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Photo d'illustration. Photo d'illustration.   (ANSA)

Le Conseil œcuménique des Églises donne la parole aux jeunes

Le bien-être psychophysique, en particulier des adolescents, est menacé par l'anxiété et la dépression. En parler ne doit pas être tabou. C'est le thème choisi pour la deuxième édition de la Journée de la jeunesse organisée par le Conseil œcuménique des Églises afin de souligner l'importance de la contribution des jeunes à l’œcuménisme, et pour le développement de la société.

Entretien réalisé par Gabriella Ceraso – Cité du Vatican

S’inspirant de la Journée internationale de la jeunesse créée en 1999, le 12 août, par les Nations unies afin de souligner l'importance de la participation des jeunes pour le développement de la société, le Conseil œcuménique des Églises a lancé l’an dernier à Genève sa propre Journée de la jeunesse. Cette première édition a montré combien les jeunes peuvent contribuer à traiter les questions qui les concernent au premier plan.

Fort du succès de l’édition de 2019, le Conseil œcuménique des Églises a décidé de pérenniser l’initiative.  Ainsi, avec un programme dense de conférences et de prières, la deuxième Journée de la jeunesse organisée par le Conseil œcuménique des Églises s’est déroulée virtuellement ce mercredi sur le thème de la santé mentale des jeunes.

Nous revenons sur l’objectif de cette journée avec le frère Lawrence Iwuamadi, doyen de l'Institut œcuménique de Bossey à Genève:

L'ONU a déclaré le 12 août Journée internationale de la Jeunesse dans le but de sensibiliser les jeunes du monde entier aux problèmes qui les concernent. Toutes les organisations qui s'occupent de la jeunesse sont invitées à mettre en lumière les efforts des jeunes pour créer un monde meilleur. Et le Conseil œcuménique des Églises a ainsi lancé la Journée internationale œcuménique de la jeunesse à Genève l'année dernière. Et cela, afin de mettre en évidence les contributions des jeunes au mouvement œcuménique. L'événement a été organisé en collaboration avec la Fédération luthérienne mondiale et la Fédération mondiale des étudiants chrétiens. L'organisation de l'année dernière a connu un véritable succès avec des dizaines de participants et des liens également avec les jeunes du Mouvement œcuménique de la péninsule coréenne pour marcher et prier ensemble pour la justice et la paix dans la péninsule.

Fort de ce succès, le Conseil œcuménique des Églises a invité cette année toutes les Églises membres, tous leurs partenaires et collaborateurs à poursuivre cet effort pour encourager et donner plus d'espace aux jeunes en mettant en exergue leurs problèmes pour tenter de montrer  que ce ne sont pas seulement leurs parents ou plus généralement les adultes qui doivent être entendus. Les jeunes eux-mêmes ont une voix et sont appelés à donner leur avis sur la manière de traiter les problèmes qui les touchent. 

Pourquoi avez-vous choisi cette année le thème de la santé mentale ?

Le Conseil œcuménique des Églises a décidé cette année de s'attaquer à la question de la santé mentale, suivant les recommandations des jeunes eux-mêmes -au sein et en dehors des réseaux du Conseil œcuménique. Ce sont eux qui ont indiqué que ce thème était l'une des questions urgentes à explorer.

L'Organisation mondiale de la santé définit la santé mentale comme un état de bien-être dans lequel chaque individu réalise son potentiel, peut faire face aux tensions normales de la vie et peut également travailler de manière sûre et fructueuse, en apportant une contribution à sa communauté. Le bien-être comprend des aspects émotionnels, psychologiques et sociaux. Ainsi, prêter attention à ces trois dimensions peut accroître et même améliorer la santé mentale, tandis que les négliger peut entraîner de graves problèmes.

Comme nous le savons, les troubles mentaux se manifestent de manière très variée dans les pensées, les émotions, le comportement et les relations avec les autres.  L'anxiété et la dépression sont les troubles mentaux les plus courants et, avec les problèmes de santé mentale, ils sont en augmentation chez les adolescents et les jeunes adultes. Les chercheurs indiquent que la tension culturelle est la cause de cette augmentation. De plus, les troubles mentaux sont la principale cause de handicap chez les jeunes. C'est pourquoi nous avons choisi ce sujet, pour que les jeunes puissent en apprendre davantage et parce que dans certaines régions du monde, le sujet est malheureusement tabou, alors que nous devons au contraire en parler.

Comment les jeunes vivent-ils l'œcuménisme ?

En tant que partie importante de l'Église et des communautés chrétiennes, les jeunes continuent à être à l'avant-garde du mouvement œcuménique. Pour moi, qui enseigne à l'Institut œcuménique de Bossey, répondre à cette question est simple. Parce que chaque jour, je vois ici à Bossey des jeunes qui sont intéressés à participer au mouvement œcuménique : il y a de l'intérêt, de l'engagement et une volonté de se confronter les uns aux autres et c'est important.

Nous vivons à une époque qui montre de plus en plus le risque de s'enfermer et de ne penser qu'à soi-même. C’est vrai, mais il y a aussi beaucoup de jeunes qui veulent aller plus loin, rencontrer les autres. Je dis toujours que l'œcuménisme est une invitation à trouver l'autre et c'est aussi la pensée du Pape qui, chaque fois qu'il parle précisément d'œcuménisme, renvoie l'image de la rencontre avec l'autre. De ce point de vue, il y a là un intérêt et un engagement de la part des jeunes.

Il convient également de noter que, surtout en cette période de pandémie, l'engagement des jeunes au sein du Conseil œcuménique des Églises a augmenté, avec une série d'initiatives de soutien, de solidarité et de collecte de fonds dans le monde pour les travailleurs de la santé.

Aujourd’hui, la question est plutôt : l'Église fournit-elle l'espace nécessaire pour que les jeunes puissent contribuer à la communauté chrétienne ?

Comment encourager les jeunes, comment les guider pour qu'ils exploitent au mieux leur énergie, leur passion ?

En 2018, le Pape François a adressé des mots importants aux délégués lors de la réunion pré-synodale des jeunes, en leur disant que ce ne sont pas les adultes, ni ceux qui se sentent jeunes, qui doivent dire à l'Eglise comment s'adresser aux jeunes et à leur génération. Mais ce sont les jeunes eux-mêmes qui doivent le faire. De cette intervention du Pape, nous tirons plusieurs indices importants.

Nous devons donner de l'espace aux jeunes, car ce n'est qu'ainsi qu'ils pourront montrer ce dont ils sont porteurs. Et encore une fois, nous devrions tenir compte de leur point de vue, de ce qu'ils pensent, surtout lorsqu'il s'agit de prendre des décisions qui les concernent.

Nous devrions aussi reconnaître leur enthousiasme, leur énergie, leur passion. C'est seulement en reconnaissant cela que nous pourrons leur montrer comment tirer le meilleur parti de ce qu'ils ont en eux. Nous devons notamment trouver le meilleur moyen de faciliter la communication avec les jeunes, ce qui est très important, surtout lorsque des décisions qui les concernent doivent être prises. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons les guider pour les encourager de la meilleure façon possible.

12 août 2020, 16:58