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Des habitants de Caracas font quelques réserves d'eau. Le 27 mars 2020 Des habitants de Caracas font quelques réserves d'eau. Le 27 mars 2020  (AFP or licensors)

Un confinement difficile pour les Vénézuéliens

Dans un pays ravagé par la crise économique, où le quotidien de nombreux habitants était déjà précaire, le confinement décidé par le gouvernement depuis le 17 mars pour enrayer l'épidémie de covid-19 est une nouvelle épreuve. Comment survivre quand on ne peut plus travailler et qu'aucune aide ou presque n'est distribuée ? Le père Rangel témoigne des difficultés rencontrées par les Vénézuéliens depuis plusieurs semaines.

Entretien par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Cela fait deux semaines que le gouvernement du Venezuela a décidé de placer tout le pays en confinement. Le président Nicolas Maduro a pris cette décision radicale alors que le pays ne comptait que quelques cas de covid-19. Mais l'état sanitaire du pays est tel depuis des années que le système de santé ne serait pas en mesure de faire face à une affluence de malades.

Cette décision, censée préserver le pays de l'épidémie et ainsi épargner des vies, aggrave cependant les conditions de vie déjà précaires de millions de personnes qui ne survivent que grâce à de petites travaux qui leur permettent tout juste en temps normal de se nourrir et de subvenir à leurs besoins essentiels.

Le père Balmiro Rangel, curé de la paroisse de Salvador à Caracas et prêtre de la communauté française de la capitale, reconnaît que respecter le confinement est difficile: «ici c'est presque impossible» explique-t-il. Habitué à aller voir les familles chez elles, il décrit des logements exigus: une cuisine, un salon et une chambre dans laquelle vivent souvent cinq personnes. «Comment vont-ils rester des semaines, des mois enfermés ?» s'interroge-t-il. D'autant qu'il n'y a souvent pas d'eau, qu'il n'y a de l'électricité que par intermittence, et parfois pas de gaz pour cuisiner.

Les règles mal appliquées

À cela s'ajoute un problème majeur: la plupart des gens sortent travailler pour gagner de quoi manger le soir. Alors, «qui va leur donner à manger ?» s'inquiète le prêtre. Le gouvernement organise certes des distributions de temps en temps dans certains quartiers mais cela est fait en dépit des règles sanitaires de base.

Dans une vidéo réalisée par un prêtre et partagé avec ses frères du diocèse de Caracas par téléphone, le père Rangel décrit un camion qui distribue quelque chose à la population rassemblée sans distance de sécurité, pointant là une «contradiction» entre ce qui est demandé aux habitants et ce qui est effectivement appliqué par les autorités mêmes.

Distribution de nourriture aux plus pauvres

Le père Rangel, comme plusieurs des autres prêtres de la capitale, poursuit ses distributions de nourriture aux plus pauvres. Mais au lieu de les prévenir par les réseaux sociaux, il se déplace lui-même de maison en maison pour éviter les attroupements une fois par semaine et parfois deux. «On sait que cela ne suffit pas mais on fait tout notre possible pour donner à manger à ceux qui mangent au milieu des ordures,» explique-t-il.

Il porte ainsi seul les aliments aux femmes qui d'habitude préparent les repas au sein de la paroisse, récupère les plats qu'elles laissent devant leur porte et les distribue ensuite. Il part au volant de sa voiture, portant des gants et un masque pour respecter les mesures sanitaires. Parfois il est arrêté par les militaires car il n'a pas théoriquement pas le droit de sortir. «Mais j'essaie de faire mon possible» confie-t-il. Comme tant de prêtres à travers tout le Venezuela.

Témoignage du père Balmiro Rangel
31 mars 2020, 16:14