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Vatican News
Des passantes dans les rues de Téhéran, le 25 juin 2019. Des passantes dans les rues de Téhéran, le 25 juin 2019.   (AFP or licensors)

Dans son bras de fer avec les États-Unis, jusqu’où peut aller l’Iran ?

La confrontation diplomatique et commerciale entre Washington et Téhéran s’intensifie depuis quelques semaines. Pétroliers attaqués, drone abattu, cyberattaques, sanctions, le tout sur fond de provocations verbales. Une escalade qui laisse craindre un embrasement dans la région stratégique du Golfe persique, même si pour le moment, aucune des deux parties ne semble vouloir en venir à une guerre ouverte.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Ce mardi, au lendemain de l'annonce de nouvelles sanctions américaines contre Téhéran, le président iranien Hassan Rohani a accusé les États-Unis de «mentir» lorsqu'ils disent vouloir négocier avec l'Iran.

«Imposer des sanctions stériles contre le guide suprême de l'Iran et le chef de la diplomatie iranienne [Mohammad Javad Zarif, ndlr], c'est fermer de façon permanente la voie de la diplomatie» avec du président américain Donald Trump, a quant à lui twitté le porte-parole des Affaires étrangères iraniennes, Abbas Moussavi.

Côté américain, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, en déplacement à Jérusalem, a pointé le silence «assourdissant» de l'Iran, défendant l’ouverture américaine à de «véritables négociations». «Nos forces armées sont prêtes à agir», a-t-il également ajouté, paradoxalement.

L’affrontement entre les États-Unis et l’Iran semble donc parvenir à un tournant en forme d’impasse diplomatique, alors que la pression imposée par Washington s’accentue.

Une stratégie calculée mais pas sans risques

Toutefois, les sanctions adressées au guide suprême de la révolution islamique, Ali Khamenei, et à son entourage «sont des sanctions symboliques, car elles visent des personnes et non des structures», comme l’explique Vincent Eiffling, spécialiste de l’Iran, chercheur à l’université catholique de Louvain, et membre du GRIP, Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Bruxelles). 

Si beaucoup craignent un embrasement dans la région stratégique du Golfe persique, Vincent Eiffling doute «qu’il y ait une volonté de part et d’autre de parvenir à un conflit armé au sens propre», ce qui n’exclue pas la possibilité d’«incidents isolés» pouvant dégénérer, ou de frappes américaines ciblées.

Concernant la stratégie iranienne, le chercheur souligne que l’Iran cherche pour l’heure à «tenir bon». Les autorités du pays ne cèdent pas, pariant que Donald Trump ne veut pas la guerre et ne sera pas réélu. Le pays se présente aussi comme victime face aux sanctions imposées par les États-Unis, notamment sur le dossier du nucléaire. De nouvelles frictions sont d’ailleurs à prévoir avec l’annonce par l’Iran que ses réserves d’uranium enrichi dépasseront à partir du 27 juin la limite prévue par l’accord nucléaire.

Sur place, c’est un «sentiment de deux poids deux mesures» qui domine: aux yeux de la population iranienne, l’administration américaine semble s’acharner contre leur pays, tandis qu’elle ménage d’autres États du Moyen-Orient comme l’Arabie Saoudite. Malgré tout, les iraniens «n’imaginent pas qu’il puisse y avoir un conflit de grande envergure» avec les États-Unis. Reste à savoir si l’avenir leur donnera raison. 

Entretien avec le chercheur Vincent Eiffling
26 juin 2019, 09:38