalement réussie, aidée par la solidité des institutions tunisiennes, comme l’explique Kader Abderrahim, maitre de conférences à Sciences Po et spécialiste du Maghreb.

L'éclairage d'Kader Abderrahim, maitre de conférences à Sciences Po

Ce rôle crucial dans la stabilisation de la Tunisie ne peut en revanche faire oublier l’échec à la sortir d’une crise économique persistante, entre chute de la monnaie, inflation et chômage des jeunes. «Le quotidien des Tunisiens ne s’est pas amélioré sous Essebsi, il s’est même dégradé», observe d’ailleurs Kader Abderrahim.

Les turbulences régionales, -chaos libyen et instabilité chronique en Algérie-, dont il s’avère impossible de prévoir l’évolution, contribuent à alimenter l’inquiétude et le sentiment d’incertitude ; sans parler de la menace jihadiste, qui s’est douloureusement concrétisée sur le sol tunisien à plusieurs reprises ces dernières années.

Après les funérailles nationales du président, samedi, en présence de nombreux Tunisiens et de chefs d’État étrangers, l’heure est à l’organisation de l’élection présidentielle, sous la houlette de Mohammed Ennaceur, ancien chef du Parlement et désormais président par intérim. Elle devait initialement avoir lieu le 17 novembre, -le mandat d’Essebsi prenant fin en décembre-, mais a finalement été avancée au 15 septembre, soit avant les élections législatives du 6 octobre. Un changement de calendrier regrettable selon Kader Abderrahim. La tenue d’élections législatives avant le scrutin présidentiel aurait permis selon lui de «décanter le paysage, de donner aux Tunisiens une véritable indication sur le ou les courants qui sont les plus représentatifs au sein de la société».

Les luttes de pouvoir ainsi que l’émiettement du parti d’Essebsi, Nidaa Tounes, risquent en outre de peser sur cette élection. Mais le chercheur l’affirme: ces facteurs ne sauraient remettre en cause le processus de démocratisation de la Tunisie, même si celui-ci reste tributaire de réformes structurelles à mettre en œuvre. 

29 juillet 2019, 08:10