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Mr Antoine de Romanet, évêques aux armées françaises Mr Antoine de Romanet, évêques aux armées françaises  

Mgr de Romanet: face au nucléaire, entrer dans une dynamique de fraternité

Le passage du Pape François à Hiroshima et Nagasaki dimanche 24 novembre, dans le cadre de son 32e voyage apostolique, sera un moment historique, où le Saint-Père délivrera un message sur les armes nucléaires. La question du désarmement nucléaire et de la détention de l’arme atomique a déjà fait l’objet de nombreuses interventions de la part de l’actuel Souverain Pontife et de ses prédécesseurs. Pour mieux comprendre les enjeux actuels de ce sujet complexe, Mgr Antoine de Romanet, évêque aux Armées françaises, nous apporte son éclairage.

Entretien réalisé par Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican  

Face au défi considérable du nucléaire, oser incarner l’Évangile, déceler dans le magistère des Papes les ressources nécessaires pour discerner et agir: telle est en substance la recommandation de l’évêque aux Armées françaises, Mgr de Romanet, qui a déjà rédigé plusieurs interventions sur le sujet.

Entretien avec Mgr de Romanet

En 2019, neufs États (dont la France) détiennent 13 865 armes nucléaires, dont 3 750 déployées et 2 000 en état d’alerte permanent. Depuis 1945, plus de 125 000 ogives nucléaires ont été construites. Les arsenaux nucléaires existants sont en cours de modernisation, voire d’augmentation dans certains États. Après son dramatique usage sur Hiroshima et Nagasaki en août 1945 – les deux bombardements ont fait entre 155 000 et 250 000 morts -, l’arme atomique ne semble pas vouloir être délaissée par ceux qui la possèdent: «ainsi semble s’ouvrir une nouvelle saison de confrontation nucléaire inquiétante, car elle annule les progrès du passé récent, et multiplie  le risque de guerre», soulignait le Pape François en mai 2019.

L’apport de Laudato Si’

Le Souverain Pontife argentin, qui a déjà condamné la détention et l’utilisation des armes atomiques, «donne des clés de discernement tout à fait essentielles», rappelle Mgr de Romanet, en particulier dans son encyclique Laudato Si’ : «le temps est supérieur à l’espace, l’unité prévaut sur le conflit – tout est lié-, la réalité est plus importante que l’idée, le tout est supérieur à la partie».

Lorsqu’on réfléchit à la manière d’éviter la prolifération et d’envisager un monde sans armes nucléaires, plusieurs questions d’ordre géopolitique et diplomatique se posent: celle, «fondamentale, de l’articulation des relations entre les États-nations», ou encore «comment trouver un principe d’organisation de bien commun qui soit supérieur aux intérêts personnels de chacune des parties concernées» ?

Il y aussi de sérieuses objections: «si l’on supprime totalement les armes nucléaires, le danger c’est que quelqu’un la re-fabrique dans son coin et prenne le pouvoir d’une manière totalitaire. “Si vous mettez le nucléaire hors-la-loi, seuls les hors-la-loi utiliseront le nucléaire”», fait remarquer l’évêque aux armées françaises.

Une approche plus profonde

Mais alors, la dénucléarisation est-elle une utopie? Non, à condition de ne pas s’arrêter à l’aspect technique, mais d’entrer dans une dimension morale et spirituelle. «Si nous continuons à être dans une réalité de rapports de pouvoir et de rapports de puissance, alors nous courons à la catastrophe», estime Mgr de Romanet. À ses yeux, «il faut que l’homme puisse reprendre la main sur sa conscience, (…) que notre réalité humaine de fraternité devienne absolument première».

À l’heure actuelle, «la nouveauté, c’est la manière dont nous prenons conscience de l’unité de destin de la planète entière», notamment par l’écologie intégrale. «Cette unité du genre humain nous invite à comprendre toutes ces questions sur un registre nouveau, qui est un registre de solidarité et de fraternité tout à fait décisif», souligne le prélat. Pour les chrétiens, cela signifie de «répondre à l’invitation du Seigneur à se soucier de notre frère».

Se soucier de son prochain et du bien commun

La responsabilité n’est donc pas seulement nationale mais avant tout individuelle. «Si ces questions concernent l’humanité dans son ensemble et le salut de l’humanité, elles concernent aussi chacun d’entre nous et le salut de chacune de nos âmes». Il faut déterminer «quelle est la part qui nous revient et que nul ne fera à notre place». Choisir un amour plus universel, désintéressé et confiant. «Si nous ne permettons pas à nos frères de vivre une vie digne et équilibrée, nous fabriquons d’autres bombes qui, sans être atomiques, peuvent être tout aussi dévastatrices», poursuit Mgr de Romanet, car c’est de la «justice, du respect et de la fraternité que la paix pourra jaillir d’une manière positive et heureuse, sous le regard du Seigneur». Sur ce chemin, le dialogue interreligieux et l’éducation ont une place prépondérante, comme le précise l’évêque aux armées françaises.

La visite du Pape François à Hiroshima et Nagasaki est quant à elle un pas important. Mgr de Romanet estime que le cri du Saint-Père «peut rejoindre la conscience de tous les hommes sur cette terre», pour qu’ils entrent enfin «dans une dynamique de collaboration, de respect, de fraternité, de solidarité, de bien commun».

23 novembre 2019, 14:59