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La cathédrale Notre-Dame de Paris, en cours de restauration, le 11 avril 2020: La cathédrale Notre-Dame de Paris, en cours de restauration, le 11 avril 2020:  

Notre-Dame, un an après: les défis d’une reconstruction matérielle et spirituelle

Il y a un an, le 15 avril 2019, un terrible incendie ravageait la cathédrale Notre-Dame de Paris, joyau de l’art gothique et cœur spirituel de la capitale française au rayonnement mondial. Les travaux de reconstruction sont désormais à l’arrêt en raison des mesures liées à la lutte contre la pandémie de Covid-19. Mgr Benoist de Sinety, vicaire général de l’archidiocèse de Paris, livre son regard sur cette année écoulée depuis le sinistre.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

Quelques heures auront suffi pour réduire en cendres une grande partie d’un édifice construit en plus de deux siècles, de 1163 au milieu du XIVe siècle, par de talentueux artisans et ouvriers dont tous les secrets n’ont pas encore été percés. 

Quinze heures précisément, au cours desquelles les flammes dévorent la toiture, la charpente du XIIIe siècle, la célèbre flèche de Viollet-Le-Duc et une partie des voûtes du monument classé au patrimoine mondial de l’Unesco. L’incendie débute dans la soirée du 15 avril et s’achève le lendemain matin, grâce aux efforts acharnés d’environ 600 pompiers. Le monde entier suit avec stupéfaction et désarroi le drame qui se déroule, retransmis en direct par de nombreux médias. Les images de la cathédrale embrasée, d’où s’échappe un volumineux panache de fumée jaunâtre, marqueront les mémoires, tout comme celles de parisiens agenouillés, souvent de jeunes gens, «espérant contre toute espérance», offrant leur généreuse prière en ces heures d’épouvante. 

 

Le soir de l’incendie, le président Emmanuel Macron a annoncé que Notre-Dame serait rebâtie en cinq ans. Mais le chantier se trouve pour l’heure à l’arrêt, en raison de l’incompatibilité des conditions de travail des ouvriers avec les mesures sanitaires de lutte contre le coronavirus. Les causes de l’incendie n’ont pas encore été établies avec précision, et l’enquête de police est toujours en cours. Le chantier de reconstruction s’avère très complexe, mêlant paramètres économiques et architecturaux, enjeux politiques et religieux parfois contradictoires. La pandémie de coronavirus ajoute un nouveau frein à l’élan initial.

Entretien avec Mgr de Sinety

Mgr Benoist de Sinety, vicaire général de l’archidiocèse de Paris, propose d’abord un éclairage spirituel sur la survenue, un an après l’incendie, de cette nouvelle épreuve qui affecte les fidèles parisiens.

Ce sont autant d’occasions pour nous chrétiens d’entendre l’appel du Seigneur à être véritablement ses disciples. Souvent, surtout dans les pays occidentaux, nous avons pu avoir le sentiment que la vie était un havre de paix, qu’elle était plus ou moins tranquille que nous étions assurés pour l’avenir... Ces évènements nous rappellent que nous ne sommes assurés de rien, hormis, pour le croyant, de la seule assurance qui ne passe pas: celle de l’amour de Dieu. Je pense que ces évènements-là viennent nous décaper, ils viennent nous mettre face à notre foi, et nous entendons Jésus qui nous dit et nous redit: «Le crois-tu vraiment ? Tu dis depuis ton enfance, depuis ta jeunesse, tu dis à qui veut l’entendre que je suis le Sauveur, le Messie, mais toi, maintenant, là aujourd’hui, dans ces difficultés, dans ces drames qui surgissent, est-ce que tu es prêt à le croire vraiment et à le manifester par les choix que tu vas faire d’engagement, de vie, de don de toi-même pour les autres, etc. ?» C’est donc une manière de nous mettre face à notre responsabilité de baptisé dans le monde, d’une manière forte, parfois vertigineuse, qui peut nous sembler un peu violente et qui l’est, évidemment, mais peut-être que nous avons besoin de cela aussi pour nous réveiller.

Que représente pour vous désormais la cathédrale Notre-Dame?

La cathédrale représente pour moi le lieu où j’ai été ordonné prêtre, et donc un lieu auquel je suis forcément très attaché. Vous savez, comme les gens sont très attachés à l’église où ils se sont mariés, où ils ont baptisé leurs enfants... Pour moi c’est le lieu où les grandes heures de ma vie chrétienne ont été célébrées, donc c’est un lieu important. Et d’une manière plus large, la cathédrale manifeste au cœur de Paris la foi des chrétiens dans l’amour de Dieu pour tous les hommes. Donc en reconstruisant cette cathédrale, il s’agit pour les chrétiens de Paris de savoir comment ils vont aussi chercher à ce que leur propre vie, à ce que l’Eglise qui est dans ce diocèse, puissent manifester davantage cette présence et cette promesse de l’amour de Dieu. On ne peut pas reconstruire un chantier de pierres si l’on n’est pas prêt aussi à reconstruire notre propre vie spirituelle personnelle et communautaire pour qu’elle soit en concordance avec ce que la pierre vient exprimer.

Chez ces chrétiens de Paris, qu’est-ce qui a pu changer un an après l’incendie de leur cathédrale?

Il faudrait leur demander à chacun en particulier, chacun aurait une réponse personnelle! Je pense que cela a peut-être fait grandir entre nous une forme de sentiment de fraternité. C’est comme une famille frappée par une épreuve et qui d’un seul coup peut se ressouder. L’absence de la cathédrale aujourd’hui, dans la vie liturgique, sacramentelle, spirituelle des chrétiens de Paris en manifeste finalement encore plus l’importance. On commence à percevoir que ce qu’on estimait comme un état de fait – on a une très belle cathédrale, on en est très fiers... Vous savez les Parisiens sont toujours un peu fiers d’eux-mêmes et de leur ville !-, et bien la vie, ce n’est pas ça. Donc cela nous oblige encore une fois à réfléchir au témoignage que nous voulons donner de nous-mêmes. Je pense que peut-être que les historiens, dans quelques années, le verront comme un moment fondateur d’un renouveau du rayonnement de l’Evangile dans Paris, paradoxalement.

Est-ce qu’à l’heure où la plupart des églises restent relativement vides, vous ressentez une solidarité particulière à l’égard des autres diocèses du monde?

Il y a des liens qui se sont mis en place très vite après l’incendie: beaucoup d’évêques, de diocèses, de recteurs de cathédrales ont manifesté leur amitié, leur fraternité, et parfois même ont fait des dons en argent pour permettre que la restauration se fasse. Toutes les épreuves en fait nous rapprochent les uns des autres, c’est le côté positif de l’épreuve, elle nous oblige à tisser plus profondément des liens qui nous unissent les uns aux autres. Dans les temps qui sont aujourd’hui ceux de la pandémie, les églises sont à Paris, comme dans beaucoup d’autres diocèses de France, restées ouvertes, même s’il n’y a plus de célébrations à l’intérieur qui rassemblent l’assemblée, mais les églises restent ouvertes. Et de l’avis des curés que je peux avoir régulièrement au téléphone, ils me disent qu’il n’y a pas de foule, il n’y a pas de rassemblements évidemment, mais les gens viennent y puiser un temps de prière, un temps de méditation, qui les aide à trouver du courage pour vivre ces journées très particulières que nous connaissons tous, en tous cas qu’une moitié de l’humanité connaît aujourd’hui.

Le chantier de reconstruction est désormais à l’arrêt. Pouvez-vous nous rappeler où en était la reconstruction, et est-ce que l’on sait quand et comment les travaux reprendront?

Le chantier s’est arrêté alors que nous n’avions pas encore achevé la première phase, c’est-à-dire la consolidation du bâtiment. Il est bien étayé, les choses sont en place, mais il y avait un élément majeur qui n’avait pas encore été enlevé et qui allait commencer à être démonté, c’est ce fameux échafaudage qui entourait la flèche, qui pèse très lourd, près de 400-500 tonnes je crois, et qu’il faut absolument pouvoir retirer: cela n’a pas été le cas, un an après l’incendie, il est toujours là, mais le bâtiment est suffisamment consolidé pour qu’il n’y ait pas de risques trop graves. Après ce démontage, d’autres étapes étaient envisagées, qui évidemment auront lieu plus tard. Le chantier est, comme vous l’avez dit, à l’arrêt depuis le début du confinement. Il sera redémarré sur décision de l’établissement public, puisque c’est un établissement public qui s’en est vu confier par l’état la responsabilité. Ce sera évidemment en accord avec les exigences du confinement telles que le gouvernement français les a mises en place, et dont nous ne savons pas aujourd’hui quand elles pourront être levées. Pour l’instant je ne peux donc pas vous dire. Ce que je sais, c’est que dès que ce sera possible, en tous cas, le chantier reprendra. Il reste, en termes de chantiers de bâtiments en France, un chantier perçu comme prioritaire.  

15 avril 2020, 07:01