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Christus vivit: les jeunes et l’Évangile, le kérygme et les manches retroussées

Un an après le Synode sur les jeunes, des garçons et des filles du monde entier se confrontent avec "Christus vivit", l'exhortation apostolique du Pape François. Grandir dans la foi. Oui, mais comment ? Le Pape se le demande au 7e chapitre de “Christus vivit”, dans lequel il écrit que les jeunes mûrissent si on utilise avec eux «le langage de la proximité» et si on offre «des lieux appropriés» pour en faire l’expérience. Tamandani Kamuyanja, une jeune fille de 25 ans originaire du Malawi, le confirme. Elle explique que l’engagement dans un mouvement ecclésial lui a appris à aimer l’Évangile.

Extraits de Christus Vivit, paragraphes 209 à 220:

209. Je voudrais simplement souligner brièvement que la pastorale des jeunes comporte deux lignes d’action. L’une est la recherche, l’invitation, l’appel qui attire de nouveaux jeunes à faire l’expérience du Seigneur. L’autre est la croissance, le développement d’un chemin de maturation pour ceux qui ont déjà fait cette expérience.

210. En ce qui concerne la première, la recherche, je fais confiance à la capacité des jeunes eux-mêmes, qui savent trouver les chemins attrayants pour appeler. Ils savent organiser des festivals, des manifestations sportives, et même ils savent évangéliser par les réseaux sociaux avec des messages, des chansons, des vidéos et d’autres interventions. Il faut seulement stimuler les jeunes et leur donner une liberté pour qu’ils s’enthousiasment en devenant missionnaires dans les milieux des jeunes. La première annonce peut éveiller à une expérience profonde de foi au beau milieu d’une “retraite de choc”, pendant une conversation dans un bar, dans un moment de détente à l’université, ou par n’importe lequel des chemins insondables de Dieu. Mais le plus important est que chaque jeune ose semer la première annonce dans cette terre fertile qu’est le cœur d’un autre jeune.

211. Dans cette recherche, il faut privilégier le langage de la proximité, la langue de l’amour désintéressé, relationnel et existentiel qui touche le cœur, atteint la vie, éveille l’espérance et les désirs. Il est nécessaire de s’approcher des jeunes avec la grammaire de l’amour, non pas par prosélytisme. La langue que les jeunes comprennent est celle de ceux qui donnent leur vie, de celui qui est là pour eux et avec eux, et de ceux qui, malgré leurs limites et leurs faiblesses, essaient de vivre leur foi de manière cohérente. Dans le même temps, nous avons encore à chercher avec une plus grande sensibilité comment incarner le kérygme dans la langue que parlent les jeunes d’aujourd’hui.

212. Concernant la croissance, je veux faire une mise en garde importante. Dans certains endroits, il arrive que, après avoir suscité chez les jeunes une expérience intense de Dieu, une rencontre avec Jésus qui a touché leur cœur, on leur offre ensuite seulement des réunions de "formation" où sont uniquement abordées des questions doctrinales et morales : sur les maux du monde actuel, sur l’Eglise, sur la Doctrine sociale, sur la chasteté, sur le mariage, sur le contrôle de la natalité et sur d’autres thèmes. Le résultat est que beaucoup de jeunes s’ennuient, perdent le feu de la rencontre avec le Christ et la joie de le suivre, beaucoup abandonnent le chemin et d’autres deviennent tristes et négatifs. Calmons l’obsession de transmettre une accumulation de contenus doctrinaux, et avant tout essayons de susciter et d’enraciner les grandes expériences qui soutiennent la vie chrétienne. Comme l’a dit Romano Guardini : « dans l’expérience d’un grand amour […] tout ce qui se passe devient un évènement relevant de son domaine ».

213. Tout projet formateur, tout chemin de croissance pour les jeunes, doit certainement inclure une formation doctrinale et morale. Il est tout aussi important d’être centré sur deux axes principaux : l’un est l’approfondissement du kérygme, l’expérience fondatrice de la rencontre avec Dieu par le Christ mort et ressuscité. L’autre est la croissance de l’amour fraternel, dans la vie communautaire, par le service.

214. J’ai beaucoup insisté à ce sujet dans Evangelii gaudium et je crois qu’il est opportun de le rappeler. D’une part, ce serait une grave erreur de penser que dans la pastorale des jeunes « le kérygme doit être abandonné au profit d’une formation prétendue plus solide. Rien n’est plus "solide", plus profond, plus sûr, plus dense et plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux ». Par conséquent, la pastorale des jeunes doit toujours inclure des temps qui aident à renouveler et à approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et de Jésus-Christ vivant. Cela se fera par divers moyens : des témoignages, des chants, des moments d’adoration, des espaces de réflexion spirituelle avec les Saintes Ecritures, et même par diverses incitations à travers les réseaux sociaux. Mais jamais cette joyeuse expérience de rencontre avec le Seigneur ne doit être remplacée par une sorte “d’endoctrinement”.

215. D’autre part, tout plan de la pastorale des jeunes doit intégrer clairement des ressources et des moyens variés pour aider les jeunes à grandir dans la fraternité, à vivre en frères, à s’entraider mutuellement, à créer une communauté, à servir les autres, à être proches des pauvres. Si l’amour fraternel est le « commandement nouveau » (Jn 13, 34), s’il est « la plénitude de la Loi » (Rm 13, 10) s’il est ce qui manifeste le mieux notre amour pour Dieu, alors il doit occuper une place prépondérante dans tout plan de formation et de croissance pour les jeunes.

216. Dans toutes nos institutions, nous avons besoin de développer et d’améliorer beaucoup plus notre capacité d’accueil cordial, parce que beaucoup de jeunes qui viennent le font alors qu’ils sont dans une profonde situation d’abandon. Et je ne parle pas de certains conflits familiaux, mais d’une expérience qui concerne également les enfants, les jeunes et les adultes, les mères, les pères et les enfants. Pour tant d’orphelins et d’orphelines, nos contemporains, (nous-mêmes peut-être ?), les communautés comme la paroisse et l’école devraient offrir des chemins d’amour gratuit et de promotion, d’affirmation de soi et de croissance. Beaucoup de jeunes se sentent aujourd’hui enfants de l’échec, parce que les rêves de leurs parents et de leurs grands-parents ont brûlé dans le feu de l’injustice, de la violence sociale, du sauve-qui-peut. Combien de déracinements ! Si les jeunes ont grandi dans un monde de cendres, il est difficile qu’ils puissent entretenir le feu des grandes idées et des projets. S’ils ont grandi dans un désert vide de sens, comment pourront-ils avoir envie de se sacrifier pour semer ? L’expérience de la discontinuité, du déracinement et de l’effondrement des certitudes de base, promue par la culture médiatique actuelle, provoque ce sentiment profond d’abandon auquel nous devons répondre en créant des espaces fraternels et attirants où l’on vit avec sens.

217. Créer un “foyer” en définitive, « c’est faire une famille C’est apprendre à se sentir unis aux autres au-delà des liens utilitaires ou fonctionnels unis de façon à sentir la vie un peu plus humaine. Créer un foyer, c’est faire en sorte que la prophétie prenne corps et rende nos heures et nos jours moins inhospitaliers, moins indifférents et anonymes. C’est créer des liens qui se construisent par des gestes simples, quotidiens et que nous pouvons tous faire. Un foyer, et tous nous le savons très bien, a besoin de la collaboration de chacun. Personne ne peut être indifférent ou étranger puisque chacun est une pierre nécessaire à la construction. Et cela implique de demander au Seigneur de nous donner la grâce d’apprendre à avoir de la patience, d’apprendre à se pardonner ; apprendre tous les jours à recommencer. Et combien de fois pardonner ou recommencer ? Soixante-dix fois sept fois, chaque fois qu’elles sont nécessaires. Créer des liens forts exige de la confiance qui se nourrit tous les jours de patience et de pardon. Et il se produit ainsi le miracle de faire l’expérience qu’ici on naît de nouveau ; ici, tous, nous naissons de nouveau, parce que nous sentons agir la caresse de Dieu qui nous permet de rêver le monde plus humain et, par conséquent, plus divin ».

218. Dans ce contexte, au sein de nos institutions, nous avons besoin d’offrir aux jeunes leurs propres lieux, qu’ils puissent aménager à leur goût, et où ils puissent entrer et sortir librement, des lieux qui les accueillent et où ils puissent se rendre spontanément et avec confiance à la rencontre d’autres jeunes, tant dans les moments de souffrance ou de lassitude, que dans les moments où ils désirent célébrer leurs joies. Quelque chose comme cela a été réalisé par certains patronages et d’autres centres de jeunesse, qui, dans de nombreux cas, constituent des lieux où les jeunes font des expériences d’amitié et de sentiments amoureux, où ils se retrouvent et peuvent partager la musique, les loisirs, le sport, et aussi la réflexion et la prière, grâce à de petites subventions et diverses propositions. Cela ouvre à cette annonce indispensable de personne à personne qui ne peut être remplacée par aucune procédure ni aucune stratégie pastorale.

219. « L’amitié et la confrontation, souvent aussi en groupes plus ou moins structurés, offrent l’occasion de renforcer ses compétences sociales et relationnelles dans un contexte où l’on n’est ni évalué ni jugé. L’expérience de groupe constitue aussi une grande ressource pour le partage de la foi et pour l’aide réciproque dans le témoignage. Les jeunes sont capables de guider d’autres jeunes et de vivre un véritable apostolat au milieu de leurs amis»

220. Cela ne signifie pas qu’ils s’isolent et perdent tout contact avec les communautés des paroisses, des mouvements et d’autres institutions ecclésiales. Mais ils s’intégreront mieux dans des communautés ouvertes, vivant dans la foi, désireuses de rayonner Jésus-Christ, joyeuses, libres, fraternelles et engagées. Ces communautés peuvent être les canaux par lesquels ils sentent qu’il est possible de cultiver des relations précieuses.

10 octobre 2019, 12:00