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Vatican News
Manifestation à Tegucigalpa, Honduras, le 9 octobre 2019. Ici des soutiens du président Juan Orlando Hernandez. Manifestation à Tegucigalpa, Honduras, le 9 octobre 2019. Ici des soutiens du président Juan Orlando Hernandez.  (AFP or licensors)

Les évêques du Honduras réveillent les consciences face aux injustices

Vendredi 11 octobre, la Conférence épiscopale du Honduras a pris la parole alors que le pays traverse une «page douloureuse de l'histoire nationale». Dans leur message adressé «aux catholiques et aux personnes de bonne volonté », les évêques appellent à remettre le bien commun au cœur des aspirations de chacun.

Cécile Mérieux – Cité du Vatican

L’heure n’est pas à l’accalmie au Honduras. Les gangs et cartels de la drogue entretiennent la violence et l’insécurité. Les communautés autochtones sont victimes de l’accaparement des terres par les industries extractives. Trois jours avant la publication du message des évêques, un nouveau leader paysan était assassiné, en toute impunité. La veille, des centaines de manifestants à Tegucigalpa, la capitale, ont réclamé la démission du président Juan Orlando Hernandez, accusé de corruption.

Les évêques profitent de ce mois missionnaire extraordinaire pour rappeler «la vocation de l’Église, envoyée pour annoncer l’Évangile de la Vie». Cependant, ils précisent qu’il ne s’agit pas uniquement de témoigner de la joie de la Bonne Nouvelle. Il faut également s’opposer à ce qui la contrarie : «[annoncer le Christ] induit logiquement de dénoncer tout ce qui nie la vie, qui nuit au développement personnel et communautaireCela a des répercussions  sociales et politiques profondes et graves, contre lesquelles les évêques, en tant que pasteurs, ne peuvent rester indifférents». C’est pourquoi les prélats énumèrent cinq points de contestation ou d’exhortation pour mobiliser la société hondurienne et lui indiquer le bon chemin.

Lutter contre les fléaux

En premier lieu, leur message déplore la persistance de ce que le Pape François a appelé le «fléau du trafic de drogue». Ce commerce illicite entretient le climat d’insécurité et d’injustices et est la cause de nombreux morts. C’est un mal dont les institutions honduriennes sont imprégnées selon les évêques, et qui nuit à l’image du pays auprès des autres nations.

Les évêques accusent les institutions chargées du développement social et l’épanouissement de la société d’agir de concert avec ces organisations frauduleuses. Ils pointent du doigt les politiciens qui se sont laissés aller à la corruption, et relatent qu’«ils ont pactisé avec le crime organisé, oubliant que l'éthique les obligeait avant tout à assurer le bien commun et non leur bénéfice personnel ou celui de leur clan». La population est la première victime des lacunes des institutions, qui n’assurent pas ses besoins fondamentaux.  «Les politiciens ont coutume d'ignorer complétement le peuple, de parler en son nom et de conclure des pactes qui ne profitent aucunement au peuple», se désole l’épiscopat.

Venir en aide aux émigrants

La Conférence des évêques évoque également le cas des migrants latino-américains. Il s’agit d’un véritable «chemin de croix» qu’endurent les réfugiés de passage en Honduras, ainsi que les émigrés honduriens. D’après les chiffres donnés, plus de 87 330 Honduriens ont dû quitter le pays depuis le début de l’année 2019, sur un total de 9,3 millions habitants. Les évêques appellent à l’organisation de «la Pastorale de la Mobilité Humaine dans chaque paroisse et dans tous nos diocèses. Non seulement pour aider ceux qui se voient contraints d'émigrer, mais aussi pour défendre le droit de ne pas être obligé de quitter son pays».

Alors que le gouvernement entérine un nouveau code pénal, il est accusé de ne pas avoir pris en considération les revendications du peuple. De concert avec d’autres institutions populaires, la Conférence des évêques affirme son opposition à l’entrée en vigueur de ce nouveau code pénal, qui selon elle ne répondra pas aux attentes de la société hondurienne.

Conscience et espérance patriotiques

Les évêques exhortent tous les citoyens, quels que soient leur milieu social ou leur fonction sociale, à agir ensemble pour la paix et le bien commun. «Cette tâche exige une sérieuse révision des valeurs, préviennent-ils, en particulier des valeurs morales, des comportements et des acteurs pour qu’ils soient disposés à assurer le respect de la loi, avec transparence et fidélité, qu’ils combattent pour établir la justice; une justice qui permet de construire un pays avec équité et nous aide à surmonter cette page douloureuse de l'histoire nationale».

L’épiscopat hondurien tend à réveiller les consciences, afin que tous ceux qui participent de près ou de loin aux commerces illégaux laissent de côté les intérêts égoïstes ou partisans, et remettent au cœur de leurs actions l’intérêt commun et patriotique. Il appelle enfin à ne pas perdre espoir. «En dépit de la situation, notre foi en Jésus-Christ qui a vaincu la mort doit maintenir l'espoir en nous de croire que le changement est possible, concluent les évêques, en surmontant la tentation de la frustration, pourvu que chacun accomplisse  la tâche qui lui incombe, exigeant avec fermeté et détermination que les institutions et les gouvernants le fassent également».

16 octobre 2019, 17:02