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Vatican News
Une vue des profondeurs de la mer Méditerranée Une vue des profondeurs de la mer Méditerranée  (AFP or licensors)

Le plancton, une source de vie en danger

Il est à l’origine de la vie sur terre, de l’air que l’on respire, de la pluie que l’on récupère, des poissons que l’on mange et même du pétrole que l’on consomme. Mais malgré ses nombreuses vertus, le plancton composé de milliards d’espèces de micro-organismes dérivant aux gré des courants, est aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

Des directeurs de zoo, de jardins botaniques et de Muséums d’histoire naturelle ont participé les 13 et 14 mai derniers à une conférence organisée par l'Académie pontificale des Sciences sur la préservation des espèces pour construire «des arches de Noé pour le XXIème siècle», comme l’indique le sous-titre du colloque.

Conscient des risques et des changements de société nécessaires à la sauvegarde de la Création, le Vatican offre deux jours d’échanges à ces ardents défenseurs de la nature et de la biodiversité, une semaine après la publication d’un rapport alarmant par les Nations unies. 75% de l'environnement terrestre et 40% de l'environnement marin présentent déjà des «signes importants de dégradation». Selon l’ONU, entre 500.000 et un million d'espèces seraient menacées d'extinction. Parmi eux, les grands mammifères, comme le requin ou le panda, mais aussi des organismes microscopiques néanmoins essentiels à la vie.

Invisible mais indispensable

Le plancton peuple les océans. On ne le voit pas. Il constitue pourtant plus de 95% de la biomasse des océans, loin devant les poissons et autres baleines.

Ce sont des milliards d’espèces, presque toutes invisibles à nos yeux, qui dérivent au gré des courants, sous la surface de l’eau et jusqu’à 200 mètres de profondeur. Impossible de nommer toutes ces algues, bactéries, petites larves sans nageoires ou longues méduses: toutes les espèces de phytoplancton et de zooplancton n’ont pas encore été identifiées. Elles seraient cependant plus nombreuses que les étoiles dans le ciel.

Le plancton est méconnu, on lui doit pourtant tout. Il est à la base de tous les réseaux alimentaires dans l’océan. Le phytoplancton nourrit le zooplancton qui nourrit les crustacés, qui nourrit les petits et les gros poissons. On estime schématiquement qu’il faut 10 tonnes de phytoplancton pour produire un kilo de thon.

Le phytoplancton est tout particulièrement remarquable. Il y a 2,7 milliards d’années, de microscopiques algues bleues furent à l’origine de la photosynthèse, et ainsi de la vie. Encore aujourd’hui, le phytoplancton nous aide à respirer. Il produit de l’oxygène, autant que toutes les forêts de la planète réunies.

Au fond des océans, certains phytoplanctons sont également capables de séquestrer du CO2. Pas qu’un peu, plus de 70% du gaz carbonique émis y est piégé. Ils nettoient l’air que l’on respire et nous offrent de jolis cumulus. Grâce à leur production de gaz DMS qui accélèrent l’évaporation de l’eau, les coccolithophoridés forment les nuages en bord de mer, et leurs pluies d’eau douce.

Autre qualité des phytoplanctons, leurs squelettes de calcaires créent de la pierre au fils des millénaires; leur matière organique, une grande partie du pétrole.

Attention danger

Le plancton est aujourd’hui menacé par le réchauffement climatique. Les quantités de CO2 dissoutes dans l’océan est toujours plus importante, provoquant une diminution du PH de l’eau et son acidification, nuisible aux micro-organismes. S’il est difficile de mesurer les effets au long terme sur la qualité de l’air que l’on respire, il est désormais démontré que l’acidification est corrosive sur les coquilles de ptéropodes, de petits escargots de mer qui constituent un maillon essentiel de la chaine alimentaire.

Bruno David est biologiste marin et président du Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Entretien avec Bruno David
22 mai 2019, 09:27