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 Le cardinal Béchara Raï, Patriarche d'Antioche des maronites. Le cardinal Béchara Raï, Patriarche d'Antioche des maronites. 

Cardinal Raï : seule la neutralité du Liban est garante de son indépendance

Dans son homélie dominicale, le patriarche d’Antioche des maronites n’a pas manqué d’évoquer la situation de son pays, qui célébrait hier le 77e anniversaire de son indépendance. Étrillant au passage une classe politique divisée et incapable de se mettre d’accord, il a rappelé combien la neutralité du Liban est cruciale pour son équilibre et sa prospérité.

Pas de défilé militaire ni de manifestations publiques cette année pour la fête nationale ; terrassé par une crise économique, politique et sociale, le pays du Cèdre a dû en outre décider de nouvelles restrictions pour contrer la propagation du Covid-19.

Dans ce contexte morose, le Patriarche maronite Béchara Raï a tenu à rappeler le sens profond de l’indépendance obtenue en 1943 ; celle-ci ne signifie pas seulement la fin du mandat français, mais marque surtout «la sortie du pays de la politique des axes et le début de la neutralité». «Depuis l'Indépendance, chaque fois que le Liban s'est conformé à la neutralité, il a connu une période de croissance et son économie s'est épanouie», a relevé le cardinal avant d’observer qu’à l’inverse, les temps de troubles de pauvreté et d’asservissement allaient de pair avec l’alignement des élites nationales sur les axes géostratégiques de la région qui s’affrontent depuis des années au Moyen-Orient.

La crise aux multiples ramifications que traverse le pays du Cèdre ne se résoudra qu’avec une indépendance retrouvée, selon le cardinal qui n’a pas épargné ses critiques envers la classe dirigeante, engluée dans ses atermoiements. Le Liban est sans gouvernement depuis trois mois et la démission du cabinet d’Hassan Diab, qui avait été mis en place en janvier 2020.

L'enlisement politique épuise la population

La tâche de former une nouvelle équipe échoit de nouveau à Saad Hariri, ancien Premier ministre. Mais les négociations piétinent face aux revendications des différents partis et des divergences qui opposent ouvertement le leader sunnite au président de la république Michel Aoun, notamment sur l’attribution des portefeuilles ministériels. Ce sont de telles pratiques qui ont «renforcé la corruption, l'accaparement et le gaspillage des fonds publics et elles ont mené le pays à la faillite et l'effondrement», a tonné le Patriarche maronite pour qui ces politiques, sourds à toute objurgation, «violent la Constitution», élaborée précisément pour assurer une équitable représentation des confessions. Au lieu de cela, les institutions se retrouvent otages des intérêts partisans des uns et des autres. «Ceux qui entravent la mise sur pied du cabinet ne savent-ils pas que le Produit intérieur brut (PIB) s'est écroulé cette année de 54 à 25 milliards de dollars et que nous avons perdu une année complète pour appliquer les réformes?» a-t-il lancé.

Pour le chef de l’Église maronite, les Libanais attendent «un nouveau gouvernement qui libérera le pays» ; en revanche, tout cabinet formé à l’image des précédents  provoquera «la ruine du pays», met-il solennellement en garde.

(Avec L'Orient Le Jour et Fides)

23 novembre 2020, 14:10