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Cercueils de victimes du coronavirus transportés en l'église San Giuseppe de Seriate, près de Bergame. 28 mars 2020 Cercueils de victimes du coronavirus transportés en l'église San Giuseppe de Seriate, près de Bergame. 28 mars 2020  (ANSA)

Cette solitude du dernier adieu

Une paroisse de la région de Bergame accueille les cercueils qui ne trouvent pas de place ailleurs pour un ultime adieu, sans parents et amis. À Naples, un prêtre retransmet les funérailles par le biais des réseaux sociaux. Quelques exemples venus d’Italie nous montrent que même dans des conditions éprouvantes, la prière devient consolation.

Federico Piana - Cité du Vatican

Les cercueils ont commencé à arriver lundi dernier, des dizaines de cercueils de toute la province, car les cimetières sont pleins et il n'y a plus de place à la morgue. Les dépouilles sont entassées en attendant d'être hissées sur des camions militaires qui les mèneront aux crématoriums, ceux qui sont encore libres et disponibles. L'église San Giuseppe de Seriate, une ville d’un peu plus de vingt-cinq mille âmes de la province de Bergame, est ainsi devenue le dernier et douloureux avant-poste pour les adieux définitifs à ceux qui n'ont pas réussi à gagner la bataille contre le coronavirus. Tout se déroule dans la solitude: de la mort, dans un isolement total, à l'adieu, sans même un parent présent pour un Pater Noster. Et c'est en défiant cette sombre solitude que les prêtres de la paroisse de Seriate ont eu l'idée de les accueillir eux-mêmes, ces dépouilles.

Un geste d'amour extrême

«Depuis que nous avons fait part de notre disponibilité, lundi dernier, plus de soixante-dix cercueils sont passés et leur nombre ne cesse d'augmenter. Nous faisons une prière et une bénédiction pour tous, car nous voulons faire savoir aux familles des victimes qu'il y a quelqu'un qui prie pour elles, qu'elles ne sont pas abandonnées», explique Don Marcello Crotti, un des vicaires de la paroisse, la gorge nouée. L'infamie de cette pandémie marque le regard de Don Marcello: «De nombreuses familles voient leur parent sortir dans une ambulance et s'il ne s'en sort pas, elles ne le revoient plus, au sens littéral du terme. Il leur est rendu enfermé dans une caisse». Comme l'une de celles que sa paroisse accueille et bénit, à la fois de manière chrétienne et humaine: «Pour nous, il est important que la famille sache qu'au moins ici, elle a reçu ce geste d'amour». Les proches ne peuvent même pas entrer dans la salle paroissiale où sont entassés les cercueils, ils n’y sont pas autorisés. «Les proches, explique Don Marcello, peuvent seulement attendre le jour où ils pourront les "réembrasser" dans l'urne à cendres».

La solitude des cimetières

Mais ceux qui choisissent l'enterrement pour leurs chers disparus ne sont certainement pas plus consolés. Les cimetières de la région de Bergame, et en général de presque tout le nord de l’Italie, se remplissent rapidement. «Nous célébrons les funérailles directement au cimetière avec un ou deux parents, et c’est aussi parce qu’ils sont presque tous en quarantaine», explique Don Marcello, qui assure que son église continuera à recevoir des cercueils, jusqu'à ce que la pandémie cesse. C'est un geste d'amour qui monte du cœur, répète-t-il.

Funérailles «en ligne»: une prière de consolation

Un baume de consolation coule aussi au sud de la péninsule, à Naples. Don Salvatore Giuliano est le curé de la Basilique de San Giovanni Maggiore. Il veut essayer de combler la douleur des familles privées de la possibilité d'assister à des funérailles en utilisant le bon côté de la technologie. «Je transmets les rites funéraires via les réseaux sociaux, explique-t-il. De cette façon, tous les parents et amis peuvent être virtuellement présents et c'est une façon de se sentir en famille». Même d'une manière aussi inhabituelle, la prière peut devenir une consolation.

28 mars 2020, 15:17