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Des partisans d'Evo Morales à un barrage d'El Alto, en périphérie de La Paz en Bolivie. Des partisans d'Evo Morales à un barrage d'El Alto, en périphérie de La Paz en Bolivie. 

Crise en Bolivie : les évêques prêts à servir de médiateurs

Le conflit social se durcit en Bolivie après le nouveau report des élections à cause de la pandémie. Dans ce contexte, la Conférence épiscopale bolivienne réaffirme sa volonté de faciliter le dialogue partout où cela est nécessaire, et invite chacun à réfléchir sur ce qui se passe et à agir en conséquence. «Que personne ne cherche son propre bien, mais celui de son prochain», écrivent les évêques.

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Depuis une semaine, des barrages routiers se sont multipliés en Bolivie pour protester contre un nouveau report des élections en raison de la pandémie de coronavirus, qui a coûté la vie à plus de 3 000 personnes. Face aux conflits sociaux et à l’urgence sanitaire en cours, la Conférence épiscopale de Bolivie (Ceb) a publié ce lundi 10 août une déclaration officielle intitulée «Le droit à la vie et à la santé».

Les évêques rappellent que le bien commun doit toujours passer avant la recherche des intérêts particuliers. Ils réitèrent leur proposition de médiation pour «faciliter le dialogue partout où cela est nécessaire» et invitent chacun à «réfléchir sur ce qui se passe et à agir en conséquence».

Parce que «la vie des êtres humains est une valeur absolue», elle ne devrait jamais être utilisée pour atteindre d'autres objectifs, écrivent les évêques boliviens. Pour eux, tous ceux qui mettraient des vies en danger en cherchant à atteindre des objectifs moins importants que de défendre la vie, commettraient «un acte criminel et inhumain». Les évêques jugent «irrationnel et immoral d'utiliser la pandémie pour déstabiliser les institutions du pays».

Mettre fin aux attitudes violentes et viser le dialogue

Un appel spécifique est lancé aux responsables syndicaux afin qu'ils «mettent de côté les attitudes violentes» et acceptent un dialogue pacifique qui mène à des solutions concrètes. Alors que le pays enregistre une augmentation accélérée des cas d’infections au coronavirus mais aussi de décès liés au virus, les évêques leur demandent de ne pas mettre leur santé et leur vie, celles de leur famille et des Boliviens en danger «en vous mettant au service de slogans politiques» car, «la haine n'est la solution à aucun problème» soulignent les évêques qui condamnent «toutes les formes de violence, d'où qu'elles viennent, car elles entraînent la perte de vies humaines et nous placent dans une spirale infinie qui génère de nouveaux conflits». Cela aggrave en outre «la situation économique déjà difficile dans laquelle nous vivons».

Respect du pouvoir et appel à la solidarité

Quant aux élections toujours repoussées, l'Église bolivienne rappelle qu'il appartient au Tribunal suprême électoral d’en fixer la date, sur la base du «principe d'impartialité». Dans leur déclaration, les évêques exigent «le respect de la séparation des pouvoirs, fondamentale pour une démocratie saine».

La conférence épiscopale s’inquiète enfin de l’absence de solutions efficaces à la crise sanitaire qu’ils jugent «alarmante». Cela entraîne une contagion incontrôlée, un manque de soins dans les hôpitaux et la perte de nombreuses vies, déplorent-ils. La note épiscopale se termine par un appel «à la solidarité et à l'espérance», afin que «le découragement et la peur ne prennent pas le dessus».

«Que la prudence guide nos actions», concluent les prélats, «que la foi en Dieu, celui qui ne nous abandonne pas, nous aide à agir dans la recherche du bien commun».  

Bras de fer dangereux

La Bolivie a enregistré plus de 91 000 cas positifs et plus de 3 000 décès liés au Covid-19. Dans ce contexte, les élections générales prévues pour le 6 septembre ont été reportées au 18 octobre, afin d'éviter une propagation du virus.

Cette décision a provoqué la colère des mouvements sociaux qui estiment que ce report joue en défaveur de l’ancien président Evo Morales actuellement en exil en Argentine. En signe de protestation, de nombreux barrages routiers ont été mis en place la semaine dernière.

Alors qu’Evo Morales se déclare favorable à un accord entre les syndicats et le Tribunal suprême électoral pour fixer la date du vote, sous la garantie de l'ONU, le gouvernement a déposé une plainte ce mardi contre l'ex-chef de l'Etat et son candidat à l'élection présidentielle pour les délits de "terrorisme et génocide", les accusant d'être responsables des barrages routiers.

Le 10 août, lors d'une conférence de presse conjointe inédite, le chef d'état-major des armées et le sous-commandant de la police ont appelé à «une solution immédiate du conflit par la dissuasion et le dialogue, en évitant toute action de confrontation qui pourrait accroître le niveau de conflit».

11 août 2020, 17:47