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La statue du Nazaréen Noir assaillie par les participants à la procession dans les rues de Manille, le 9 janvier 2020 La statue du Nazaréen Noir assaillie par les participants à la procession dans les rues de Manille, le 9 janvier 2020  (ANSA)

Les catholiques philippins se rassemblent à Manille autour du Nazaréen noir

Chaque 9 janvier, une gigantesque procession se déroule dans les rues de la capitale philippine en l’honneur du “Nazaréen noir”, statue en bois grandeur nature figurant Jésus de Nazareth portant la croix du Calvaire. Cette journée si particulière a débuté par une messe de minuit, présidée par le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque émérite de Manille, Préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples depuis le 8 décembre dernier. Le prélat a lancé un appel à la paix entre l’Iran et les États-Unis.

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

La statue du Nazaréen noir a encore attiré les foules cette année: dans les rues de Manille, des millions de fidèles philippins (4 millions selon certaines sources) ont participé à cette procession au cours de laquelle la ferveur se manifeste sans réserve. Chacun veut approcher le char sans roues tiré par une corde, sur lequel est placée la statue miraculeuse. Il n’est donc pas rare de voir les fidèles se livrer à de périlleuses escalades pour parvenir à toucher ou effleurer le Nazaréen noir. Le parcours, long de six kilomètres, reliant l'église saint Nicolas de Tolentino à la paroisse de Quiapo, était hautement sécurisé: 12 000 policiers déployés, et des dizaines de postes de secours prêts à accueillir les victimes de malaises ou de blessures. Dans la cohue qui s'est formée autour de la statue, un grand nombre de fidèles se sont évanouis, ou ont été victimes de coups ou de coupures. Quelques heures après le début de la procession, la Croix Rouge a indiqué avoir porté assistance à 300 personnes, des chiffres conformes à ceux des années précédentes.

Quatre siècles d’histoire

L’histoire de cette tradition religieuse remonte au 17e siècle. En 1607, la statue parvient aux Philippines depuis le Mexique, en même temps que les premiers missionnaires augustins. À son arrivée, elle est déjà considérée comme miraculeuse, étant sortie intacte de l’incendie du 31 mai 1606 qui s’était déclaré à bord du bateau des missionnaires. C’est au cours du sinistre que le bois de la statue, clair à l’origine, prend sa teinte sombre… d’où ce nom de “Nazaréen noir”. Déplacée d’une église à l’autre de Manille, la statue connait une ultime translation le 9 janvier 1787, sur l’ordre de Mgr Basilio Sancho de Santas Justa. Elle est alors placée en l’église de Quiapo, actuellement Basilique du Nazaréen noir. Là aussi, la statue survit à bien des péripéties: incendies de l'église en 1791 et en 1929, grands séismes de 1645 et de 1863, bombardement de Manille en février 1945.

La dévotion envers le Nazaréen noir n’a jamais faibli au cours des quatre derniers siècles. Elle est favorisée par le Saint-Siège en 1650, lorsque le Pape Innocent X institue canoniquement la Confrérie de Jésus Nazaréen. Pie VII, au 19° siècle, accorde quant à lui l’indulgence plénière «à qui prie de manière pieuse» le Nazaréen noir. Outre le 9 janvier, la statue est exposée à la vénération des fidèles le jour du Nouvel an et chaque Vendredi saint.

Prier pour que cesse la spirale de la vengeance

Au cours de la messe de minuit célébrée ce jeudi, le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque émérite de Manille, récemment nommé préfet de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a lancé un appel à la paix devant les milliers de fidèles rassemblés au parc Rizal, dans la capitale philippine. Dans un contexte de tensions croissantes entre l'Iran et les États-Unis, il a demandé de prier pour que «ne se produise pas une escalade de la vengeance entre les États-Unis et l’Iran». «Nous sommes préoccupés par ce qui arrive dans certaines parties de notre monde. Il y a le risque que la violence ne dégénère en conflit ouvert» a déclaré le cardinal Tagle, avant de lancer: «prions pour la sécurité de nos voisins au Proche-Orient afin que les désirs de destruction et de vengeance disparaissent». Le prélat a aussi évoqué les nombreux philippins qui vivent au Proche-Orient pour des raisons professionnelles.

Le gouvernement philippin a récemment ordonné l’évacuation des travailleurs philippins en Irak et en Iran à cause du climat d’instabilité et des risques sécuritaires. Selon le Ministère du travail, 2191 philippins travaillent en Irak, certains dans des structures américains, et plus de 1180 résident en Iran, dont des femmes mariées à des iraniens. Au total, plus de 2,1 millions de travailleurs philippins sont présents dans l’ensemble du Proche-Orient. 

(Avec AFP et Fides) 

09 janvier 2020, 10:16