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L'intérieur de la cathédrale Notre-Dame, au lendemain de l'incendie du 15 avril 2019. L'intérieur de la cathédrale Notre-Dame, au lendemain de l'incendie du 15 avril 2019.  (AFP or licensors)

Mobilisation mondiale pour Notre-Dame de Paris

L’incendie de la cathédrale parisienne a suscité une émotion unanime dans le monde politique et religieux, en France et dans le monde entier.

Cyprien Viet - Cité du Vatican

Dans l’Église catholique en France, le choc dépasse bien sûr très largement la ville de Paris. Toutes les cathédrales du pays feront sonner leurs cloches mercredi à 18h50, soit 48 heures exactement après le début de l’incendie à Notre-Dame de Paris.

Dans la ville de Reims, l’émotion est particulièrement vive compte tenu du grand incendie de la cathédrale lors de l’invasion allemande de 1914, et la reconstruction consécutive qui a profondément marqué les mémoires. L’actuel archevêque de la ville, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, qui vient d’être élu à la présidence de la conférence des évêques de France, a dit sa «grande blessure» après l’incendie dans cette cathédrale qu’il connait bien, et dans laquelle il a personnellement été ordonné prêtre et évêque. Mais il a aussi invité à voir au-delà de la matérialité, en pensant aux «temples vivants, ceux où Dieu veut habiter pour de vrai depuis la Pâque de Jésus et qui ont été profanés. Nous devons les pleurer plus encore. La cathédrale Notre-Dame de Paris, ravagée par l’incendie, est devenue, au seuil de la Semaine Sainte, leur image. Puisse-t-elle être pour eux un gage de relèvement.»

Ce mardi, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit a adressé un message aux prêtres et diacres de son diocèses : «Nous sommes traversés d’une immense tristesse, écrit-il. Notre-Dame de Paris, notre belle cathédrale où chacun de nous a vécu des moments si forts de grâce et de communion, est en partie détruite par le feu. Nous sommes devant un grand mystère au cœur de la Semaine Sainte pendant laquelle nous accompagnons le Christ dans sa Passion et dans sa mort pour fêter enfin sa Résurrection glorieuse au jour de Pâques. Nous savons déjà, devant l’immense émotion et l’incroyable solidarité qui se sont manifestées, que tout sera reconstruit. Mais nous comprenons aussi, à l’exemple de saint François d’Assise, que nous devons entendre l’appel du Seigneur à rebâtir l’Église, son Église tout entière. C’est la suite du Christ, la diffusion vécue de son message, et l’élaboration d’un monde fondé sur l’amour, à son image, qui édifiera la société de fraternité à laquelle tous les hommes aspirent». Il exprime également un remerciement tout spécial « au courage des pompiers qui ont pu sauver la cathédrale d’un désastre total.»

Sur un plan pratique, Mgr Aupetit a fait savoir qu’il célébrera la messe chrismale et les offices du Triduum pascal à l’église Saint-Sulpice, et qu’il célèbrera la messe du jour de Pâques dimanche matin à Saint-Eustache et dimanche soir à Saint-Gervais. Mais on ne sait pas encore si l’église Saint-Sulpice fera office de “cathédrale par intérim”, pour une période qui pourrait durer plusieurs années. Ironie de l’histoire, cette église avait elle-même été frappée par un incendie le 17 mars dernier, mais il avait été rapidement maîtrisé.

Messages de solidarité en provenance d’Italie

Des messages extrêmement nombreux sont parvenus au diocèse de Paris venant d’Italie. Il serait impossible d’en dresser une recension complète, mais on peut relever celui que l’archevêque de Turin, Mgr Cesare Nosiglia, qui explique que cet évènement a réveillé pour les Turinois le souvenir de l’incendie du 11 avril 1997 qui avait dévasté leur cathédrale. Le Saint-Suaire avait pu être sauvé des flammes, comme hier la Couronne d’épines. «Il ne s’agit pas seulement d’histoire, d’art et de pierres : ces monuments sont le patrimoine vivant des personnes, des Églises, des peuples, ils ont une valeur universelle», explique Mgr Nosiglia, qui souhaite que «Notre-Dame puisse redevenir, dans des délais brefs, le cœur et le centre de la foi chrétienne comme elle l’a été durant des siècles».

Les franciscains d’Assise, ville dont la basilique qui, se disent certains que la cathédrale Notre-Dame de Paris «ressuscitera» comme leur basilique qui s’était partiellement écroulée lors du séisme de 1997. «Notre-Dame et Assise font partie des symboles de l’identité chrétienne. La voir dévorée par les flammes provoque donc une consternation et une douleur qui traversent l’âme et la chair», écrivent-ils.

Toujours en Italie, le président de la République Sergio Mattarella a fait savoir qu’il avait suivi «avec angoisse» les nouvelles concernant Notre-Dame de Paris, et que «dans ces heures dramatiques, l’Italie entière se serre autour du peuple français avec une sincère amitié». Il a exprimé la solidarité des Italiens au président Macron, un geste qui, au-delà du protocole, semble donner une opportunité de réchauffement de la relation franco-italienne après une période de crise.

La solidarité des Églises à travers le monde

Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, fait savoir pour sa part qu’il a reçu «de très nombreux témoignages des chrétiens d’Orient d’Alep, de Bagdad, de Mossoul, de Homs, du Caire, qui nous soutiennent par la prière et l’amitié tandis que leurs propres églises et cathédrales ont souvent été partiellement détruites. L’Église de France a été heureuse de les aider à la reconstruction. Ces épreuves nous font grandir les uns les autres dans l’amour de l’Église universelle et dans nos raisons de croire et d’espérer.»

Parmi les nombreuses réactions à souligner parmi les responsables d’autres Églises, celle du primat anglican Justin Welby, qui a évoqué les pensées de ceux qui «pleurent pour ce très beau lieu sacré où des millions de personnes ont rencontré Jésus-Christ». «Nous sommes avec vous», conclut-il en français dans un tweet publié lundi soir.

Le Patriarche Cyrille de Moscou a pour sa part écrit à l’archevêque de Paris, Mgr Aupetit, en se disant profondément attristé par ce feu dévastateur qui a infligé d’énormes dommages à la cathédrale Notre-Dame. «J’adresse mes prières au Seigneur, pour qu’il aide à surmonter les conséquences du feu et à restaurer la cathédrale vers son ancienne splendeur dans un futur proche. C’est mon espérance que les efforts conjoints de l’Église, de l’État et de toutes les personnes concernées soient couronnées de succès», écrit le patriarche orthodoxe de Moscou.

L’Unesco se mobilise en faveur de Notre-Dame de Paris

L’union sacrée concerne aussi les institutions internationales. Interrogé par Radio Vaticana Italia, Mgr Francesco Follo a expliqué que l’Unesco a approuvé une déclaration proposée conjointement par l’Italie, la France et le Saint-Siège pour un soutien à la fois culturel et économique en vue de la reconstruction de Notre-Dame de Paris. «Nous avons prévu de nous rendre tous demain à Notre-Dame pour manifester cette solidarité, pour qu’ensuite nous arrivions aussi à des actions opérationnelles. Les 58 États membres du Conseil exécutif ont adhéré à l’initiative, et pas seulement ceux à majorité chrétienne. Même la Chine a donné sa propre adhésion», a précisé Mgr Follo.

La directrice général de l’Unesco, Audrey Azoulay, était présente lundi soir sur le parvis de Notre-Dame avec, entre autres, le président de la République Emmanuel Macron et l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit. Elle a fait savoir, dès les premières heures du sinistre, que son organisation s’était mise en relation avec des experts pour évaluer les dégâts et mettre en place des mesures de protection à court et moyen-terme. La cathédrale est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991.

Le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres s’est dit «horrifié par les images de feu qui dévastent la cathédrale Notre-Dame, joyau unique du patrimoine mondial, qui règne sur Paris depuis le XIVe siècle». «Notre-Dame de Paris est Notre-Dame de toute l’Europe», a pour sa part déclaré le président du Conseil européen Donald Tusk.

Le succès des appels au don

Les appels au don ont d’ores et déjà rencontré un vif succès : en fin d’après-midi ce mardi 16 avril, certains médias recensaient déjà plus de 600 millions d’euros de promesse de dons, notamment via des opérations de mécénat. L’archevêque de Paris se réjouit de cet élan de solidarité, mais il a toutefois invité à une certaine prudence par rapport aux cagnottes privées qui peuvent poser des problèmes en matière de traçabilité des dons. Il invite les personnes qui le souhaitent à se rendre sur le site internet de la Fondation Notre-Dame, sur lequel toutes les démarches sont précisées pour soutenir la reconstruction de la cathédrale.

16 avril 2019, 18:44