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(Photo d'illustration) (Photo d'illustration)  (AFP or licensors)

Les évêques indiens au gouvernement: «non» aux lois anti-conversion

Quelque cinquante évêques de plusieurs confessions chrétiennes ont rencontré des ministres du gouvernement fédéral afin de réitérer leur opposition aux lois anti-conversion adoptées par certains États du pays. La délégation a également présenté un mémorandum sur la liberté religieuse.

Ces lois interdisent la conversion religieuse «par la force ou la tromperie», et constituent un délit passible de diverses peines. Elles s’appliquent à l’heure actuelle dans plusieurs États indiens, parmi lesquels : l'Odisha, l'Uttar Pradesh, l'Arunachal Pradesh, le Chhattisgarh, le Gujarat, le Jharkhand, l'Himachal Pradesh, le Madhya Pradesh et l'Uttrakhand.

Selon les évêques, ces législations violent la lettre et l'esprit de la Constitution indienne, laquelle prévoit la liberté de pratiquer, de promouvoir et de propager sa religion selon sa conscience et sa liberté.

Les ambitions du BJP

Un État supplémentaire, le Karnataka, envisage de promulguer lui aussi une loi similaire. Le 28 septembre, le ministre en chef de l'État, Basavaraj Bommai, a en effet publié un décret restreignant la «conversion religieuse forcée», alors qu’il avait rencontré, quelques jours auparavant, les dix évêques du Karnataka, venus lui faire part de leurs craintes.

Le Karnataka est un vaste État du sud de l'Inde dirigé par le parti nationaliste hindou Bharatiya Janata Party (BJP). Suivant une idéologie répandue en son sein, les membres de cette formation politique voudraient transformer l'Inde en un État théocratique hindou. Actuellement, le BJP gouverne les États de l'Himachal Pradesh, de l'Uttar Pradesh et du Madhya Pradesh, qui ont déjà adopté des lois anti-conversion controversées.

La délégation des évêques a fait part aux ministres fédéraux de son inquiétude quant aux nouvelles restrictions légales limitant ou empêchant les dons étrangers pour les œuvres de charité destinées aux communautés pauvres et vulnérables du pays. Le ministre Naqvi a souligné le patrimoine culturel commun et l'héritage de la coexistence entre les différentes communautés religieuses. Il a également déclaré que «toute tentative de perturber ce tissu d'unité et d'harmonie portera atteinte à l'âme de l'Inde».

Violences récurrentes contres les chrétiens

La délégation a également informé le gouvernement fédéral des violences répétées contre les chrétiens, entre destruction et pillages d’églises dans tout le pays. Le 17 septembre dernier, cinq familles chrétiennes du district de Kandhamal, dans l'État d'Odisha, ont subi des abus et des violences de la part d'hindous et au moins une maison appartenant à un chrétien a été incendiée. «Dans la plupart des cas, ont déclaré les évêques, la police et les fonctionnaires du gouvernement ne prêtent pas beaucoup d'attention aux plaintes des chrétiens». Une fois encore, les ministres ont assuré aux dirigeants chrétiens qu'ils allaient examiner la question.

La délégation a informé le gouvernement de la discrimination (pour des motifs religieux) dont sont victimes les Dalits chrétiens et musulmans. Ceux-ci ne peuvent par exemple pas bénéficier des avantages, en termes d’emploi et d’aide sociale, accordés par le gouvernement aux autres Dalits.

Enfin, les dirigeants des Églises ont demandé au gouvernement fédéral des contributions pour la création d'une université chrétienne fédérale, avec des fonds publics et privés, en la concevant comme un grand centre éducatif au profit de tous les citoyens, de toute culture, ethnie ou religion.

Selon le recensement de 2011, l’Inde compte 966 millions d'hindous, soit environ 80 % de la population, estimée à 1,3 milliard d'habitants. Il y a 172 millions de musulmans (14%) et 29 millions de chrétiens (environ 2,3%).

01 octobre 2021, 10:24