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Le mitre et la crosse du cardinal Etchegaray déposées sur son cercueil, le 9 septembre 2019 à la cathédrale de Bayonne. Le mitre et la crosse du cardinal Etchegaray déposées sur son cercueil, le 9 septembre 2019 à la cathédrale de Bayonne.  (AFP or licensors)

Les obsèques du cardinal Etchegaray ont été célébrées à Bayonne

La messe d’obsèques de l’ancien président des Conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum, décédé mercredi à 96 ans, a été célébrée ce lundi matin, 9 septembre, à la cathédrale de Bayonne, son diocèse d’origine dans le Pays basque.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Le cardinal Dominique Mamberti, préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, représentait le Pape François pour cette messe d’obsèques organisée dans la terre d’origine du cardinal Etchegaray, qui avait fait le choix en 2017 de quitter Rome et de s’installer dans une maison de retraite de Cambo-Les-Bains.

Le cardinal Mamberti a débuté son homélie par ces mots du cardinal Etchegaray: «Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, tu es la clé que je tiens toujours en main pour me guider jusqu’à l’heure de ma mort. Ouvre-moi un jour à double battant la porte de ton Royaume, où Dieu et l’homme vivront ensemble, dans la fraîcheur du matin de la Création.»

«Ces paroles donnent le sens d’une vie toute donnée, dont le Christ est la clé, a expliqué le cardinal Mamberti. Une vie toute orientée vers le jour de la rencontre avec son Seigneur, jour auquel il a tant aspiré.»

L’homme des Béatitudes

Après avoir retracé son parcours, de son enfance basque à son service diplomatique auprès de Jean-Paul II, le préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique a dit reconnaître dans le cardinal «l’homme des Béatitudes», évoquées dans l’Évangile qui venait d’être lu, et dont il a détaillé certains extraits en les mettant en parallèle avec la vie du cardinal basque.

«Heureux les pauvres de cœur» - «Pauvre de cœur, Roger Etchegaray a laissé le Christ prendre possession de tout son être, a-t-il souligné. Il en fait la clé de sa vie, comme il l’a écrit lui-même. C’est sa relation intime avec le Christ qui l’a guidé tout au long de ses ministères, si variés, et qui l’a fasciné jusqu’à devenir vraiment le serviteur de tous, à l’image de Celui à qui il avait consacré sa vie.

«Heureux ceux qui pleurent» - «Seuls des yeux qui ont pleuré peuvent comprendre certaines choses, disait le cardinal Etchegaray. Lui qui a pleuré tant de fois sur les misères du monde, sur des situations tragiques, souvent inimaginables, il a voulu partager la souffrance de ceux qui souffrent, comprendre leurs angoisses, contribuer à les soulager, autant que cela lui était possible», a souligné le cardinal Mamberti.

«Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, heureux les artisans de paix, heureux ceux qui sont persécutés pour la justice» - «Chercher la justice pour les pauvres et les faibles, ce fut l’engagement quotidien du cardinal auprès de Jean-Paul II, en particulier aux conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum, et tout au long des nombreuses missions qui lui ont fait découvrir tant de détresses humaines et spirituelles», a-t-il expliqué.

«Heureux les miséricordieux» - «À travers ses innombrables voyages, le cardinal a eu cette préoccupation première: travailler à l’établissement de la paix et de la réconciliation entre les personnes et entre les peuples. En cela aussi, il fut vraiment l’homme de la fraternité universelle», a rappelé le cardinal français.

Un amour inconditionnel pour l’Église

Le cardinal Mamberti a enfin cité ces paroles du cardinal défunt, en expliquant qu’elles prennent un relief particulier dans ce temps difficile pour la vie de l’Église: «Le chrétien se sent mal à l’aise dans son Église tant qu’il ne cherche pas à se mettre à la mesure d’une Église sans mesure. Il nous faut aimer l’Église comme elle est», disait le cardinal Etchegaray, qui, jusqu’à la fin de sa vie, aimait poser cette question à ces visiteurs: «Vous l’aimez, cette Église, n’est-ce pas ?»

Le cardinal Mamberti a conclu en citant un extrait du Livre de la Sagesse, lu dans la première lecture : «Qui met sa foi dans le Seigneur comprendra la vérité. Ceux qui sont fidèles resteront dans l’amour près de Lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde, il visitera ses élus».

L’hommage du gouvernement français et du diocèse de Marseille

Outre l’historien Philippe Levillain, qui lui a rendu hommage au nom de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, la fin de la cérémonie a été marquée par l’intervention du représentant du gouvernement, le Secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nunez, qui avait connu personnellement le cardinal lorsqu’il était le sous-préfet de Bayonne.

Il a salué la «puissante volonté de paix et de concorde» du cardinal Etchegaray, en remarquant que son parcours avait été forgé dans une jeunesse marquée par la Seconde guerre mondiale et ses conséquences. À travers ses multiples missions diplomatiques effectuées sous le pontificat de Jean-Paul II, il a apporté «une lueur de paix dans les terres marquées par la haine et la rancœur », a expliqué Laurent Nunez, en saluant  «une parole rare mais précieuse et fondée», qui était importante aussi pour «la paix entre les cultes». Ce cardinal «qui considérait avec la même attention le paroissien et le chef d’État» a su être «force de proposition» aussi pour ses interlocuteurs au sein des autorités publiques. «L’Église perd l’un de ses émissaires les plus doués et les plus fervents» et «la France perd un ambassadeur de la paix et du dialogue», a expliqué le représentant du gouvernement.

L’émotion du diocèse de Marseille

Enfin, Mgr Jean-Marc Aveline, qui prendra ses fonctions d’archevêque de Marseille ce dimanche 15 septembre, évoqué «les souvenirs de moments partagés» avec le cardinal Etchegaray, qui était son évêque lorsqu’il était lui-même séminariste.

«Pasteur infatigable, dont les rides n’ont jamais réussi à faire taire les rêves», le cardinal «était avant tout un ami du Christ, enraciné comme lui dans une culture», du Pays basque à Marseille. Il a aussi souligné sa «solidarité prioritaire avec les pauvres», ce qui lui permettait de rester libre face aux puissants. «Comme au petit matin de Pâques, les convictions les plus profondes sont parfois les plus silencieuses», a souligné Mgr Aveline.

«Le peuple de Marseille vous salue et vous dit merci», a expliqué le futur archevêque de la cité phocéenne, en précisant que l’archevêque sortant Mgr Georges Pontier, qui entame sa dernière semaine à Marseille, présiderait ce lundi après-midi à la basilique du Sacré-Cœur une messe d’action de grâce avec les Marseillais.

Les cardinaux français Philippe Barbarin et Jean-Pierre Ricard étaient également présents, ainsi que le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour le Service du Développement humain intégral, qui a incorporé en son sein les ex-conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum, dont le cardinal Etchegaray avait été le président. Mgr Marc Aillet, l'évêque du diocèse de Bayonne, dans lequel Roger Etchegaray avait ordonné prêtre en 1947, a prononcé un mot d'accueil. Parmi les autres évêques présents figurait aussi Mgr Georges Colomb, l'évêque de La Rochelle et Saintes, qui fut aussi supérieur général des Missions Étrangères de Paris, et missionnaire en Chine, pays dans lequel le cardinal Etchegaray s'est rendu à plusieurs reprises.

Une autre cérémonie plus intime a eu lieu lundi après-midi à 16h en l’église Saint-Étienne d’Espelette, avant son inhumation dans son village d’origine.

09 septembre 2019, 12:59