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En temps de crise, la puissance de la louange

Ils sont finis les jours de la Passion, l’Église est entrée dans le temps de Pâques, celui de la joie et de la louange. Mais comment exulter en Dieu, alors que les présentes tribulations ne nous y encouragent guère ? Nous vous proposons le regard du père René-Luc, directeur de l’école d’évangélisation Cap Missio en France.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

Le père René-Luc, prédicateur, dirige l’école d’évangélisation Capi Missio qu’il a fondée aux côtés de Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque de Montpellier. est l’auteur de deux ouvrages : Dieu en plein cœur (Presses de la Renaissance, 2008) et 15 paraboles tournées vers l’essentiel (Presses de la Renaissance, 2018)

Entretien avec le père René-Luc, directeur de l'école Cap Missio

Qu’est-ce que la louange ? En quoi se distingue-t-elle de l’action de grâce ?

On peut dire qu’il y a quatre formes de prière parmi les plus importantes dans notre tradition. D’ailleurs, on les retrouve lorsque des parents apprennent à prier à leurs enfants ; il y a là trois mots qui reviennent : «s’il te plait, pardon et merci».

D’abord, nous avons la prière d’intercession : nous présentons à Dieu nos besoins et nos préoccupations (s’il te plait) ; ensuite, nous demandons pardon à Dieu pour tous nos péchés (pardon) ; et puis, nous avons l’action de grâce (merci).

Alors, qu’est-ce qui distingue la louange de l’action de grâce ?

Dans l’action de grâce, on dit justement «merci», mais dans la louange on bénit Dieu pour ce qu’il est, sans forcément le remercier pour quelque chose qu’il nous a donné. On pourrait illustrer cette différence en prenant l’exemple d’un enfant : lorsqu’il dit à sa mère «merci pour le cadeau que tu m’as donné !» (action de grâce) et lorsqu’il lui dit «maman, mais qu’est-ce que tu es belle !» (louange). La louange est gratuite, on loue Dieu pour sa bonté, pour sa beauté, pour sa grandeur.

Les Saintes Écritures sont habitées par la louange, si l’on pense simplement aux psaumes. Y-a-t-il des exemples de louange, dans l’Ancien ou le Nouveau Testament, qui vous marquent et vous aident à entrer dans cette prière ?

Oui, l’Écriture en est remplie ! L’un des plus grands cantiques de louange connu et utilisé tous les jours par l’Église, nous vient de Nouveau Testament, c’est bien sûr le Magnificat, lorsque la Vierge Marie visite sa cousine Élisabeth et se met à exulter de joie, en louant le Seigneur.

Il existe aussi un autre passage, qui marque beaucoup ceux qui aiment la louange, c’est l’expérience du roi David (1 S 6, 12-23). Quand il fait revenir l’Arche de Dieu dans la Cité de Jérusalem au milieu des cris de joie ; David voit cette arche et se met à louer Dieu de tout son cœur et se met même à danser autour de l’Arche. Sa femme, Mikal, la fille du roi Saül, est complètement agacée de le voir ainsi se «déshonorer» et lui en veut. A partir de ce moment, Mikal devient stérile, nous dit la Parole de Dieu.

Il y a un très beau commentaire du Pape François sur l’importance de la louange : celui qui loue devient fécond, celui qui ne loue pas devient stérile (messe 28 janvier 2014). Il le rappelait encore plus tard cette année-là, dans la salle Paul VI : «quand on parle de louange dans l’Église, on parle des charismatiques, et pourtant lorsque j’ai parlé, à plusieurs reprises, de la prière de louange à sainte Marthe, j’ai dit que ce n’était pas seulement la prière des charismatiques, mais de toute l’Église. C’est la reconnaissance de la seigneurie de Dieu sur nous et sur toute la création exprimée dans la danse, la musique et le chant. Louez le Seigneur ! Ne cessez pas de le faire ! Louez-le toujours plus, sans cesse !». (…)

Dieu a-t-il besoin de la louange de ses créatures ?

Dieu, c’est un dialogue permanent. Je vais reprendre l’exemple de la mère : elle peut très bien éduquer ses enfants sans que ceux-ci lui disent jamais merci ou «tu es belle».

Dieu n’en a pas besoin, dans le sens où s’il ne reçoit jamais de remerciement ou de louange de notre part, il restera le même. En soi, il n’a pas besoin de notre prière ou de notre amour puisqu’il est Amour.

Mais cela change tout en lui. Si ses créatures sont dans la louange, c’est extraordinaire ! Imaginons que tous les chrétiens soient vraiment dans la louange, et pas seulement dans une prière de demande ou de plainte (…) cela change complètement notre propre rapport à Dieu, et surtout, je pense que cela change le cœur de Dieu. Il a soif de notre amour, et il se réjouit lorsqu’on lui exprime notre louange. La plus belle manière de lui rendre son amour, c’est de le louer.

La louange convient à toutes les circonstances, même les plus difficiles. Que diriez-vous à ceux, justement, qui éprouvent du mal à louer lorsque «tout va mal», notamment en ce temps de pandémie ?

Cela peut paraitre bizarre mais, en cette période de crise, louer Dieu peut permettre de se décentrer du problème, c’est habiter l’espérance. La louange nous amène à aller au-delà, à ne pas être prostré, recroquevillé sur l’épreuve, à être déjà dans «l’après». Louer aujourd’hui, c’est introduire une effusion d’espérance et se tourner vers la suite, car, évidemment, le Covid-19 n’aura pas le dernier mot.  

Auriez-vous des conseils à donner à tous les auditeurs/lecteurs qui auraient envie d’entrer dans la louange et qui ne seraient pas forcément familiers de cette prière ?

Je pense que tous nos lecteurs et auditeurs sont déjà familiers de la prière de louange. Tout le monde va à la messe au moins le dimanche, je l’espère ! On y retrouve l’intercession avec la prière universelle, l’adoration avec l’élévation, l’action de grâce avec le dialogue que l’on a avec Jésus après la communion et la prière de louange, nous l’avons deux fois, avec le Gloria et le Sanctus. Donc on voit bien que les chrétiens sont familiers de la louange, mais peut-être sans le savoir.

Mais pour aller plus loin, je leur propose ce que je prêche aux jeunes, c’est-à-dire «la parabole des ondes radio». Quand on écoute la radio, il y a plusieurs ondes qui passent au travers des murs de la maison, mais il faut un récepteur pour les capter, ainsi qu’un volume. Quand on se met dans la louange, on «capte» l’Esprit-Saint qui veut louer en nous, car la louange est une prière qui vient de l’Esprit. On peut peut-être faire l’expérience de dire à voix haute des louanges, que vous soyez seul ou avec des amis ; je sais que ce n’est pas facile pour tout le monde, mais on peut essayer. Et si cela ne convient pas, il y a de toute façon le chant du Gloria et du Sanctus.

Mais c’est vrai qu’expérimenter la louange spontanée chez soi, c’est entrer concrètement dans un chemin de louange et vous en tirerez des fruits énormes, surtout en cette période de confinement. 

13 avril 2020, 17:38