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Des femmes indiennes vont voter dans le village d'Amoni, État d'Assam, Inde, 11 avril 2019 Des femmes indiennes vont voter dans le village d'Amoni, État d'Assam, Inde, 11 avril 2019   (AFP or licensors)

Élections en Inde : quel bilan pour le BJP de Narendra Modi?

Quelque 900 millions d’électeurs indiens ont pris ce 11 avril le chemin des urnes pour des élections générales. Un scrutin qui se déroulera jusqu’au 19 mai prochain. Le premier ministre Narendra Modi espère être reconduit malgré un bilan mitigé.

Entretien réalisé par Hélène Destombes - Cité du Vatican

Il y a cinq ans, le nationaliste hindou Narendra Modi arrivait au pouvoir en Inde, lors des dernières législatives, mettant fin à un long règne du Parti du Congrès. Il s’était alors engagé à muscler la croissance et l'emploi de la plus grande démocratie du monde.

L'homme fort de ce pays de 1,3 milliard d'habitants promet toujours aujourd’hui l’avènement d'une «nouvelle Inde», nationaliste, à l'économie moderne et numérique, qui se placerait parmi les grandes puissances de la planète. Mais au terme d’un premier mandat de cinq ans son bilan est en demi-teinte.

Un bilan économique décevant

Sur le plan économique, l’Inde bénéfice toujours d’une croissance assez forte mais elle ne s’accompagne pas de créations d’emploi. Et les millions de postes promis en 2014 restent une vaine promesse. «Il y a un problème de chômage structurel, en particulier chez les jeunes, qui est extrêmement préoccupant» constate Gilles Verniers professeur de sciences politiques à l’université Ashoka. «28% des jeunes en Inde sont sans emplois», explique-t-il.

Un climat délétère

Après la campagne électorale de 2014, et l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et de son parti, le BJP, le Bharatiya Janata Party, «les violences à l’encontre des minorités ont fortement augmenté». Gilles Verniers évoque «des lynchages, des assassinats et des menaces avec un soutien tacite du gouvernement qui a eu un effet d’entraînement». L’enracinement des nationalistes hindous a «libéré une parole majoritaire» affirme t-il.

Déception des paysans et des jeunes

Dans les milieux ruraux les difficultés sont nombreuses, notamment en terme d’emplois, et les paysans ont mené des manifestations massives. Les paysans «ont peu de raisons de soutenir un gouvernement dont le tropisme urbain s’est fortement manifesté durant 5 ans et qui n’a pas fait grand-chose pour le monde rural».

Concernant la jeunesse, «en 2014, le BJP avait remporté les élections en grande partie grâce aux suffrages des jeunes» dont le vote avait était guidé par «une soif de changement, un rejet du parti du Congrès». Mais cette année face à la déception, ce choix pourrait s’inverser, selon Gilles Verniers, en Inde depuis 2005.

Face au BJP, l’historique parti du Congrès

Le parti du Congrès, principale formation de l'opposition en Inde, a présenté un programme axé sur la lutte contre la pauvreté et sur l’égalité hommes/femmes. Mais, souligne Gilles Verniers, «pour remporter des élections en Inde il faut pouvoir en assurer le coût qui est astronomique».

Or il y a une différence importante de ressources entre le BJP et le parti du Congrès «qui a perdu énormément de poids politique et donc de capacité de levée de fonds». Pour Gilles Verniers, «il n’est donc pas évident que l’on puisse remporter ou perdre une élection uniquement sur les contenus des programmes».

Entretien avec Gilles Verniers, professeur de sciences politiques

 

12 avril 2019, 08:06