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Des responsables d'Églises d'Irlande et d'Irlande du Nord ensemble à Belfast, le 9 avril 2021. Des responsables d'Églises d'Irlande et d'Irlande du Nord ensemble à Belfast, le 9 avril 2021.   (AFP or licensors)

Violences en Irlande du Nord, témoignage de l’évêque de Derry

Depuis dix jours, de violentes émeutes secouent l'Irlande du Nord. Attisées par le Brexit, ces tensions, sans précédent depuis plusieurs années, laissent craindre un regain du conflit entre unionistes, défenseurs du maintien de la nation au sein du Royaume-Uni, et républicains, partisans d’une Irlande réunifiée. Témoignage de l'évêque de Derry, Mgr Donal McKeown.

Lydia O'Kane – Cité du Vatican

Le 10 avril 1998, la signature de l'accord du Vendredi saint a marqué le début d'une nouvelle ère de coexistence pacifique en Irlande du Nord, après trente ans de violence connue sous le nom de «Troubles».

L'accord avait été approuvé à l'unanimité par les électeurs de l'île d'Irlande lors de deux référendums, un mois seulement après sa signature, et a ouvert la voie au système actuel de gouvernement décentralisé de l'Irlande du Nord.

Il a également conduit à la création d'un certain nombre d'institutions entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande et entre la République d'Irlande et le Royaume-Uni.

Vague de violence

L'accord du Vendredi saint, ou accord de Belfast, reste un jalon important dans l'histoire de l'Irlande du Nord, mais la violence qui a éclaté à Belfast et ailleurs au cours des douze derniers jours a mis à nu, une fois de plus, la nature fragile de la paix.

Les jours les plus sombres de l'Irlande du Nord ont coûté la vie à plus de 3 500 personnes, mais au cours des vingt-trois dernières années, les jeunes nord-irlandais ont eu la chance de grandir dans un contexte de paix, grâce à cet accord historique.

Cependant, au cours des dernières nuits dans les rues de cette ville, ce sont des adolescents, dont certains n'ont que treize ans, qui ont été impliqués dans les troubles.

«Certains ne se salissent jamais les mains»

Mgr Donal McKeown a vécu trente ans de conflit en Irlande du Nord; il est aujourd'hui évêque de Derry, et dit éprouver à la fois de la tristesse et de la compassion, soulignant que ce sont toujours les zones les plus pauvres qui souffrent. Il pose aussi la question de savoir à qui profitent ces gens qui se déchaînent dans les rues. «Il y en a toujours d'autres qui ne se salissent jamais les mains... en utilisant des jeunes de 12, 14 et 16 ans pour crier et hurler afin que le gouvernement de Londres ou de Dublin reçoive un message», déplore-t-il.

«Il y aura la paix dans certains endroits si les puissants et les forts veulent qu'il y ait la paix», ajoute-t-il.

Une autre question qui doit être posée, relève l'évêque de Derry, est la suivante: «Comment nous, en tant que dirigeants civiques et dirigeants de l'Église, aidons ces communautés à se relever et à être en mesure de faire face aux problèmes auxquels elles sont confrontées d'une manière qui permette à leurs jeunes de se tourner vers l'avenir plutôt que d'être freinés par le passé."

Les éléments de l'accord

L'accord du Vendredi saint reposait sur trois «volets» jugés essentiels pour l'avenir de l'Irlande du Nord. Le premier était le volet interne, qui mettait l'accent sur la collaboration entre les parties locales; le second était le volet Nord-Sud, qui concernait le rôle du gouvernement irlandais. Le troisième élément était le volet Est-Ouest entre les gouvernements britannique et irlandais.

S'attardant sur ces trois domaines clés de l'accord, Mgr McKeown affirme que c'est aux hommes politiques du Parlement de Stormont de montrer l'exemple et d'être un modèle de bonnes relations. Il souligne également qu'il existe ce réel sentiment, en particulier dans les zones loyalistes et ouvrières, que la dimension britannique Est-Ouest a «oublié l'Irlande du Nord; a oublié ceux à qui on a dit de voter pour le Brexit et qui se sentent maintenant trahis par celui-ci».

Abordant les scènes d'émeutes de jeunes dans les rues de Belfast ces derniers jours, Mgr McKeown se dit extrêmement préoccupé, mais il souligne également que, souvent, ce que ces jeunes voient à travers les films, les jeux vidéo et les discours politiques consiste à «frapper l'horrible ennemi et à évacuer sa rage.» 


«Si c'est l'état d'esprit qui est réellement proposé à tant de jeunes, pourquoi ne penserions-nous pas que c'est la façon d'agir dans la vie réelle sur le terrain? Par conséquent, une partie de notre travail en tant qu'Églises consiste à défier les puissants ici plutôt que de condamner les petits et les pauvres, qui ont été égarés, bien sûr, mais à qui on a donné de très mauvais modèles sur la façon de résoudre les problèmes», a relevé Mgr McKeown.

 

Souvenirs des "Troubles’’

Pour de nombreuses personnes en Irlande du Nord, les souvenirs des attaques et des meurtres sont encore vifs, et après avoir connu une paix relative au cours des vingt dernières années, la majorité ici ne veut pas revenir à cette époque de balles et de bombes. Mgr McKeown reconnaît que les troubles actuels feront resurgir des souvenirs très douloureux de trente années de violence, de brutalité et de pertes. «Ce sont les pauvres, les classes ouvrières qui souffrent le plus en termes de pertes humaines et de peines de prison», assure-t-il.

Dans cet esprit, l'évêque souligne que, du point de vue de l'Église, des questions prophétiques délicates doivent être posées, «pour s'assurer que ce ne sont pas encore une fois les zones les plus pauvres qui seront encore plus désavantagées».

Alors que les tensions demeurent, les responsables de l'Église ont réagi vendredi 9 avril aux récentes violences en organisant un office œcuménique et en marchant près de l'interface entre la Springfield Road et la Shankill Road, scènes de plusieurs jours de troubles.

11 avril 2021, 10:48