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Les discriminations anti-chrétiennes multipliées par la pandémie

Alors que l'Église célèbre saint Étienne, le premier martyr, nos pensées se tournent vers les nombreux chrétiens qui sont encore aujourd’hui victimes de violence en raison de leur foi, et celles-ci sont en hausse, affirme Cristian Nani, directeur de l’ONG Portes ouvertes en Italie, tout en soulignant quelques signes d'espérance, par exemple au Soudan.

Debora Donnini - Cité du Vatican

Notre époque compte plus de martyrs que dans les premiers siècles. Le Pape François l’a souligné à de nombreuses reprises. Depuis le proto-martyr Étienne, le phénomène de la persécution a marqué l’histoire du christianisme sous différentes formes.

Cristian Nani, directeur de l’ONG Portes Ouvertes en Italie, revient sur l'augmentation des persécutions en 2020 par rapport à l'année précédente. Il rappelle que les chiffres de 2019 parlaient d'au moins 260 millions de chrétiens persécutés dans le monde et de 2 983 chrétiens tués en raison de leur foi. Le rapport 2021 de Portes ouvertes sur la liberté religieuse sera publié le 13 janvier; portant sur la période du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2020, il offrira des données plus précises:

Cet index mondial établit la liste des 50 pays où les chrétiens subissent des persécutions, et celles-ci sont en augmentation, nous le verrons. En ce qui concerne le nombre de chrétiens tués en raison de leur foi, je voudrais souligner que si la violence se distingue dans la couverture médiatique par le caractère tragique de l'événement lui-même, il est également important de mettre en évidence le facteur de discrimination et de pression sur les chrétiens, capable de faire de leur vie un véritable enfer: difficultés d'accès au monde du travail, aux soins de santé, au système éducatif, aux droits fondamentaux par essence. Ce ne sont là que des exemples de ce que les chrétiens vivent dans des pays comme la Corée du Nord, l'Afghanistan, la Somalie, le Pakistan, etc. Notre rapport analyse à la fois le facteur violence et le facteur pression/discrimination, en analysant comment ces deux facteurs se matérialisent dans les cinq sphères de vie de l'individu qui professe la foi chrétienne: privée, familiale, communautaire, nationale, ecclésiale.

Cette année 2020 a été marquée par la pandémie qui a traversé le monde entier, et a sans doute affecté les persécutions. De quelle manière ?

Toute notre campagne de soutien aux chrétiens persécutés s'est articulée cette année autour d'un fait: la persécution a été aggravée par le Covid-19. La pandémie a multiplié les discriminations à l'encontre des chrétiens. Pour citer un fait concret, la grande majorité des chrétiens en Inde et au Bangladesh contactés par nos partenaires locaux n'ont pas eu accès aux aides fournies par l'État; il semblerait en effet qu’ à cause de leur foi, ils aient été écartés des distributions de masques et de produits de première nécessité. Pour l'une de nos campagnes de soutien nous avons choisi de les appeler “Les derniers de la file”, car de fait, ils le sont. Beaucoup d'entre eux se sont également vu refuser l'accès aux soins médicaux pour la même raison.

Passons maintenant à l'Afrique. En Somalie, les chrétiens ont été accusés de propager l’épidémie parce que ce sont des infidèles, selon des croyances animistes mêlées d’islam radical. En Afrique subsaharienne, en particulier dans les régions radicalisées comme le nord du Nigeria et ses environs, les confinements ont été l'occasion pour les groupes terroristes, les bandes criminelles et les bergers fulanis d'attaquer les communautés chrétiennes, de faire des raids, de tuer et d'enlever, comme nous l'avons vu récemment dans les médias.

Les minorités sont les premières à pâtir des situations difficiles, surtout les femmes et les enfants, souvent victimes d’abus sexuels et de viols. Ces formes de violences sont-elles aussi en hausse ?

Là où il y a persécution, les femmes chrétiennes deviennent des cibles faciles. Dans des contextes où les droits des femmes sont déjà peu nombreux, les discriminations pratiquées à l’encontre des chrétiennes restent impunies.

Mais permettez-moi d'ajouter un autre détail important: les femmes qui se convertissent au christianisme sont encore plus vulnérables. Imaginez une femme dans un pays musulman se convertissant à la foi chrétienne et subissant le harcèlement de sa famille à cause de cela. Ajoutez maintenant le confinement et pensez à cette pauvre femme enfermée dans sa maison avec, parfois, ses persécuteurs, frustrés peut-être par la pandémie et les dommages économiques qui en découlent. Le cocktail est explosif. Mais cela vaut aussi pour un jeune musulman converti à la foi chrétienne: nous nous attendons à une augmentation de ce type de violence.

Afin de donner un aperçu mondial, quels sont les pays où les violences sont les plus importantes? Peut-on déceler des signes d’espérance ?

L'endroit où les chrétiens sont le plus persécutés est la Corée du Nord. Je répète que la persécution ne parle pas seulement le langage de la violence physique; au contraire, elle utilise beaucoup plus le langage de la discrimination, du harcèlement continu, de la négation des droits fondamentaux. Cela dit, les pays où le rapport de l'année dernière a enregistré le plus de violence sont le Nigeria et les États voisins comme le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, mais aussi le Mali et le Burkina Faso. Mais le Pakistan lui-même a un niveau élevé de violence anti-chrétienne, tout comme l'Inde et l'Égypte. Un signe d'espoir nous vient certainement du Soudan, une nation qui a connu un changement capital: le régime est tombé, la loi sur l'apostasie a été abolie et d'autres lois limitant la liberté de religion ont également été abrogées. C'est un pas en avant et un signe d'espoir.

Le thème de la fraternité est devenu central avec le Pape, qui lui a d’ailleurs consacré son encyclique Fratelli tutti. Dans quelle mesure cette sensibilisation est-elle nécessaire pour contrecarrer la violence qui instrumentalise la religion ?

Toute chose qui redécouvre, exalte et renforce le concept d'amour du prochain est, à mon avis, d'une importance vitale pour la construction d'un monde meilleur. Du point de vue des chrétiens, il s'agit de «proposer une forme de vie qui ait la saveur de l'Évangile», pour reprendre les termes de l'Encyclique, et pour que cela se produise dans la vie quotidienne du chrétien, deux actions sont essentielles pour moi: la connaissance de l'Évangile et la connaissance du prochain. Je suis convaincu - parce que je l'ai vécu dans ma propre vie - que plus j'apprends à connaître intimement le Dieu raconté dans l'Évangile, plus un amour pour lui grandira en moi; cela trouvera un débouché naturel dans la vie de mon prochain, et cela me conduira inévitablement à mieux connaître mon prochain, afin de pouvoir l'aimer avec l'amour que j'ai reçu du Père. C'est un cycle de grâce divine, un énième don que Dieu nous fait: si nous l'acceptons, si nous le vivons, nous rachetons le monde qui nous entoure !

Et s'il est une merveille que nous avons constaté en cette année 2020, c'est bien le nombre de personnes qui, face à la pandémie, ont choisi de se donner, je pense par exemple aux médecins, aux infirmières, aux agents de santé, etc. Le don de soi comme antidote au Covid ! L'homme est toujours étonné face au bien: il sait qu'il n'y a pas d'alternative au bien.   

26 décembre 2020, 12:51