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Église de saint Ephrém le Syriaque à Alep (photo d'illustration) Église de saint Ephrém le Syriaque à Alep (photo d'illustration)  (AFP or licensors)

La Syrie terrassée par les crises: l'appel à l'aide du frère Alsabagh

Eclipsée par l’actualité libanaise, la Syrie se débat avec une crise économique aiguë, un chômage massif et une reconstruction qui se fait attendre. À cette situation angoissante, s’ajoute désormais la pandémie de coronavirus qui exacerbe le marasme économique et social. Le frère Ibrahim Alsabagh, ofm., curé de la paroisse latine d’Alep, témoigne d’un quotidien éprouvant.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

L’énergique franciscain, surnommé le «curé des décombres» le confesse simplement: il n’aurait jamais pensé vivre une telle situation, qui, il l’affirme, dépasse en gravité celle de la guerre civile. Les bombardements ou les coupures d’électricité étaient des réalités auxquelles les Aléppins étaient d’une certaine manière «préparés», explique le frère Alsabagh. Mais l’arrivée de la pandémie dans un pays «déchiré», laminé par le chômage et la pauvreté, est venue accroitre à l’extrême les souffrances d’une population accablée.

2 franciscains sur 5 morts de la Covid

Avec plus de 3 000 cas officiellement recensés et 160 décès, le coronavirus enregistre une progression lente en Syrie. À Alep, la petite communauté franciscaine en a durement souffert. Sur les cinq frères en mission, 4 ont été infectés et 2 en sont morts. Épargné par la maladie, le frère Alsabagh a dû prendre soin de ses frères malades tout en s’occupant de la paroisse et des nombreuses activités qui y sont associées.

Parmi ces activités, celle qu’exerce la Caritas notamment dans le domaine sanitaire s’avère cruciale. Beaucoup d’Aléppins ne peuvent aujourd’hui se faire soigner, eu égard au coût prohibitif des médicaments et des examens médicaux. «Comme Église, nous essayons de faire tout ce que nous pouvons. Nous avons envoyé, même forcé les personnes à aller chez le docteur ou à l’hôpital. Nous essayons aussi de prendre en charge tous les médicaments, même les plus chers, vitamines, antibiotiques, etc. Ce n’est pas facile pour nous, c’est un grand défi», témoigne le religieux.

Des sanctions "contre les personnes"

Dans un tel contexte, les conséquences des sanctions internationales contre la Syrie se font cruellement sentir. «Ces sanctions ne sont pas humaines, elles ne vont pas contre un système politique mais vont contre les personnes, le peuple, les familles», déplore le frère Alsabagh qui pointe les effets directs, sur les structures de santé du pays, de ces mesures punitives : à cause d’elles, les hôpitaux publics et cliniques privées ne disposent d’aucun équipement adéquat pour faire face à la situation et assurer une prise en charge digne des malades. Ces sanctions ont également entrainé des pénuries de carburant ; à Alep, les rations d'essence sont distribuées au compte-goutte, et la ville, qui accuse un taux de chômage inquiétant, «se retrouve paralysée». «La première cause de notre souffrance aujourd’hui, je peux dire que ce sont les sanctions», insiste le franciscain.

Le frère Alsabagh refuse cependant de céder au désespoir ; cette année, la fête de l’exaltation de la Sainte Croix (14 septembre) et celle des stigmates de saint François (17 septembre) ont revêtu pour lui une dimension spirituelle toute particulière. «Nous voyons en lui (saint François) un exemple de comment nous pouvons prendre nos croix sur les épaules». Comme peuple et avec la grâce de Dieu, dit-il, «nous offrons nos souffrances pour l’Italie, pour la France et le monde entier».

Le curé de la paroisse latine d’Alep en appelle à la prière de tous, hommes et femmes de bonne volonté ; il demande aussi de l’aide «pour continuer à survivre», car «aujourd’hui, nos familles ne pensent pas à améliorer leur situation sociale, elles pensent seulement à trouver du pain, de l’eau et des médicaments».

Le témoignage du frère Ibrahim Alsabagh
18 septembre 2020, 11:41