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Manifestants togolais à Lomé en septembre 2017. Manifestants togolais à Lomé en septembre 2017.   (AFP or licensors)

Un nouveau dialogue politique s'ouvre au Togo

Les discussions entre le pouvoir et l'opposition s'ouvrent ce lundi 19 février à Lomé afin de trouver une issue à la crise politique que connait depuis six mois ce pays d'Afrique de l'Ouest. Principale revendication des opposants au président Faure Gnassingbé: le retour à la constitution de 1992.

Entretien réalisé par Joris Bolomey – Cité du Vatican

Le dialogue politique s’ouvre officiellement ce lundi 19 février au Togo entre le pouvoir et la coalition de 14 partis d’opposition. Après des semaines d’incertitudes, les principaux ténors de la vie politique se sont finalement assis autour de la table dès jeudi dernier à Lomé, la capitale, pour des réunions préparatoires.

Depuis six mois, ce pays de 7,6 millions d'habitants est en proie à une profonde crise politique et sociale. Principale revendication des manifestants, l’adoption de réformes constitutionnelles conduisant au départ du président Faure Gnassingbé.

Il a succédé, avec le soutien de l'armée, à son père Gnassingbé Eyadema, à sa mort en 2005, après plus de 37 ans de règne. La répression des manifestations qui s’en suivirent provoqua la mort de plusieurs centaines de personnes. Et malgré le traumatisme dans la société togolaise, Faure Gnassingbé, après s'être fait ré-élire à trois reprises, ne semble pas prêt à lâcher le pouvoir.

Un président hermétique aux revendications

Face à cette «dynastie Gnassingbé», l'opposition exige un retour à la constitution de 1992 modifiée en 2002, qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels.

En Afrique de l'Ouest, quasiment tous les pays ont inscrit dans leur constitution la limitation des mandats et les modes de scrutins présidentiels à deux tours. Avec la Gambie, le Togo est le seul à déroger à cette règle. La Cédéao, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, met la pression sur le pays; le dialogue entre le pouvoir et l'opposition se fait sous la médiation des présidents guinéen, Alpha Condé, et ghanéen, Nana Akufo-Addo.

Mais à l’image de son père, Gnassingbé fils, est resté jusqu'à présent hermétiques aux revendications des manifestants. Africans Rising, Amnesty International et Front Line Defenders dénoncent «la réponse répressive des forces de sécurité qui ont employé des balles réelles, du gaz lacrymogène et des matraques contre les manifestants pacifiques et les passants, a entraîné des affrontements violents». Dans un communiqué publié le 16 février, les trois organisations de défense des droits de l'homme font état d'au moins dix personnes décédées, «dont trois enfants et deux soldats» lors des manifestations. Selon un bilan établi par l’AFP, seize personnes ont été tuées depuis août 2017 et des dizaines d’autres, blessées.

Une semaine de prière intense pour le Togo

Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, l’archevêque émérite de Lomé, a tapé du poing sur la table, demandant la «réhabilitation de la Constitution de 1992 dans son intégralité, avec toutes ses implications juridiques, et des élargissements enrichissants si nécessaires. Ce qui suppose que notre chef de l’État finisse complètement, convenablement et dignement son mandat actuel, et accepte de ne plus se représenter aux élections de 2020, ce qui sera tout à son plus grand honneur» a-t-il expliqué à la presse mercredi 14 février. À la retraite depuis la nomination de son successeur en 2007, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro est notamment connu des Togolais pour avoir été élu en 1991 président du Haut Conseil de la République, le parlement de la transition. Et c'est justement cette institution qui avait était chargée de la rédaction de la constitution adoptée le 14 octobre 1992, à plus de 98 % des suffrages exprimés.

La Conférence épiscopale du pays a également apporté sa contribution à l'ouverture du dialogue dans un texte signé par son président, Mgr Benoît Alowonu. À l'occasion du mercredi des cendres, Mgr Alowonu a appelé les Togolais à une semaine «de prière intense pour notre Pays qui, depuis quelques mois, traverse une crise sociopolitique profonde». L'évêque de Kpalimé demande aux fidèles de se tourner vers Dieu et  d'implorer «sa lumière et sa sagesse sur les protagonistes du dialogue annoncé afin qu’il ouvre des perspectives sérieuses de dénouement de la crise».

Nouvelle scène politique

Le paysage politique togolais a été dominé ces dernières années par le parti présidentiel, l’Union pour la république (UNIR) qui dispose de 62 sièges sur 91 au Parlement, et par l’Alliance nationale pour le changement (ANC), le parti de l'opposant historique au régime, Jean-Pierre Fabre.

Mais le Parti national Panafricain (PNP), présidé par Tikpi Atchadam, s'est imposé sur la scène politique avec les manifestations de ces derniers mois. Le PNP a été l'un des premiers à avoir appelé, le 19 août 2017, à des marches pacifiques dans tous le pays, et même à l'étranger, pour obtenir le retour à la constitution de 1992 et le droit de vote pour les Togolais de la diaspora. Tikpi Atchadam a réussi à rallier à l’opposition des militants dans des zones jusqu’alors considérées acquises au pouvoir, dans la partie nord du pays, notamment à Sokodé, Bafilo et Mango, et dans certains quartiers de Lomé.

Autre force politique à avoir émergée, Togo debout, une coalition d’organisations de la société civile. Ce front inspiré du Balai citoyen burkinabè ou du Y'en a marre sénégalais, a été lancée le 22 septembre 2017 par David Dosseh, ancien syndicaliste et professeur des universités, et par Raphaël Kpandé-Adzaré, avocat et président de la ligue Togolaise des Droits de l’Homme. Alors que certaines voix du mouvement appellent à s'éloigner des partis politiques traditionnels, du côté du pouvoir, on estime qu’il ne s’agit pas d’interlocuteurs sérieux.

Le Togo a connu près d'une trentaine de dialogues politiques depuis les années 1990. Souvent stériles, ils ne proposent aucune solution à long terme. Et alors que s'ouvre une énième discussion, le président Faure Gnassinbé est jusqu'à présent resté sourd aux revendications des manifestants, selon Comi Toulabor, directeur de recherche au laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM), à Sciences Po Bordeaux, et spécialiste du Togo.

Entretien avec Comi Toulabor, chercheur spécialiste du Togo à l'IEP Bordeaux

 

19 février 2018, 07:24