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Des syriens déplacés en route pour Idleb, le 28 janvier 2020 Des syriens déplacés en route pour Idleb, le 28 janvier 2020  (AFP or licensors)

Les chrétiens de Syrie consolés par l’appel du Pape François

Dimanche, lors de l’Angélus, le Pape François a de nouveau confié sa douleur devant l’escalade militaire en cours en Syrie, notamment dans la province d’Idleb. La préoccupation qu’il manifeste pour ce pays martyrisé, et cela depuis le début de son pontificat, est une consolation pour les chrétiens qui s’y trouvent encore. Témoignage.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

«De douloureuses nouvelles continuent d’arriver du nord-ouest de la Syrie, en particulier sur les conditions de tant de femmes et d’enfants, de personnes contraintes à fuir en raison de l’escalade militaire. Je renouvelle mon appel pressant à la communauté internationale et à toutes les parties concernées afin qu’elles se servent de moyens diplomatiques, du dialogue et des négociations, dans le respect du Droit humanitaire international, pour sauvegarder la vie et le sort des civils». Lancé depuis les appartements pontificaux du palais apostolique, cet appel du Pape François renvoie au contexte actuel du nord-ouest syrien où la province d’Idleb, frontalière de la Turquie et tenue en grande partie par des groupes jihadistes et rebelles, fait l’objet d’une vaste offensive de l’armée syrienne, appuyée par l’aviation de l’allié russe.

La violence des combats et des bombardements touchent de plein fouet les populations civiles ; plus de 3 millions de personnes – dont beaucoup de femmes et d’enfants-  se retrouvent ainsi piégées dans des zones de guerre. Environ 700 000 d’entre elles ont dû fuir la région ces derniers mois ; sans parler de milliers d’autres qui ont été tuées par des frappes aériennes. Ce sont ces populations vulnérables et privées de tout, que le Pape exhorte à protéger.

Nous avons recueilli le témoignage du père Ibrahim Alsabagh, curé de la paroisse saint François d’Alep ; la ville syrienne, voisine de la province d’Idleb, est encore touchée par les bombardements. Et c’est avec anxiété que les Aléppins suivent la situation .

Témoignage du père Ibrahim Alsabagh

Nous savons que la guerre ne fait aucune différence entre les parties.  Il y a toujours la mort, la terreur, les blessures, psychologiques et corporelles. Pour notre part, ici à Alep, depuis le 12 janvier,  nous comptons 17 morts parmi les civils -dont beaucoup d’enfants et de femmes- et plus de cent blessés. Je me demande toujours : s’il en est ainsi à Alep, à cause des missiles qui tombent sur la ville, qu’en sera-t-il à Idleb en terme de morts et de blessés?

Reste-il encore des chrétiens dans la province d’Idleb? Avez-vous des contacts avec eux?

Il y a une communauté de 700 chrétiens, de plusieurs confessions : latins catholiques, grecs-orthodoxes, et arméniens. Il n’y a plus aucun prêtre, hormis 2 prêtres latins, deux frères franciscains qui ont toujours vécu là-bas et qui ne veulent pas quitter le peuple. La situation actuelle, comme par le passé, est terrible: beaucoup de limites, de mesures, des persécutions… Et en même temps, il y a la volonté de ne pas quitter  les terres et les maisons, de continuer à prier ensemble et de porter la croix, avec l’espoir de jours meilleurs.

Ces limites et cette persécution dont vous parlez, sont-elles imposées par les groupes jihadistes?

Oui, il faut par exemple éliminer les croix autour des églises, aucune visibilité n’est permise pour les chrétiens, même pour les frères, qui ne peuvent pas porter l’habit religieux ; tous les signes de religiosité sont interdits. Les femmes doivent se couvrir le corps et la tête. Il y a également beaucoup de mesures qui limitent les mouvements et touchent à la vie quotidienne.

Dimanche, lors de l’Angélus, le Pape a lancé un appel pour les civils d’Idleb. Avez-vous été touché par cet appel, qui n’est d’ailleurs pas le premier?

J’ai vraiment été beaucoup touché.  Chaque fois que j’écoute le Pape qui intervient (sur la Syrie), je suis plein de consolation. D’abord parce que nous avons besoin de quelqu’un qui parle à la communauté internationale, laquelle, je le crois, n’a pas tiré les leçons des deux guerres mondiales, ni des autres conflits.

Nous, communautés, qui vivons dans la persécution et les difficultés, nous nous sentons consolés, nous sentons que notre père, le Pape François, partage nos souffrances; et par son appel, c’est toute l’Église universelle qui est proche de nous, qui prie et n’oublie pas les chrétiens et les Syriens de toutes les confessions.

11 février 2020, 08:25