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Vatican News
Une groupe de religieuses devant un cimetière de Bergame, au nord de l'Italie, le 20 mars 2020. Une groupe de religieuses devant un cimetière de Bergame, au nord de l'Italie, le 20 mars 2020.  (AFP or licensors)

La guerre silencieuse des religieuses d'Italie contre le coronavirus

En Italie, dans les hôpitaux ou depuis le cloître, les femmes consacrées s’engagent dans la lutte contre cette épidémie, au risque d’y perdre leur vie.

Federico Piana- Cité du Vatican

Une armée efficace est déployée dans la lutte contre la pandémie de coronavirus: il s'agit de la discrète et presque invisible armée des religieuses, dont plusieurs sont directement affectées par la maladie, partageant le sort de milliers de personnes dans le monde et en Italie. Le service de beaucoup d'entre elles au contact direct de la population les expose particulièrement au risque de contagion, mais, qu'elles soient infirmières ou cloîtrées, qu'elles s'occupent des plus pauvres ou qu'elles viennent en aide aux familles des personnes touchées par la maladie, elles portent toutes deux armes puissantes : la prière et l'amour.

Les congrégations hospitalières sont naturellement particulièrement actives. Ainsi, les Sœurs de Saint-Camille gèrent cinq hôpitaux dans toute l'Italie, à Rome, Trente, Trévise, Brescia et Crémone. Dans ces trois dernières villes, leurs institutions sont chargées d'aider les personnes infectées par le Covid-19, s’exposant donc directement au risque de contagion.

Prêtes à donner leur vie pour les autres

«Dans toutes nos structures, il y a des infirmières qui, en cette période, risquent leur vie avec abnégation» explique sœur Lancy Ezhupara, directrice de l'hôpital Saint Camille de Trévise et secrétaire générale de l'ordre. Mais ses sœurs n'ont pas peur, au contraire : «Nous, les Filles de Saint-Camille, faisons un quatrième vœu, en plus des trois vœux classiques de pauvreté, d'obéissance et de chasteté : celui de servir les malades même au prix de notre vie. Peut-être que dans les années passées, pour beaucoup d'entre nous, le quatrième vœu était devenu un peu flou, mais aujourd'hui il revient avec force à son extrême actualité».

Dans leur hôpital de Trévise, il y a plus de cent places pour recevoir les personnes infectées, mais les difficultés sont innombrables car il y a un manque d'instruments sanitaires. «Mais nous, en tant qu'Église, en tant que religieuses et en tant que peuple, nous ne reculons certainement pas», explique Soeur Lancy, qui trouve du réconfort dans la réaction de ses sœurs, prêtes à tout pour être proches de ceux qui souffrent : «Leur totale disponibilité me fait bouger. Elles sont conscientes qu'elles peuvent mourir mais je le répète : la force nous est donnée par la prière, l'intercession de Saint Camille et notre quatrième vœu».

La prière, arme gagnante

L'autre front essentiel pour la victoire est celui de la prière constante. Ici aussi, d'Aoste à Palerme, les religieuses sont en première ligne. Il y a celles qui prient le chapelet à l'aide de mégaphones placés sur les balcons de leur monastère, celles qui partagent les neuvaines et les prières avec les réseaux de communication numérique, mais aussi celles qui, dans la solitude de leur clôture, ont multiplié les sacrifices et les mortifications.

À Bergame, l'un des centres les plus touchés par la pandémie, se trouve le monastère bénédictin de Santa Grata. La supérieure est Sœur Maria Teresa et elle tient à souligner qu’elles sont parfaitement informées de la crise tragique que leur région traverse actuellement. Et c'est précisément en ce moment malheureux que les femmes cloîtrées ont intensifié leur prière : «En effet, nous faisons un véritable marathon de prières, explique la religieuse. On nous demande du monde entier et nous nous sommes volontiers armés de chapelets, de neuvaines et de "Credi", une ancienne prière, une tradition de notre monastère, que nos ancêtres utilisaient en cas de calamité».

En plus de la prière, il y a la proximité, le partage de la douleur. «Toutes les religieuses sont en contact téléphonique avec le personnel soignant de l'hôpital de la ville, qui s'effondre actuellement : elles nous parlent de la tragédie vécue en première personne. Nous faisons notre part sans oublier que le corps a aussi une âme qui doit être défendue, sauvée», explique sœur Maria Teresa. C’est donc aussi sur ce terrain de l’âme que se joue la guerre contre le coronavirus et qu’elle peut être gagnée.

21 mars 2020, 17:29