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Tanya, le parcours de foi d’une jeune thaïlandaise

«Il y a parfois des histoires inattendues, inimaginables. Mais cela s’est produit». Née dans une famille thaïe de confession bouddhiste, Tanya s’est convertie au catholicisme. La visite du Pape au mois de novembre dans son pays, la Thaïlande, lui a donné la force de «commencer sa vie publique».

Marie Duhamel - Cité du Vatican

C’est à l’école élémentaire que Tanya a découvert le christianisme. En Thaïlande, l’Église gère plus de 370 établissements où sont scolarisés plus de 500 000 élèves, un chiffre nettement supérieur au nombre de catholiques qui sont moins de 390 000 dans le pays.

Les universités, lycées, écoles élémentaires ou maternelles jouissent d’une très bonne réputation, mais ce n’est pas ce qui motiva jadis le choix des parents de Tanya. Bouddhistes, comme plus de 95% des Thaïlandais, ils ont scolarisé leur fille dans une école catholique pour des questions pragmatiques. Le bâtiment n’était pas loin.

Venir à l’Église par attraction

Il n’était pas question que la petite fille devienne catholique, et pourtant celle-ci se sent très jeune interpellée par l’Évangile, et en particulier par les premiers versets du Livre de Jean: ‘Au commencement était le Verbe (…) Et le Verbe s’est fait chair’. «À l’époque, je n’ai rien compris», confie-t-elle. Mais alors mille questions jaillissent dans son esprit. La fillette comprend que quelque chose lui manque et la pousse à chercher, «peut-être l’Esprit Saint ?». Elle devine qu’elle ne sera pas en paix, tant qu’elle n’aura pas de réponse. Tanya pressent l’importance de ces versets et se fait le serment de comprendre, un jour, ce «mystère» qu’on lui annonce.

Son réveil spirituel, elle le doit aussi à l’un de ses professeurs d’école «très bon et très ouvert», qui bien que catholique n’a jamais cherché, assure-t-elle, à convertir ses étudiants. «Il m’a beaucoup aidé sur mon chemin de foi». Grâce à lui, elle réalise que le christianisme est «sa vie», que «c’est ce que (elle) veut et cherche».

Forte de cette conviction, la jeune adolescente veut demander le baptême. À 12 ans, elle sollicite sa grand-mère qui est proche des jésuites. «À l’université, un de ses professeurs était jésuite et j’ai découvert que c’était lui qui avait fait son discours de mariage». Mais la médiation de sa grand-mère est un échec. Ses parents sont bouddhistes pratiquants. «Cela s’est très mal passé.»

«Après cela, je n’ai plus parlé.» Elle cache à sa famille son attraction pour Jésus et pour le christianisme, mais elle y pense toujours et se promet de se convertir «si un jour» elle a l’occasion ou «la chance» de pouvoir «avancer dans sa foi et demander le baptême».

Son silence dure des années. À Bangkok, il n’est pas question d’en parler ni au collège, ni à l’université.

Accueillie à l’église Saint Ignace

Finalement, la France lui offrira la possibilité de «revenir à la promesse qu’elle avait faite petite fille au Seigneur». Après trois ans de français au lycée, Tanya a obtenu une bourse du gouvernement français pour faire un master dans une grande école de la capitale, où ses parents la laissent partir en 2015.

Tanya et ses amis de l’aumônerie de Sciences Po Paris.
Tanya et ses amis de l’aumônerie de Sciences Po Paris.

Dans les locaux de Sciences-Po, la jeune thaïlandaise a bien du mal à trouver un lieu pour travailler. La bibliothèque est prise d’assaut et avec une amie, elle se replie dans ce qu’elle pense être un espace de travail. Elle s’y trouve bien et y revient pour découvrir qu’il s’agit en réalité de l’aumônerie !  «Et là, c’était très sympa, tout de suite, quelqu’un m’a proposé d’aller à la messe à l’église Saint Ignace… Je crois que c’était le début de mon chemin.»

La première fois que Tanya est entrée dans l’église de la rue de Sèvres, «c’était comme un mirage». La jeune femme a du mal à trouver ses mots. L’expérience est presque mystique. Elle reconnait le lieu, sans l’avoir jamais vu. Une voix lui dit qu’ici, c’est une maison. Elle s’y sent accueillie.

Avec des étudiants du Centre Sèvres
Avec des étudiants du Centre Sèvres

L’attachement de Tanya à la spiritualité ignacienne se renforce au point de la pousser à poursuivre ses études au Centre Sèvres, une institution universitaire ouverte par les jésuites en 1974, spécialisée dans l’étude et la recherche en philosophie et en théologie. Elle est la plus jeune étudiante et la seule thaïlandaise de sa faculté. Lorsqu’elle parle de ses études, Tanya est traversée par un sourire, enthousiaste. Elle reconnait toutefois avoir encore du chemin à faire pour comprendre certaines de ses leçons, comme celles de Christophe Théobald, son ancien professeur de théologie fondamentale et dogmatique.

Pour l’apprentissage de la langue et pour l’avoir accompagnée sur son chemin de foi, Tanya exprime sa gratitude au père Jacques Enjalbert, à son propriétaire et à ses amis d’études. Certains furent surpris par son baptême. Elle l’a reçu en 2018 à l’Eglise Saint-Ignace à Paris.

Tanya le jour de son baptême en l’église Saint-Ignace, à Paris
Tanya le jour de son baptême en l’église Saint-Ignace, à Paris

L’évangélisation

Tanya est rentrée à Bangkok l’an dernier. À 26 ans, elle travaille en anglais dans une banque japonaise. La jeune femme souligne pourtant combien l’argent doit être un moyen et non une finalité, surtout au sein de l’Église: «Il faut être dans le monde mais pas du monde», affirme-t-elle, évoquant à nouveau l’Évangile de Jean.

Comme beaucoup de jeunes, elle dit chercher encore sa vocation, «son vrai désir, Sa Volonté véritable». Elle continue à chercher avec l'aide de la prière et avec cette phrase de saint Ignace de Loyola à l’esprit: «Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu.» Et Tanya ne se laisse pas décourager.

Elle regrette de voir les jeunes thaïs ne rechercher que des choses matérielles. «Ils se concentrent sur ce qu’ils peuvent toucher. Et s’ils ne vont pas à l’église c’est que, pour eux, cela ne veut rien dire. Ils se demandent à quoi cela sert. On en revient toujours à la question de l’utilité». Tanya évoque le cas de sa sœur qui, lui semble-t-il, «ne sent rien du tout». Tanya la voit «indifférente» à la religion car, «sans elle, on peut très bien vivre tranquillement et sans problème».

La jeune femme aimerait réactiver leurs cœurs, afin que ces camarades sachent regarder au-delà de ce que leurs yeux permettent de voir, penser au-delà de ce que leur dit la science ou leur intellect. «Il s’agit, insiste-t-elle, d’une question existentielle».

Evidemment, changer d’optique ou de mentalité n’est pas facile car «cela implique un travail en profondeur» reconnait Tanya. Mais celle-ci ne s’avoue pas vaincue, au contraire. En dehors de ses horaires de travail, elle rédige des articles sur le christianisme pour un site internet (https://themomentum.co/author/tanyabhorana/).

En ligne, elle s’efforce de recourir à un vocabulaire «concret» et «brut» qui soit adapté aux jeunes et plus largement accessible aux Thaïlandais non chrétiens. En effet, note-t-elle, la traduction de la Bible ou encore la langue liturgique appartiennent à un niveau de langue «royal», autrement-dit, incompréhensible pour la majeure partie des gens.

La vie publique

Elle veut faire connaître son église à tous, et cela signifie aussi bousculer les préjugés que pourraient avoir les Thaïs. Par exemple, chez les bouddhistes, le monde clérical et le monde laïc sont deux univers distincts, or dans l’église, les prêtres ne sont pas des personnes lointaines ou inaccessibles, insiste-t-elle. «Ils ont aussi l’impression que le christianisme, c’est Jésus qui cherche à nous forcer à quelque chose, qu’il nous prive de liberté, or c’est tout le contraire !» Comment expliquer cette sensation ? Peut-être parce que dans la culture thaïe, explique-t-elle, la parole de l’adulte et «de l’ancien» ne peut être remise en question. «Les jeunes sont invités à se taire».

Avec la visite du Pape, son activité sur internet a augmenté. Tanya a été contactée par un important journal en ligne (https://thestandard.co/author/tanyabhorana/) pour parler de François et de l’Église. Avec ses articles en thaï, elle veut capter l’attention de ses lecteurs qui ne connaissent que très peu de chose du catholicisme.

Elle a écrit aussi bien sur la bière trappiste que sur les synodes. Nombre de ses récents écrits portaient également sur le Pape. Comme l’église locale, elle parle de «l’homme de bonté» et du «chef spirituel» mais également de l’homme qui a connu des difficultés: de son passé lors de la dictature en Argentine, de ce qui l’enjoint à dénoncer les inégalités. Elle parle de l’homme de foi et de l’homme d’État. «Mes lecteurs étaient très intéressés par la manière dont le Pape est intervenu entre les Etats-Unis et Cuba», plus généralement par la diplomatie du Saint-Siège. 

Le sourire de Tanya après la messe célébrée par le Pape François dans le stade national de Bangkok
Le sourire de Tanya après la messe célébrée par le Pape François dans le stade national de Bangkok

En se rendant en Thaïlande, le Saint-Père est venu encourager la petite communauté catholique à évangéliser en témoignant de l’Évangile, dans le sillon des premiers missionnaires arrivés dans le pays au XVIème siècle. Le Pape l’a affirmé lors de la messe au stade national de Bangkok, et Tanya en a pris acte. Elle poursuivra son travail d’évangélisation.

La venue du Saint-Père au pays du sourire pourrait également engendrer un changement de vie important pour la jeune femme. S’en trop y croire, Tanya avait formulé, en silence, un autre vœu. Si le Pape venait un jour dans son pays, elle s’était fait le serment de «commencer sa vie publique». Or François est venu prier avec eux. Il est ainsi «possible, et fort probable»  qu’elle parle bientôt à ses parents, qui ne savent pas encore que leur fille s’est convertie. Elle aimerait juste trouver «le bon moment» pour le leur dire «sans les blesser» et «avec gentillesse» afin qu’ils comprennent que si elle leur parle, c’est parce qu’elle les «aime beaucoup» et qu’elle aimerait qu’ils la connaissent «vraiment».

 

05 février 2020, 11:30