Recherche

Vatican News
Le camp de concentration nazi de Dachau (Allemagne) Le camp de concentration nazi de Dachau (Allemagne)  (ANSA)

L'Église polonaise se souvient de son clergé martyr lors de la Seconde Guerre mondiale

L'Église de Pologne célèbre aujourd'hui la Journée du martyre du clergé polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. À l'occasion du 75e anniversaire de la libération du camp de Dachau, rappelons l'exemple de ces 861 prêtres polonais tués par le régime nazi dans cet effroyable camp de concentration.

Dans un entretien réalisé par nos confrères de la rédaction italienne de Vatican News, le porte-parole de la Conférence épiscopale polonaise, le père Paweł Rytel-Andrianik rappelle combien le témoignage de foi montré par ces prêtres continue, aujourd’hui encore, de porter du fruit ; leur désir de vivre l’Eucharistie et les sacrements, alors même qu’il était impossible de le faire, résonne tout particulièrement pour de nombreux fidèles ne pouvant participer physiquement aux célébrations en ces jours de pandémie. La Pologne recense à l’heure actuelle environ 12 000 cas de contamination au Covid-19 et quelque 500 décès.

Le père Paweł Rytel-Andrianik, porte-parole de la Conférence épiscopale polonaise :

Aujourd'hui, nous nous souvenons du martyre, c'est-à-dire du témoignage de foi jusqu’à la mort, en même temps, de tous les martyrs, ceux de Dachau et d'autres lieux, des victimes du totalitarisme, du nazisme et du communisme. C'est le jour du souvenir, du témoignage et de la providence, car ces prêtres prisonniers à Dachau avaient fait un vœu : s'ils survivaient, ils iraient en pèlerinage au sanctuaire de Saint-Joseph à Kalisz. Deux heures avant la destruction du camp de concentration, prévue le 29 avril 1945, ils furent libérés par les Américains. Les prêtres l’interprétèrent comme un signe de la providence de Dieu.

Ils furent plus de 1 700 prêtres polonais déportés dans ce camp de concentration nazi. Qui étaient-ils et pourquoi 800 parmi eux furent-ils tués ?

Ces prêtres furent emprisonnés à Dachau et dans d’autres camps nazis, seulement parce qu’ils étaient prêtres, parce qu’ils étaient un point de référence pour les communautés paroissiales. Pour détruire la nation, les nazis ont commencé par les prêtres et l'intelligentsia du pays. Ces plus de 1 700 prêtres polonais font partie des quelque 3 000 prêtres, évêques et religieuses qui étaient présents dans le camp de Dachau. Et dans les camps de concentration en Pologne, il y avait encore d'autres prêtres. Les statistiques sont les suivantes : en Pologne, sur environ 10 000 prêtres diocésains avant la Seconde Guerre mondiale, les nazis en ont tué environ 2 000 ; sur 8 000 religieux, 370 ont été tués ; sur 17 000 religieuses, 280 ont été tuées. Nous ne pouvons pas oublier qu'à la même époque, 4 000 prêtres et religieux et plus de 1 100 religieuses étaient prisonniers dans d'autres camps de concentration. Ceux qui étaient libres ont également souffert dans leurs foyers, tant sous le régime nazi que sous le régime communiste.

Quels témoignages reste-t-il de la période qui a suivi la disparition du dernier survivant en 2013 ?

Des témoignages de fidélité. En 1995, à l'occasion du 50e anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, saint Jean-Paul II a rappelé comment ces prêtres, évêques et religieuses sont restés fidèles jusqu'à la fin, donnant un témoignage de charité et de pardon.

Il a parlé de la dignité de la vie et de la justice : on peut penser à cet égard à un martyr connu dans le monde entier, saint Maximilien Kolbe, qui a donné sa vie pour un père de famille. Je peux également rappeler un exemple de mon diocèse de Drohiczyn, celui le prêtre Antoni Beszta-Borowski. Ses amis lui avaient dit de s'enfuir, car les nazis avaient pris ses documents : tôt ou tard, ils finiraient par l’arrêter ou le tuer. Mais il disait qu'il ne pouvait pas quitter son peuple et ses prêtres, car s'ils ne le prenaient pas lui, les nazis les auraient sûrement pris, eux. Lorsqu'il a été capturé, les enfants ont assisté à la scène : un soldat allemand est entré dans le presbytère et a pris son étole. Il s'est tourné vers les enfants et leur a dit qu'aucun prêtre ne resterait dans la ville, puis il a détruit l'étole et l'a jetée par terre. Une femme l'a ramassée et l'a gardée. Des années plus tard, l'un de ces enfants, le neveu de Don Antoni, a été ordonné prêtre et, lors de sa première messe, cette femme lui a rendu l'étole. Depuis lors, de nombreuses vocations sont nées dans ce lieu. Je pense que c'est un exemple qui montre que le sang des martyrs porte des fruits dans la foi.

Les témoignages parlent de harcèlement, d’atrocités, de crimes, d’outrages au Seigneur, à la croix, au chapelet. Comment les prisonniers qui ont échappé à la mort ont-ils réussi à supporter autant ?

Cela semble incroyable. À Dachau par exemple, il y avait une religieuse qui, grâce à l'aide d'une personne qui avait un magasin à proximité, pouvait livrer des ornements liturgiques : là, certains pouvaient, évidemment en secret, célébrer la messe ou même ordonner des prêtres. Récemment, le recteur de la mission catholique polonaise en Allemagne m'a envoyé une lettre de l'époque : elle émanait d'un prêtre qui disait vouloir célébrer la messe, même s'il ne le pouvait pas. Cela ressemble à ce que nous vivons actuellement avec le coronavirus : nous voyons qu'il y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas aller à la messe. En ces temps de pandémie, nous devons nous inspirer de cette foi qui a donné la force de survivre à ce prêtre. C'est pour cela que nous célébrons cette journée et nous remercions le Seigneur pour leur témoignage.

29 avril 2020, 13:44